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8.573344 - BIZET, G.: Roma / Marche Funèbre / Patrie Overture / Petite Suite (Ireland RTÉ National Symphony, Tingaud)
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Georges Bizet (1838–1875)
Marche funèbre en si mineur • Ouverture en la • Patrie • Petite suite • Roma

 

Georges Bizet naquit a Paris en 1838. Son pere était professeur de chant. Il entra au Conservatoire a l’âge de dix ans, ou il eut la chance encore enfant d’avoir Charles Gounod pour professeur. Par la suite, il devint l’éleve de Fromental Halévy, compositeur d’opéra prolifique, et en 1869 il épousa sa fille, qui comme sa mere était sujette a des crises sporadiques d’instabilité mentale. Par la suite, Ludovic Halévy, un cousin de sa femme, allait collaborer au livret de Carmen. Menant de brillantes études, Bizet remporta, comme on pouvait s’y attendre, de nombreuses récompenses, et notamment le Prix de Rome en 1957, qui lui permit de séjourner a la Villa Médicis. En outre, les termes du concours furent modifiés de maniere a ce qu’il puisse passer la troisieme et derniere année du Prix a Rome plutôt qu’en Allemagne. Une fois rentré a Paris en septembre 1860 apres avoir appris que sa mere était malade, il subvint a ses besoins en travaillant épisodiquement pour le théâtre et pour des éditeurs, activités ponctuées par des entreprises plus ambitieuses : il y eut d’abord l’opéra Les pêcheurs des perles, qui rencontra un succes mitigé quand il fut monté a l’Opéra-Comique en 1863 et fut suivi, en 1867, par La jolie fille de Perth au Théâtre-Lyrique. En 1872, la création de Djamileh a l’Opéra-Comique fut un four, tout comme la partition originale que Bizet écrivit pour le mélodrame L’arlésienne, en collaboration avec Alphonse Daudet. Le succes de longue durée ne vint que peu de temps avant sa disparition, avec l’opéra Carmen, monté dans le sillage de difficultés considérables en 1875 ; l’ouvrage tenait toujours l’affiche quand Bizet mourut subitement cette meme année.

En 1867, le ministre des Beaux-Arts organisa un concours de composition a l’intention de trois salles, l’Opéra, le Théâtre-Lyrique et l’Opéra-Comique respectivement. Parmi les nombreux livrets soumis, celui qui fut choisi pour l’Opéra était La coupe du roi de Thulé de Louis Gallet et Edouard Blau, inspiré de la ballade que chante Gretchen dans la premiere partie du Faust de Goethe. Le concours attira beaucoup de participants, meme si, comme c’est souvent le cas, on soupçonna les administrateurs de l’Opéra d’avoir tout truqué a l’avance. En fin de compte, le lauréat fut un quasi-amateur, Eugene-Emile Diaz de la Pena ; on murmurait qu’il avait reçu l’aide de Victor Massé, compositeur expérimenté, qui était son professeur et faisait partie du jury. Parmi les autres concurrents, qui étaient une bonne quarantaine, figuraient Massenet et Ernest Guiraud, en deuxieme et troisieme places respectivement. Quant a Bizet, qui voulait vraiment éviter de faire mauvaise figure, il fut tout de meme classé sur la liste ; par la suite, il reprit certains éléments de sa partition pour les réutiliser ailleurs. Cependant, son opéra n’a jamais été retrouvé, et on n’en conserve que des fragments, y compris le Prélude, qui devint la Marche funèbre en si mineur. Les librettistes avaient considérablement étoffé la trame de la ballade originale, mais son essence était demeurée la meme. Le vieux roi de Thulé veille jalousement sur une coupe d’or que lui a léguée sa femme. Il y boit chaque jour et, sentant sa mort venue, il finit par jeter la coupe dans la mer. Dans le nouveau livret, le roi se meurt d’amour pour Myrrha, la maîtresse de son favori Angus, et seul son bouffon, nommé Paddock, lui est resté fidele. La coupe d’or, un cadeau de la Reine des mers, doit etre remise au successeur du roi, mais celui-ci l’offre a Paddock, qui la jette dans la mer. C’est finalement le jeune pecheur Yorick qui la retrouve, et en récompense, il obtient l’amour de Myrrha. Il rend la coupe a la jeune femme, qui s’allie a Angus pour prendre le pouvoir. La Reine des mers a promis l’immortalité a Yorick, et quand celui-ci comprend qu’il a été berné, il appelle la reine a l’aide. Répondant a ses prieres, elle noie les usurpateurs. Le Prélude dresse le décor de ce drame d’amour et de vengeance, plus pertinent sous son titre original que sous sa forme de marche funebre. Il renferme des éléments de l’histoire, depuis la menaçante introduction jusqu’a l’amour de Yorick pour la sirene qui regne sur les mers, avec des motifs pour celle-ci, pour la coupe d’or et pour Yorick, et une conclusion tragique plutôt qu’un finale heureux pour le pecheur.

L’Ouverture en la mineur date de 1855 environ, avant la premiere tentative de Bizet pour décrocher le Prix de Rome, et ce fut sa premiere composition orchestrale. Elle demeura inédite et a ce qu’il semble, elle ne fut meme pas exécutée de son vivant. Le morceau commence par un mélancolique Andante ma non troppo en la mineur, qui débouche sur des éléments plus tendrement lyriques, avant un déchaînement houleux marqué Allegro vivace. La troisieme des quatre sections qui structurent l’ouvrage est un Andante espressivo lyrique en mi majeur. La piece s’acheve sur un vigoureux Allegro vivace en la majeur, qui évoque la chasse.

