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8.573296 - DUKAS, P.: Symphony in C Major / L'apprenti sorcier / La Peri (Ireland RTÉ National Symphony, Tingaud)
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Paul Abraham Dukas (1865–1935)
Symphonie en ut majeur • L’apprenti sorcier • La péri

 

Fils d’un banquier, Paul Dukas mena d’abord des études privées avant que sa vocation pour la musique ne devienne manifeste. En 1881, il entra au Conservatoire de Paris en qualité d’auditeur libre dans la classe de Théodore Dubois et, son pere ayant insisté, il étudia le piano avec Georges-Amadée Mathias. Plus tard, il raconta lui-meme avoir été dans les deux cas un éleve peu satisfaisant. En 1883, il intégra la classe de composition de l’ami de Bizet Ernest Guiraud, avec qui il étudia la fugue et le contrepoint. Il arriva en tete au premier tour du concours du Prix de Rome, mais ne fut que deuxieme en 1888, distancé de peu par Camille Erlanger, un éleve de Delibes, apres plusieurs tours de scrutin. Il retenta le concours l’année suivante mais ne récolta que trois votes sur neuf, car si sa candidature était soutenue par Saint-Saëns, Gounod lui était hostile. Il quitta alors le Conservatoire pour faire son service militaire, puis il entama une carriere de critique et d’orchestrateur. Il était ami avec Debussy, qu’il avait rencontré en 1885 et qui, en 1893, lui dédia La Damoiselle élue. Par la suite, leurs liens se distendirent un peu, et pendant la période ou Debussy venait de quitter sa femme Lilly pour Emma Bardac, ils ne se fréquenterent meme plus du tout. Doté d’un vif sens de l’autocritique, Dukas détruisit nombre de ses propres compositions, mais demeura néanmoins une figure importante de la vie musicale française, et un professeur tres respecté. On le connaît surtout pour son scherzo symphonique L’apprenti sorcier : inspiré par Goethe, et chorégraphié en 1916 par Fokine pour un ballet donné a Petrograd by Fokine, l’ouvrage fut aussi illustré dans le film Fantasia de Walt Disney, qui acheva de le rendre célebre tout en offrant une nouvelle jeunesse au personnage de Mickey Mouse, alors en perte de vitesse.

L’apprenti sorcier: scherzo d’après une ballade de Goethe fut créé le 18 mai 1897 sous la direction de Dukas dans le cadre d’un concert de la Société Nationale, et il intégra presque immédiatement le répertoire international. Der Zauberlehrling, le poeme de Goethe dont il est tiré, date de 1797, « l’année des ballades » ou Balladenjahr comme l’ont surnommée les commentateurs du poete.

Laissé seul par le sorcier dont il est l’apprenti, un jeune garçon en profite pour tester les sortileges de son vieux maître. Il commande d’abord aux esprits de lui faire couler un bain, puis il demande son aide au balai. Celui-ci s’exécute aussitôt et remplit la baignoire et d’autres récipients avec l’eau du fleuve voisin. Les choses commencent a mal tourner quand le garçon se rend compte qu’il a oublié la formule magique qui permet d’arreter le balai ; manifestant une certaine hostilité, l’ustensile continue d’inonder la maison. L’apprenti attaque le balai avec une hachette et le fend par le milieu, mais l’ustensile se dédouble et ce sont maintenant deux balais qui apportent de l’eau. Heureusement, le sorcier revient, apaise les esprits, et tout finit par rentrer dans l’ordre. Méticuleusement orchestré, le scherzo comporte des themes associés a l’eau, au balai, a l’apprenti et a son maître.

La péri, un poeme dansé, fut écrite en 1911 et 1912, chorégraphiée par le danseur russe Ivan Clustine, qui était maître de ballet a l’Opéra de Paris avant de rejoindre la troupe de Pavlova en 1914. L’ouvrage fut dédié a Natalia Trouhanova, qui en dansa la création en 1912 ; cette ballerine était influencée par le style de danse libre d’Isadora Duncan. Une Fanfare, écrite pour trois trompettes, quatre cors, trois trombones et un tuba, précede le poème proprement dit, dont l’orchestration féérique évoque un univers tres français, tout de mystere et de fantaisie. La musique, dont les themes principaux sont associés a Iskender et a la Péri, suit de pres la trame du récit qui fut publié avec la partition :

