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8.573091 - HATZIS, C.: Flute Concertos - Departures / Overscript (P. Gallois, Thessaloniki State Symphony Orchestra, Myrat)
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Christos Hatzis (né en 1953)
Departures • Overscript

 

Christos Hatzis et le flûtiste Patrick Gallois ont entamé leur relation professionnelle en 2000, le jour où le virtuose français a frappé à la porte du bureau de Hatzis à l’Université de Toronto et lui a demandé s’il avait déjà écrit quelque chose pour la flûte. Un an plus tard, Overscript, une partition longuement délaissée par Hatzis, était créée à l’Université de Toronto avec Gallois et l’ensemble de l’Université, constitué de professeurs et d’élèves. Alexandre Myrat, ami de Gallois depuis leurs années d’études à Paris et champion de la musique de Hatzis depuis le début des années 1990, interprète assidûment les pièces orchestrales de Hatzis en Europe, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord, à raison de plusieurs par an. Au cours de sa première saison (2011–2012) en tant que directeur musical de l’Orchestre symphonique d’état de Thessalonique, Myrat a fait découvrir Hatzis au public de Thessalonique en donnant trois de ses grandes compositions, y compris Departures, avec Gallois comme soliste.

Notes du compositeur

Departures: Concerto pour flute et orchestre de cordes (2011)

Departures a été composé à une époque où plusieurs de mes amis chers étaient décédés, et alors que le tsunami de 2011 à Fukushima au Japon et la catastrophe nucléaire qu’il avait provoquée étaient relayés par les bulletins d’information de tous les médias. Le premier mouvement, Blooming Fields, est dédié à la mémoire du metteur en scène de théâtre et de télévision George Bloomfield. Dès son ouverture « asiatique » (empruntée à une oeuvre antérieure), en passant par les acrobaties pour la flûte et l’orchestre, jusqu’aux interpolations « burlesques » inattendues qui suivent, la musique de Blooming Fields est pleine d’exubérance et de joie de vivre. Ces réjouissances débridées finissent par être interrompues par la multiphonie intense et dissonante d’une flûte ; celle-ci introduit alors une nouvelle manière d’écouter la petite voix interne, dépeinte ici par le calme sifflement et les sonorités éoliennes de l’instrument, qui se fondent dans le silence. Serenity est dédié à la mémoire de Bertha Modlich, une femme dont la personnalité était une source d’inspiration, et qui s’est éteinte peu avant de fêter ses 105 ans. La musique de Serenity est en phase avec son titre : des nuages passent, mais ils sont éphémères, et la musique regagne rapidement des horizons plus ensoleillés. La dernière partie de Serenity est une chanson sans paroles, une valse lente sans prétentions qui semble exister dans sa propre sphère. Progress Blues est une méditation sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, non pas sur l’accident lui-même mais sur les leçons qu’il y aurait à tirer de notre foi bornée et injustifiée dans le progrès technologique. Le morceau démarre dans une atmosphère d’exubérance assez proche de celle du premier mouvement, même si Progress Blues est plus agité, plus impulsivement dynamique. Ses fissures apparaissent parfois, comme dans un effet de phonographe « gondolé » qui met au jour les prétentions émotionnelles du traitement du thème principal—très hollywoodien—ou les métaphores de « tic-tac d’horloge » des pizzicati de cordes. L’introspection ne tarde pas à s’imposer à nouveau (même le thème hollywoodien subit une sombre réévaluation sous la forme d’un fugato), mais la franche énergie et les forces motrices du départ parviennent de façon répétée à contrecarrer toute tentative de remettre en question le bien-fondé de cet élan inexorable, ou les funestes conséquences qu’il est susceptible d’entraîner. Au moment où la vitesse et l’énergie sont à leur comble, la musique s’effondre subitement, le tic-tac menaçant des pendules continue, et puis… eh bien je laisse la musique vous raconter la suite !

Overscript: Concerto pour flute et orchestre de chambre (1993)

D’abord intitulé Concerto pour flûte et orchestre de chambre, Overscript a été légèrement révisé puis rebaptisé en 2012. Overscript est un palimpseste (une oeuvre superposée à une autre) du Concerto en sol mineur pour flûte, cordes et basse continue BWV 1056/1 de Jean-Sébastien Bach, et il en constitue également un commentaire musical. La totalité du concerto de Bach est incluse, quoique fragmentée, dans mon propre ouvrage. La principale technique utilisée dans les mouvements externes est ce qu’on appelle l’« étirement d’intervalles » et la « compression de tempo » de la pièce originale. L’auditeur est invité à opérer des comparaisons entre l’original et le matériau dérivé, qui pour ce faire sont toujours juxtaposés en étroite proximité comme une séquence de « tranches sonores ». Le mouvement central s’implique sur le plan émotionnel et personnel, et l’on espère qu’à l’instar d’un concerto romantique, le matériau emportera l’auditeur au-delà des préoccupations intellectuelles des mouvements externes. Ici, la mélodie d’ouverture—l’une des plus belles que Bach ait écrites—est interrompue en arrivant à la demi-cadence, et ce qui suit est une longue section de développement dans la tradition romantique, qui finit par revenir à la mélodie de départ. Les noms de chacun des mouvements, « Left » (Gauche), « Right » (Droite), « Left & Right » (Gauche et droite), choisis plus tardivement en 2012, n’ont rien à voir avec les coups de poing d’un match de boxe mais font plutôt référence à la fonction hémisphérique du cerveau humain, et à la manière dont elle peut se refléter, pour chaque mouvement, dans les approches compositionnelles contrastées du matériau de Bach.


Christos Hatzis
Traduction française de David Ylla-Somers


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