About this Recording
8.573124 - RAVEL, M.: Orchestral Works, Vol. 3 - Orchestrations (Lyon National Orchestra, Slatkin)
English  French 

Maurice Ravel (1875–1937)
Orchestrations

 

Maurice Ravel naquit en 1875 dans le petit village côtier de Ciboure, au Pays Basque français. Son père, qui venait du Jura, était ingénieur, et sa mère était basque, originaire de Ciboure. Maurice Ravel passa la majeure partie de son enfance et de son adolescence à Paris, où sa famille s’était fixée peu après sa naissance. Il commença le piano à sept ans, et à partir de quatorze ans, il poursuivit ses études dans la classe préparatoire du Conservatoire. En 1891, il devint l’élève de Charles de Bériot, mais au cours des années suivantes, il ne parvint pas à décrocher les prix d’harmonie. Enfin, en 1895, il quitta le Conservatoire, sans avoir obtenu tous les prix nécessaires pour se diplômer, mais il y reprit des études trois ans plus tard sous la houlette de Gabriel Fauré. Même lorsqu’il était déjà un compositeur bien établi, et en dépit de tentatives répétées, il ne parvint pas à remporter le prestigieux Prix de Rome, et sa disqualification après un cinquième essai en 1905 provoqua un scandale et un certain nombre de bouleversements au sein du Conservatoire, dont Fauré devint alors le directeur.

Jusqu’en 1914, le parcours de Ravel continua d’être jalonné de succès, avec une série d’oeuvres originales, y compris d’importantes contributions au répertoire de piano et au corpus de la mélodie française, ainsi que des commandes pour le ballet. Pendant la guerre, il fut engagé volontaire, servant sous les drapeaux comme mécanicien à partir de 1915, et les années de conflit ne lui laissèrent pratiquement pas le loisir ou l’envie de composer, d’autant plus qu’il perdit sa mère en 1917. Toutefois, dès 1920, il avait commencé à se remettre et avait repris le travail, avec une série de compositions comprenant son poème chorégraphique La valse, rejeté par l’imprésario russe Diaghilev et cause de la rupture de leurs relations. Il accepta de donner ses propres oeuvres en concert, au piano ou au pupitre, en France et à l’étranger. Ses activités furent interrompues par la longue maladie qui devait l’emporter, attribuée aux suites de l’accident de taxi dont il avait été victime en 1932. Il finit par s’éteindre en 1937.

Les talents exceptionnels d’orchestrateur de Ravel furent manifestes dès les premières années de sa carrière ; en outre, il travaillait avec beaucoup de rapidité et de précision. Sa maîtrise du coloris orchestral était évidente, tant dans ses propres compositions pour orchestre que dans ses orchestrations d’oeuvres d’autres compositeurs. Son orchestration du Menuet pompeux, une pièce pour piano, neuvième numéro du recueil des Dix pièces pittoresques que Chabrier acheva en 1881, était, comme plusieurs autres arrangements similaires, une commande de l’imprésario de ballet russe Sergueï Diaghilev, avec qui il n’avait pas toujours eu des relations très harmonieuses. Le ballet, créé en Espagne sous le titre Las Meninas sur une chorégraphie de Massine inspirée par le tableau Les Ménines de Velasquez, fut ensuite monté à Londres en 1919. Rebaptisé Les jardins d’Aranjuez, il utilisait la Pavane de Fauré et l’orchestration par Ravel de son Alborada del gracioso et du morceau de Chabrier. Toutefois, ce ballet n’était qu’un élément secondaire du programme proposé. Le Menuet pompeux, quant à lui, a conservé sa place au sein du répertoire orchestral français, et ce dès sa première exécution au concert en 1936, alors que la santé du compositeur s’était tellement détériorée qu’il pouvait à peine saluer le public qui l’acclamait.

Le nom de Ravel a souvent été associé à celui de son compatriote Claude Debussy, de 12 ans son aîné. Cependant, le caractère et la musique des deux hommes étaient très différents. Dans sa jeunesse, Ravel avait été l’un des premiers à défendre Debussy, et c’est seulement par la suite que leurs liens personnels se distendirent. D’autres champions se présentèrent ensuite pour rivaliser avec lui et revendiquer une influence plus ancienne, et si Ravel continua d’admirer Debussy le compositeur, il était pleinement conscient de ne pas avoir suivi la même voie que lui1 ; il apporta d’ailleurs un appui discret à la première femme de Debussy lorsque celui-ci l’abandonna en 1904 pour Emma Bardac, qu’il allait épouser en secondes noces. Debussy s’éteignit en 1918, et en 1921, suite au décès d’Eugène Fromont, le premier éditeur de Debussy, plusieurs oeuvres importantes de ce dernier entrèrent en la possession de Jean Jobert, un éditeur nouvellement établi.

