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8.573127 - TANSMAN, A.: Violin and Piano Music - Violin Sonata No. 2 / Sonata quasi una fantasia / Violin Sonatinas Nos. 1 and 2 / Fantaisie (Sahatçi, Koukl)
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Alexandre Tansman (1897–1986)
Musique pour violon et piano

 

Alexandre Tansman naît a Łódź en 1897 dans une famille tres musicienne dont certains membres avaient étudié avec Anton Rubinstein, Eugene Ysaye et Arthur Schnabel. Au début de l’année 1919, Tansman propose au premier Concours national de composition de Pologne trois œuvres sous trois pseudonymes différents. Il remporte les trois premiers prix. Parmi les œuvres présentées figure la Romance en fa # mineur (1918), rappelant sous certains aspects harmoniques Scriabine et Szymanowski dans leurs premieres manieres. Elle oppose deux atmospheres, l’une expressive et emportée, l’autre plus reveuse et adoucie.

Ce succes l’incite a se rendre a Paris ou il s’installe a partir de septembre 1919. Tres vite, il s’integre dans la vie culturelle française en assistant aux concerts et représentations théâtrales. Il écrira plus tard dans ses mémoires Regards en arrière « Tout ce que j’entendais comme musique était neuf pour moi. Le contact avec Debussy, Ravel, Stravinsky me produisit un choc prodigieux, tout en me confirmant que mon langage, qui procédait intuitivement des memes recherches, …[était] bien une chose dans l’air ».

Il a l’heureuse opportunité de pouvoir rencontrer Ravel. Lors de cette premiere rencontre chez Georges Mouveau décorateur a l’Opéra, Tansman apporte ses plus récentes compositions. Il se souvient « Je lui jouais mes Mélodies japonaises, mes Sept Préludes pour piano et lui montrais ma nouvelle Sonate pour violon et piano. Ravel jetait des coups d’œil approbatifs a Mouveau… ». Ravel fut vite convaincu par la personnalité de ce jeune compositeur, par l’originalité de ses compositions et leur invention harmonique. Il l’introduisit aupres du chef d’orchestre Vladimir Golschmann, des Éditions Demets, son premier éditeur, mais aussi dans les principaux salons parisiens.

La Sonate [n°2] en majeur, composée entre 1917 et 1919, constitue un autre précieux témoignage sur la musique créée par Tansman en Pologne. Stylistiquement plus traditionnelle que les Mélodies japonaises de 1918 et que les Sept Préludes pour piano de 1921, cette sonate s’inscrit encore dans le sillage du post-romantisme slave. L’Allegro moderato initial s’ouvre sur une phrase au violon d’un chromatisme expressif avec un accompagnement pianistique chargé, que n’auraient pas désavoué un Max Reger ou Szymanowski dans sa premiere maniere. Le second theme plus doux et plus diatonique bénéficie d’un accompagnement plus fluide. Les deux themes sont ensuite entremelés de maniere rapsodique pour conclure dans une atmosphere paisible. La Mélodie slave de coupe ternaire et le bref Intermezzo scherzando, un mouvement perpétuel rapide et enjoué, furent applaudis en 1923 au Carnegie Hall, lors de la premiere américaine donnée par le dédicataire de l’œuvre, Bronisław Huberman. Le Finale qui débute par une introduction déclamatoire, retourne au style du premier mouvement avec un theme principal résolu et un theme secondaire passionné. La musique se calme dans une sorte de développement. A la fin, par deux fois en ordre inversé, les deux themes du premier mouvement sont réentendus.

Le titre de la Sonate quasi una fantasia composée en 1924, pourrait évoquer l’opus 27 beethovénien. Mais Tansman situe ici la fantaisie plus dans l’exploration des sonorités du violon que dans l’invention formelle. Cette œuvre constitue un murissement stylistique indéniable. Elle est particulierement remarquable pour la conception unitaire de ses quatre mouvements dans lesquels circulent des matériaux communs.

Sur un accompagnement répétitif bitonal a distance de triton et aux quartes prédominantes, l’œuvre débute avec une large phrase lyrique au violon. La dynamique s’amplifie et la polyphonie s’enrichit avant que la musique ne devienne plus statique et ne s’immobilise sur une pédale de sol #. Un si répété obstinément s’impose progressivement au piano, et amene au violon une seconde idée plus douce en doubles notes. Le Scherzo commence dans une fete sonore débridée a la métrique changeante, avec au violon un theme virevoltant aux sonorités variées et des quartes prédominantes au piano. Un second theme chantant a 3/4 laisse ensuite place au troisieme a 2/4, tres affirmé et obsédant. La fin du mouvement par son caractere purement rythmique préfigure bon nombre de passages analogues des œuvres a venir. La mélodie du violon qui introduit l’Andante, avec ses neufs sons différents successifs, donne l’impression d’atonalité. Progressivement, nombre de matériaux (harmonies et motifs de quartes) ou de moyens (bitonalité) utilisés précédemment, sont réintroduits. La musique s’immobilise dans le lointain au piano. Un nouveau theme expressif apparaît au violon. La fin avec ses sons harmoniques et ses trémolos au violon ainsi que ses batteries de quartes au piano est d’une poésie exquise. Le Finale commence lentement au piano dans une atmosphere tranquille en octaves, sans dissonance. La musique de l’Allegro giusto est moins tendue et témoigne d’un caractere optimiste, avec ses rythmes alertes, ses lignes mélodiques franches et ses références au theme initial de l’œuvre.

