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8.573123 - MASSENET, J.: Ballet Music - Bacchus / Hérodiade / Thaïs / Le Cid (Barcelona Symphony and Catalonia National Orchestra, P. Gallois)
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Jules Massenet (1842–1912)
Musiques de Ballet: Bacchus • Hérodiade • Thaïs • Le Cid

 

Jules Massenet naquit en 1842 à Montaud, près de Saint- Etienne. Il était le benjamin d’une famille de douze enfants, y compris ceux que son père avait eu d’un premier mariage. Sa mère, Eléonore-Adelaïde Roye de Marancour, fille d’un riche gradé qui avait notamment fréquenté la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI, et son père, diplômé de l’Ecole Polytechnique, avait été officier d’état-major, jusqu’à la défaite de Napoléon, à la suite de laquelle il avait démissionné. La prospérité de la famille dépendait de l’emploi du père de Massenet, qui possédait une fonderie et fabriquait des lames de faux. Les affaires déclinant, la famille quitta Saint-Etienne en 1847 pour Paris, où Mme Massenet participa aux revenus du ménage en donnant des leçons de piano ; son plus jeune fils était du nombre de ses élèves. A onze ans, Massenet entra au Conservatoire où, en 1863, il décrocha le Grand Prix de Rome grâce à sa cantate David Rizzio. Sa résidence romaine à la Villa Médicis lui permit de souffler un peu après l’époque où, étudiant, il avait dû subvenir à ses besoins en travaillant comme percussionniste à l’Opéra et comme pianiste dans des cafés. A Rome, il rencontra Liszt, qui lui présenta Mme de Sainte-Marie, dont la fille devint son élève de piano et, deux ans plus tard, sa femme.

Si Massenet connut le succès à Paris, ce fut notamment grâce à l’appui de son professeur du Conservatoire, Ambroise Thomas, et de son éditeur, l’entreprenant Georges Hartmann. Après une série de tentatives lyriques dont seule une connut brièvement les honneurs de la scène, en 1872, il rencontra son premier franc succès à l’opéra avec son adaptation du Don César de Bazan de Victor Hugo, suivie en 1873 par le drame sacré concertant Marie-Magdeleine, choix d’héroïne assez caractéristique à une époque où l’on goûtait grandement le repentir des femmes déchues. Manon, en 1884, établit sans conteste sa position, même si l’ouvrage suivant, Le Cid, monté à l’Opéra en 1885, ne parvint pas dans un premier temps à séduire le public. Ce fut ensuite Werther, d’après Goethe, par ordre de composition, avec une création en allemand à l’Opéra de la cour de Vienne en 1892, puis à Paris en français. C’est parce que Massenet avait déniché un nouveau livret inspiré d’une histoire d’amour médiévale, et rencontré la jeune soprano américaine Sybil Sanderson que l’opéra Esclarmonde vit le jour, monté à l’Opéra-Comique en 1890. Massenet allait encore écrire dix-huit opéras au cours des années qui suivirent, jusqu’à son ouvrage final, Cléopâtre, un drame passionnel créé en février 1914 à Monte Carlo, dix-sept mois après la disparition de son compositeur.