Jobert demanda alors à Ravel d’orchestrer deux morceaux pour piano de Debussy, la Sarabande parue pour la première fois en 1901—elle était la deuxième des trois pièces du recueil Pour le piano—et la Danse, publiée pour la première fois en 1891 sous le titre Tarentelle styrienne. Marquée « Avec une élégance grave et lente », la Sarabande, dans sa version orchestrée, évoque davantage l’univers de Pelléas et Mélisande, tandis que l’orchestration bariolée de la Danse lui insuffle une vie nouvelle.

Les quatre orchestrations de pièces tirées du Carnaval de Schumann, défilé bigarré de figures de la commedia dell’arte dans le ballet de Fokine, faisaient partie d’une commande de Nijinski, dont le mariage avait provoqué son renvoi de la troupe de Diaghilev. Le danseur, qui comptait avec l’appui de certains de ses anciens collègues, tenta de monter sa propre troupe de ballet à partir d’avril 1914 et planifia une saison londonienne. À cet effet, il commanda de nouvelles orchestrations des Sylphides (d’après Chopin) et du Carnaval de Schumann, deux ouvrages dans lesquels il s’était produit lorsqu’il dansait pour Diaghilev. Dans le second, il interprétait Arlequin. La version ravélienne des Sylphides a hélas été perdue, et seuls quatre numéros de son Carnaval nous sont parvenus : le Préambule initial, la Valse allemande, Paganini et enfin la Marche des Davidsbündler contre les Philistins. La saison londonienne de Nijinski tourna court quand, pendant la troisième des huit semaines programmées, il tomba malade ; le London Palace Theatre dut alors se rabattre sur son répertoire de music-hall habituel.

C’est en réponse à une commande de Koussevitzky qu’en 1922, Ravel entreprit d’orchestrer les Tableaux d’une exposition de Moussorgski, qui à l’époque n’existaient que dans la version éditée par Rimski-Korsakov après la mort de Moussorgski. L’ouvrage avait été écrit en 1874 pour former un recueil de pièces pour piano traduisant en musique les tableaux, croquis, modèles et dessins de Victor Hartmann, ami de Moussorgski disparu l’année précédente. La célèbre orchestration de Ravel utilise avec éloquence un grand orchestre doté d’une section de percussions élargie et variée, y compris, pour figurer le ménestrel du Vieux château, un saxophone alto qui donne une sérénade. Les oeuvres exposées sont à chaque fois reliées par une Promenade orchestrée différemment, la première commençant par les cuivres, menés par une trompette, tandis que le visiteur de l’exposition passe d’une oeuvre à l’autre. Les titres sont très clairs. Le sinistre Gnomus est un croquis de casse-noix en forme de gnome, et c’est un cor d’harmonie qui emmène la deuxième Promenade. Les bassons introduisent Il vecchio castello (Le vieux château), où un troubadour, le saxophone alto, chante sous les murs du château, et Tuileries dépeint des enfants qui jouent et se disputent tandis que leurs nounous échangent des ragots dans les célèbres jardins parisiens. Bydlo est un char à boeufs polonais traditionnel dont les roues en bois tournent lentement en grinçant ; la mélodie d’ouverture est confiée au tuba. Une Promenade est entamée par les bois et le caquetant Ballet des poussins dans leurs coques accompagne des croquis de costumes d’enfants correspondant au titre du morceau. Samuel Goldenberg et Schmuyle, deux hommes dont le peintre a imaginé les portraits, sont deux Juifs, l’un riche, l’autre pauvre ; Hartmann avait offert son tableau au compositeur. La Promenade qui suit, laissée de côté par Ravel, a été orchestrée par Leonard Slatkin. Dans Limoges—Le marché, de vieilles femmes bavardent sur la place, échangeant des commentaires sur une vache qui s’est échappée et sur des sujets plus triviaux, tandis que les Catacombes romaines, sous-titrées Sepulchrum romanum, sont éclairées par une lampe à la flamme vacillante, l’intérieur des crânes empilés de chaque côté se mettant alors à luire. Le tout est lié à l’inquiétant Cum mortis in lingua morta. On reste dans une tonalité macabre avec La cabane sur des pattes de poule ; il s’agit d’une horloge qui a la forme de la cabane de Baba Yaga, sorcière qui écrase les os des enfants et s’envole la nuit à cheval sur un pilon. La conclusion triomphale présente l’esquisse d’une porte monumentale destinée à Kiev ; en effet, le tsar Alexandre II avait échappé à un assassinat en 1866, et la ville avait lancé un concours d’architecture. La musique fait contraster la massive structure avec le son d’une procession solennelle de moines qui passent en psalmodiant.

Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers


Close the window