Composée a Paris en janvier 1925, la Sonatine [n°1] fut conçue pour flute ou violon et piano. Plus connue dans sa version pour flute, l’œuvre en cinq courts mouvements témoigne par sa transparence et sa concision de l’influence française.

Dans le fluide Modéré initial, Tansman se plaît a mélanger la ligne diatonique du violon avec un accompagnement tres chromatique. Sur des ostinatos du piano, une douce mélodie fait office de partie médiane. A la fin, des sonorités joyeuses et claires de cloches tintinnabulantes conduisent a une conclusion plus calme. L’Intermezzo est un exemple de ces miniatures dans lesquelles Tansman sait installer un espace poétique avec un minimum d’éléments et le Fox-trot constitue la premiere incursion du compositeur dans le monde du jazz. Le Notturno commence avec une ligne au violon seul, qui se développe vers un climax soutenu par des polyharmonies assises sur des basses solides. Le Finale expose, sur un rythme obstiné, une phrase gracieuse en mi majeur qui laisse place bientôt, dans un tempo plus lent, aux inflexions modales d’une seconde mélodie plus slave et de caractere tranquille. L’œuvre s’acheve avec une conclusion sur le premier theme plus apaisé.

La Sonatine n°2 fut composée a Nice en 1941. L’œuvre est dédiée a Henri Temianka, premier violon du Paganini Quartet.

Comparée aux trois sombres Ballades pour piano [Naxos 8573021] écrites a la meme époque dans l’attente de l’exil, l’œuvre apparaît plutôt lumineuse et gaie. Les trois mouvements s’enchaînent sans interruption. La musique du mouvement initial est d’un jaillissement mélodique continu. Le violon joue de maniere tres lyrique, « arco » tout du long. La phrase traverse de multiples tonalités traitées plus par juxtaposition mélodique que par progression harmonique. L’écriture pianistique abonde en doubles notes (tierces, sixtes, quintes) en mouvements paralleles. Le mouvement lent est dominé par un motif récurrent de quatre notes, joué au violon. Une idée secondaire prend le caractere d’une musique de berceuse. Un bref récitatif précede la conclusion sur le motif a quatre notes répété sept fois. Le final, une musique de scherzo pleine de vitalité, crée un fort contraste. Le jeu léger et alerte du piano, l’énergie des traits du violon, ses figures rythmiques quelque peu néobaroques, la forme inhabituelle (ABAB’coda), aboutissent a une conclusion moins agitée, constituée des cinq premieres mesures du premier mouvement, suivies par les neufs dernieres du second.

La Fantaisie (1963), dédiée a la pianiste Diane Andersen et au violoniste André Gertler, appartient a la derniere période du compositeur. Commande de la Hans Kindler Foundation, cette composition fut donnée en premiere audition le 13 janvier 1964 a Washington par Robert Gerle, violon et David Garvey, piano.

Formellement, l’œuvre se présente en six mouvements enchaînés aux caracteres contrastés, tres fortement unifiés au plan des matériaux motiviques et harmoniques. Le Divertimento est une musique rapide et tonique, d’un grand raffinement sonore résultant de la diversité des modes de jeu du violon, et des articulations et attaques du piano. L’harmonie tres personnelle et d’une grande liberté d’invention s’étend aux confins de l’atonalité, avec l’emploi de petits clusters. L’Élégie développe une phrase expressive du violon, sur un accompagnement de sonorités cristallines dans l’aigu du piano, comme ce balancement de septiemes paralleles aux résonances mystérieuses. Elle se termine exactement par la meme musique que le mouvement lent de la Sonatine n°2, sublimée d’un bel apport poétique a la mélodie du violon, jouant entierement en sons harmoniques. Le sujet de la Fugue présente des tendances atonales avec ses dix premieres notes différentes, ses intervalles chromatiques et tritons prédominants. Il est exposé selon les quatre entrées habituelles pour construire une polyphonie a 4 voix. La musique s’adoucit et la texture s’amincit a deux voix avant d’élaborer une section de style plus libre. La récapitulation commence avec le sujet en valeurs augmentées dans le grave du piano, avant qu’une longue pédale ne s’installe et se résolve dans la coda au tempo élargi. L’Improvisazione est issue du sujet de la fugue dont le début entendu brievement irrigue aussi la cadence en trémolos du violon. D’autres matériaux harmoniques proviennent des deux premiers mouvements. Le Canon est une piece chantante dans la tonalité de mi majeur. Le Finale-Scherzo revient aux caractéristiques sonores et expressives du Divertimento initial dont certains éléments sont réutilisés.


Gérald Hugon


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