Bacchus, sur un livret de Catulle Mendès, fut d’abord présenté à l’Opéra de Paris en mai 1909, trois mois après le décès subit de Mendès, dont on avait retrouvé la dépouille dans un tunnel de chemin de fer en février ; il avait sans doute trouvé une mort accidentelle en quittant son compartiment de train avant son arrivée à destination. Ecrivain et critique célèbre, Mendès avait déjà signé le livret de l’opéra Ariane de Massenet, traitant ensuite un sujet similaire. Abandonnée par Thésée sur l’île de Naxos, Ariane éveille la passion amoureuse de Bacchus, et celui-ci prend l’apparence de Thésée pour mieux la séduire. Bacchus se rend en Inde, suivi par Ariane qui le prend toujours pour Thésée, et tous deux sont capturés par la reine Amahelli, qui tombe amoureuse de Bacchus. Il accepte d’épouser la reine si elle délivre Ariane, mais cette dernière est condamnée à être sacrifiée et se résigne volontiers à son sort. L’opéra essuya un échec et fut retiré de l’affiche au bout de six représentations. Le ballet, situé au troisième acte, se déroule dans la forêt indienne. [1] Un Nocturne dévoile la scène sous le clair de lune, [2] et c’est alors qu’apparaissent des faunes et des satyres ; [3] une procession vient ensuite déposer des offrandes sur l’autel de Bacchus, puis c’est [4] l’entrée de chasseresses et de bacchantes. [5][8] La solennelle initiation des adeptes de la nouvelle religion instaurée par Bacchus mène au baptême du vin [9], auquel préside une image du dieu, qui distribue aux gens du pain et du vin en une cérémonie présageant de futurs sabbats sataniques, [10] à leur tour illustrés dans une Bacchanale finale.

Le sujet d’Hérodiade était en discussion avec l’éditeur italien Ricordi dès 1877. Le livret de Paul Milliet et de Georges Hartmann, inspiré de l’un des Trois contes de Flaubert, fut alors traduit en langue italienne par Angelo Zanardini, et Massenet continuait d’espérer une création à la Scala, qui finit par monter l’opéra trois mois après sa création bruxelloise de décembre 1881 au Théâtre de la Monnaie, événement auquel avaient assisté quatre cents enthousiastes qui avaient fait le voyage depuis Paris. Alors que d’autres théâtres lyriques avaient apparemment rivalisé pour présenter l’ouvrage, l’administration de l’Opéra de Paris s’était refusée à le programmer, sans doute échaudée par son sujet. Dans un récit résolument différent de celui de la Bible ou de la pièce d’Oscar Wilde Salomé, l’opéra de Massenet raconte l’histoire d’Hérode, d’Hérodiade, de Salomé et de Saint Jean-Baptiste. Jean est opposé au mariage d’Hérode avec Hérodiade, la veuve de son frère. Hérode s’est épris de Salomé, que l’on croit orpheline et qui a suivi Jean à Jérusalem, lui déclarant ouvertement son amour. Les prêtres accusent Jean d’hérésie, mais Hérode souhaite le sauver car il pourrait s’avérer un allié utile. Toutefois, Jean est incarcéré, et quand Salomé intercède en sa faveur auprès d’Hérode, se disant éprise du baptiste, Hérode renonce définitivement à les sauver l’un ou l’autre. Au dernier acte, Vitellius, le proconsul romain, et sa suite assistent à un divertissement offert par Hérode ; ce sont les danses exotiques de jeunes filles d’Égypte, de Babylone, de Gaule et de Phénicie. Le spectacle est interrompu par la nouvelle de l’exécution de Jean et de l’attentat que Salomé a perpétré contre la vie d’Hérodiade, qui se révèle alors être la mère de la jeune femme. Dans un accès de désespoir, Salomé se donne la mort.

