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8.573204 - LANCINO, T.: Violin Concerto / Prelude and Death of Virgil (Faust, Monti, Luxembourg Philharmonic, Orchestre National de France, Tamayo, Schwarz)
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Thierry Lancino (né en 1954)
Concerto pour violon • Prélude et Mort de Virgile

 

Concerto pour violon

La composition du Concerto pour violon débuta en septembre 2004 et fut terminée en juin 2005. La composition se déroula entièrement la nuit, comme à mon habitude.

Le projet s’est développé et a mûri pendant plusieurs années. Quoiqu’il ne reste aucune esquisse ancienne dans la version finale de l’oeuvre, cette profonde gestation explique la rapidité avec laquelle l’oeuvre fut écrite. Il était clair depuis le début, que le titre—concerto—était une déclaration d’intention. Je n’avais aucun dessein de m’engager dans une musique à programme, ni de raconter une histoire, ou même de provoquer des sentiments spécifiques. Plutôt, il s’agissait pour moi d’exprimer ma propre musique, mon expérience intérieure. Et de la faire apparaître au plein jour dans sa construction abstraite.

J’embrasse pleinement la forme concerto. Je m’en empare. J’utilise cette enveloppe splendide qui m’autorise toutes les folies. Imaginer ce petit morceau de bois (en fait un Stradivarius de 1704) joué par Isabelle Faust, faisant face à une machine gigantesque (un orchestre au complet) était très stimulant et déclencha le bouillonnement de mon imagination. Ecrire pour des masses en tel déséquilibre était un vrai pari. Je gardai en tête la notion que “con-certo” vient du verbe “certare”, lutter férocement. Mais la confrontation était encore plus vive au cours de la composition : le matériau musical et moi-même—le compositeur—nous sommes opposés violemment l’un à l’autre. Au cours de l’oeuvre, ce matériau, je l’expose, le tords, je le frappe, je secoue, contrarie, exaspère, je le retourne, j’éclate, je chérie, je l’ordonne, volatilise, brûle, congèle, martèle, chante…

J’ai suivi un fil conducteur, et je demande de l’auditeur qu’il me suive dans ce voyage plein de péripéties. Il est organisé en trois étapes de proportions inégales (16mn – 12mn – 6mn) :

Mouvement I : Modéré – Accéléré/Glissé – (Cadence) – Choral – Accéléré
Mouvement II : Lent (Attacca)
Mouvement III : Vif – Fugato

Le concerto pour violon est une commande de « Musique Nouvelle en Liberté » pour Isabelle Faust et l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg. La création, dirigée par Arturo Tamayo, fut donnée en 2005 au théâtre du Châtelet à Paris. Le Concerto pour violon est dédié à Isabelle Faust.

Prélude et Mort de Virgile

Pour notre culture, Virgile représente une figure de l’artiste hissée au niveau du mythe. Pourtant rien n’est connu sur sa vie ; et des générations ont projeté sur son nom leur propre idéal de création artistique. Nous sommes en face d’un génie intimidant. Or Virgile laisse une oeuvre interrompue par la mort, l’Enéide. La tradition veut que, la trouvant imparfaite, mensongère, il ait voulu la détruire et que l’empereur Auguste l’en ait dissuadé.

Cette scène historique fondatrice—la mort du monumental poète—nous inspira, à mon librettiste et à moi-même, un opéra de vastes dimensions. Si l’oeuvre lyrique ne fut jamais terminée, elle donna cependant naissance à plusieurs oeuvres vocales et instrumentales. Prélude et Mort de Virgile est l’une de ces oeuvres.

J’ai ajouté à la partition l’épitaphe : “Cela se termine comme une étoile que je n’ai pas réussi à éteindre, mais que j’ai repoussée si loin que je ne la vois plus, ‘…pas encore, mais déjà…’. Une étoile que je sais briller, làbas, mais dont la lumière ne me parvient plus. Elle est une fine dissonance qui reste en suspens et dont le temps rythme l’extinction progressive. Elle vibre, mais je ne la sens plus: je sais seulement qu’elle est là et qu’elle va se résoudre dans l’éclat consonant de l’oubli.”

Prélude et Mort de Virgile, pour baryton et orchestre, a été créé par Matteo di Monti et l’Orchestre National de France sous la direction de Gerard Schwarz, dans l’auditorium Olivier Messiaen de Radio France en décembre 2000. C’est une commande du Festival Présences de Radio France. L’oeuvre est dédiée à mon père.


Thierry Lancino


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