Écrite en 1873 et créée l’année suivante, la saisissante ouverture Patrie vit le jour dans le sillage de la Guerre franco-prussienne, et c’est cette atmosphere qu’elle s’attachait a rendre. Dédié a Massenet, l’ouvrage fait appel a un grand orchestre, y compris quatre cors, des paires de trompettes et de cornets, trois trombones et un ophicléide, la partie de ce dernier étant répartie entre celles d’autres instruments pour les exécutions modernes. La section des percussions comprend des timbales, une grosse caisse, une caisse claire, un triangle et des cymbales, avec deux harpes et les cordes habituelles. Le premier theme, avec ses connotations martiales, est énoncé au départ, en ut mineur, puis répété en ut majeur. Il débouche sur un second theme en fa majeur, marqué un peu animé et confié d’abord aux clarinettes, aux bassons et aux altos. Une marche funebre en la mineur retentit, suivie par un épisode ternaire, un Andantino en la majeur, la premiere apparition de la mélodie étant confiée a la clarinette, au cor anglais et a l’alto. Le premier theme refait surface avec une flute soliste, suivi du second theme, l’ensemble de cette piece aux accents patriotiques s’achevant Moderato maestoso, fff et tutta forza.

Le recueil de douze pieces pour piano a quatre mains intitulé Jeux d’enfants fut écrit en 1871 et Bizet en orchestra six ou sept, dont cinq furent publiées ultérieurement en tant que Petite suite d’orchestre. Le premier des morceaux orchestrés, Les quatre coins, qui ne figure pas dans la suite mais a été développé dans la version orchestrale de Bizet, dépeint en musique ce jeu d’enfants qui rappelle un peu les chaises musicales. Les participants sont placés aux quatre coins d’une surface carrée, avec en son centre un cinquieme joueur qui doit essayer d’occuper l’un des coins en délogeant l’un des autres enfants. Les morceaux qui figuraient dans la suite publiée a titre posthume commencent avec la Marche : Trompette et tambour, suivie de la tendre Berceuse : La poupée. La troisieme des cinq pieces est l’Impromptu : La toupie, dont la musique reflete fidelement le tournoiement. Le Duo : Petit mari, petite femme voit les enfants jouer au papa et a la maman, et la suite se conclut par le vif Galop : Le bal.

C’est en 1860, alors que Bizet se trouvait encore en Italie a la suite de sa victoire au Prix de Rome, que le compositeur se mit a écrire une nouvelle symphonie. Il allait y revenir par intermittences pendant les onze années suivantes, révisant une derniere fois son ouvrage en 1871. A ce qu’il semble, Bizet envisageait de composer une symphonie italienne dont les mouvements respectifs devaient etre Rome, Venise, Florence et Naples. Ce projet fut sans doute abandonné en faveur d’une symphonie au programme plus ouvert, meme si l’ouvrage conserva le titre apparemment destiné au premier mouvement : Roma. En 1866, Bizet avait achevé la premiere version de la nouvelle symphonie, meme s’il ne l’avait pas encore orchestrée. Il la révisa en 1869, et c’est cette meme année que Jules Pasdeloup en dirigea trois mouvements—il manquait le troisieme Scherzo—sous le titre Fantaisie symphonique, Souvenirs de Rome. Les différents mouvements étaient intitulés Une chasse dans la forêt d’Ostie, Une procession et Carnaval à Rome. La version définitive de 1871 fut dirigée par Pasdeloup sous le titre plus vague de Roma, Symphonie en quatre parties. En la publiant, Choudens l’intitula Roma, troisième suite de concert, le dernier mouvement conservant son titre de Carnaval

L’ouverture de la symphonie fait clairement allusion a la chasse, le theme étant d’abord confié aux quatre cors, rejoints par les bois et enfin les cordes. L’allure de la musique s’accélere, menant a un Allegro agitato (ma non troppo presto) en ut mineur, avec de nouveaux éléments thématiques faisant contraste jusqu’au retour de l’ouverture, ou les cors reprennent l’ascendant. Le Scherzo, en la bémol majeur, débute aux premiers violons, seconds violons et altos, puis les violoncelles et les contrebasses entrent dument en imitation fuguée. Le dessin initial du theme, dont l’importance ne se dément jamais, est confié a l’accompagnement des altos tout au long de la section de trio. Les cordes introduisent le troisieme mouvement, un Andante dont le theme en fa majeur porte l’indication Largo espressivo. Ce theme est également énoncé par les bois avant l’apparition d’un theme secondaire a 12/8 en ut majeur. Le dernier mouvement commence comme une tarentelle, avec un premier theme présenté par le hautbois. Un épisode faisant contraste est alors introduit, couronné par le retour de la tarentelle. Une troisieme mélodie se fait jour, jouée leggierissimo par les premiers violons, et une quatrieme mélodie dérive du theme secondaire du mouvement lent, intervenant une derniere fois alors que la tonalité d’ut majeur est rétablie et que la symphonie parvient a sa conclusion.


Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers

¹ Pour plus d’informations sur la genese de Roma, on pourra consulter l’ouvrage de Winton Dean : Georges Bizet: His Life and Work, Londres, 1965, pages 139 a 143.


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