Thaïs met en musique un livret de Louis Gallet, fondé sur un roman d’Anatole France ; l’ouvrage fut créé à l’Opéra en mars 1894, mais Massenet le remania en 1898. La courtisane Thaïs, rôle écrit à l’intention de Sibyl Sanderson, scandalise le cénobite Athanaël, un ascète qui, dans sa cellule de moine, est tourmenté par des visions de la jeune femme et décide de la convertir. La célèbre Méditation, intermezzo situé au deuxième acte, marque cette conversion et voit Thäis résoudre de suivre Athanaël, qui la conduit dans le désert jusqu’à un couvent où elle devra passer le restant de ses jours. En plein orage, Athanaël est à nouveau hanté par une vision de Thaïs agonisante, et comme il est lui aussi épris d’elle, il retourne au couvent et la trouve sur son lit de mort. Elle rend l’âme et Athanaël ne peut plus déclarer son amour qu’à sa dépouille. Dans la version originale, Massenet avait inclus une scène de tentation dans la seconde partie du troisième acte, pendant qu’Athanël dort dans sa cellule. [16] De la pénombre profonde qui règne alors qu’il sommeille, une lueur commence à luire et de petites créatures malfaisantes surgissent autour de son lit : ce sont les Sept Esprits de la Tentation. Ils se meuvent comme les images d’un rêve et, encerclant Athanël, l’attaquent à coups d’ongles, cherchant à lui arracher son âme. Ils le poussent devant eux avec des ricanements infernaux. [17] Tous disparaissent, et de l’obscurité jaillit un nouveau monde, un magnifique jardin fleuri bordé de beaux bâtiments. L’âme du saint, possédée, quitte son corps, son esclave. Les Sept Esprits font entrer Athanël, troublé et effrayé, et lui vantent les beautés de ce lieu, éveillant les âmes damnées. D’autres figures les rejoignent. Athanël se soumet, et les esprits l’exhortent à s’abandonner aux charmes de la séductrice suprême. Un démon qui a pris l’apparence d’une femme, la Perdition, se matérialise, accompagné par une procession solennelle, comme pour quelque rite. [18] Soudain, secouant sa longue chevelure, la Perdition saute au milieu de l’assemblée, usant de tous ses appas pour charmer chacun des présents. [19] Les Sept Esprits convoquent les puissantes gardiennes des richesses de l’océan, et les Sirènes apparaissent, parées de coquillages, de corail et de nacre, suivies par les Tritons avec leurs conques, tous offerts par la Perdition à Athanaël. [20] La Perdition fait miroiter ces trésors au cénobite, qui sourit de l’honneur qu’on lui fait. [21] Des gnomes, esprits de la terre, apportent leurs offrandes, des fruits, des parfums, des bijoux, hommage entièrement réservé à Athanaël. La Perdition joue avec les bijoux et les esprits exposent le jeune homme humblement vêtu aux lazzis de la foule. [22] Des Sphinx sèment la confusion, et la Perdition, triomphante, tourbillonne autour de lui, lui offrant des coupes d’ivresse impure ; Athanaël est vaincu. [23] Un grand fracas retentit, puis on entend une musique douce, des orgues sacrées, comme un souffle de paradis. Dans le ciel, un astre se met à briller : c’est l’Etoile de la Rédemption. Athanaël s’éveille, comprenant sa signification ; le voilà sauvé, mais il a changé. La Perdition s’efforce à nouveau de s’emparer de lui ; l’éclat de l’étoile se ternit, et la Perdition le soulève une nouvelle fois ; il est perdu. [24] Dans un sabbat échevelé, des esprits dansent une ronde tumultueuse, puis on entend gémir les damnés et la Perdition mène la danse. Soudain, l’esprit de Thaïs paraît, mais s’évanouit aussitôt alors que la danse reprend. [25] Le calme retombe et la Perdition entraîne l’âme captive. La scène s’efface, le crépuscule tombe, puis vient la nuit ; le rêve prend fin.

Le Cid, d’après la pièce de Corneille, met en musique un livret d’Adolphe d’Ennery, Louis Gallet et Edouard Blau, et fut créé à l’Opéra en novembre 1885. Rodrigue a juré de venger l’honneur de son père, insulté par le comte de Gormas, le père de Chimène, la femme qu’il aime. Il tue le comte puis part affronter les Maures à la tête des armées espagnoles, laissant Chimène déchirée entre son devoir filial et son amour pour le Cid. Le dilemme semble réglé quand on apprend que Rodrigue est mort au combat, mais il finit par rentrer vainqueur et obtenir le pardon de Chimène. La musique de ballet du deuxième acte du Cid, qui accompagne des festivités, comprend une série de danses espagnoles, très populaires au concert à l’époque.


Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers


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