« Il advint qu’a la fin des jours de sa jeunesse, les Mages ayant observé que son astre pâlissait, Iskender parcourut l’Iran, cherchant la Fleur d’Immortalité. Le soleil séjourna trois fois dans ses douze demeures sans qu’il la trouvât, jusqu’a ce qu’il parvînt enfin aux extrémités de la Terre, au point ou elle ne fait plus qu’un avec la mer et les nuages. Et la, sur les degrés qui conduisent aux parvis d’Ormuzd, une Péri était étendue, dormant dans sa robe de pierreries. Une étoile scintillait au-dessus de sa tete, son luth reposait sur son sein et dans sa main la Fleur brillait. Et c’était un lotus pareil a l’émeraude, ondoyant comme la mer au soleil du matin. Iskender se pencha sans bruit vers la Dormeuse et, sans l’éveiller, lui ravit la Fleur. Qui devint soudain, entre ses doigts, comme le ciel de midi sur les forets de Ghilan. Mais la Péri, ouvrant les yeux, frappa les paumes de ses mains l’une contre l’autre et poussa un grand cri. Car elle pouvait, a présent, remonter vers la lumiere d’Ormuzd. Cependant Iskender, la considérant, admira son visage qui surpassait en délices celui meme de Gurdaferrid. Et il la convoita dans son coeur. De sorte que la Péri connut la pensée du Roi ; Car dans la droite d’Iskender, le lotus s’empourpra et devint comme la face du désir. Ainsi, la servante des Purs sut que cette fleur de Vie ne lui était pas destinée. Et pour la ressaisir s’élança, légere comme l’abeille. Pendant que le Seigneur Invincible éloignait d’elle le Lotus, partagé entre sa soif d’immortalité et la délectation de ses yeux. Mais la Péri dansa la danse des Péris. S’approchant toujours davantage, jusqu’a ce que son visage touchât le visage d’Iskender. Et qu’a la fin il lui rendît la fleur sans regret. Alors le lotus sembla de neige et d’or comme la cime de l’Elbourz au soleil du soir. Puis la forme de la Péri parut se fondre dans la lumiere émanée du calice et bientôt plus rien n’en fut visible, si ce n’est une main, élevant la fleur de flamme, qui s’effaçait dans la région supérieure. Iskender la vit disparaître. Et comprenant que, par la, lui était signifiée sa fin prochaine, Il sentit l’ombre l’entourer. »

Dukas écrivit sa Symphonie en ut majeur en 1895–96 et elle fut publiée en 1908, avec une dédicace au compositeur et chef d’orchestre Paul Vidal, qui en dirigea la création. Le premier mouvement est en formesonate et permet au sujet initial d’entrer presque immédiatement. Le theme secondaire, dans un la mineur cadencé, mene lui-meme a un nouvel élément thématique en fa. Les themes sont dument récapitulés par la suite, avant la coda finale. Le deuxieme mouvement, marqué Andante espressivo e sostenuto, est en mi mineur ; il est globalement en forme-sonate, avec une orchestration délicate. Le caractere se modifie aussitôt avec le début du rondo, qui mene l’ensemble de l’ouvrage a sa triomphante conclusion.

Keith Anderson

Traduction française de David Ylla-Somers

Note du chef d’orchestre

Paul Dukas était un compositeur perfectionniste jusque dans le moindre détail. Il a revu et modifié ses orchestrations, souvent meme apres la premiere partition publiée. Il n’existe pas a ce jour d’édition scientifique de ses oeuvres d’orchestre. En préparant cet enregistrement, nous avons constaté combien les éditions existantes divergent sur de nombreux points essentiels, d’orchestration, de tempo et meme d’harmonie. Afin d’etre le plus fidele possible a l’exigence du compositeur, nous avons consulté les sources manuscrites a disposition. Grâce a la bienveillance des éditions Durand, nous avons pu travailler sur une source jusque-la privée et exceptionnellement révélatrice : les épreuves corrigées par Dukas de la premiere édition de L’apprenti sorcier. Les autres manuscrits sont ceux de la Bibliotheque Nationale de France—brouillons, premiere ébauche d’orchestre et manuscrit de la Symphonie – et du Harry Ransom Center de l’Université du Texas a Austin—manuscrits des partitions d’orchestre de L’apprenti sorcier et de La péri. Ainsi, nous espérons, par cet album Naxos, donner une interprétation la plus fidele et exigeante de ces partitions longuement muries et ciselées.

Jean-Luc Tingaud


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