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8.573370 - NORDGREN, E.: Bergman Suites (The) (Slovak Radio Symphony, Adriano)
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Erik Nordgren (1913–1992)
Les Suites « Bergman »

 

Erik Nordgren est né en Suède le 13 février 1913. Il étudie le violon, la direction d’orchestre et la composition à l’Académie Royale de Musique à Stockholm. En 1941 il devient professeur. En 1948 il est conseiller phonographique chez EMI/HMV en Suède, et de 1952 à 1967 est directeur musical chez Svensk Filmindustri. Par la suite, et jusqu’en 1976, il est à la tête du département orchestre de la Radio-télévision suédoise.

Parmi ses compositions se trouvent des concertos pour clarinette (1950) et pour basson (1966), une Symphonie de Chambre (1944), de la musique de chambre, dont trois quatuors à cordes, des mélodies et une quantité considérable de musique électronique créée dans son propre studio. Nordgren a écrit la musique d’une quarantaine de films pour les metteurs en scène Ingmar Bergman, Alf Kjellin, Lars-Erik Kjellgren, Jan Troell, Gustav Molander et Alf Sjöberg. Il est mort à Stockholm le 6 mars 1992.

Parmi les dix-sept partitions composées pour des films de Bergman, L’Attente des femmes, Sourires d’une nuit d’été, Le Septième Sceau et Fraises sauvages peuvent être considérées les plus achevées. Les relations étroites entre Nordgren et Bergman, comparable à celle entre Eisenstein et Prokofiev, Hitchcock et Herrmann,Fellini et Rota ou Cocteau et Auric, étaient basées sur l’amitié et sur la réalisation de la part de Nordgren de la nécessité de compromis en matière de musique cinématographique. Une rupture est survenue lorsque Bergman, après son mariage avec la pianiste estonienne Käbi Laretei, se trouvait quotidiennement face à la musique, et ce, d’une manière totalement différente qu’auparavant. À la même époque Bergman s’est intéressé à l’opéra en tant qu’assistant directeur et a complètement révisé sa conception de la musique, utilisant par la suite principalement la musique instrumentale de Bach, Mozart et Chopin. Seuls trois de ses derniers films comportent des partitions originales, et elles furent composées par Rolf Wilhelm et Daniel Bell, ce qui veut dire que le dernier film avec la musique de Nordgren est Le Jardin des plaisirs (1961).

Depuis le début, le metteur en scène et le compositeur se trouvaient d’accord sur la nécessité d’utiliser un minimum de musique, malgré les tentatives de certains distributeurs américains de persuader Bergman d’en rajouter pour le marché outre-Atlantique. D’après la veuve de Nordgren, Bergman et son mari, vers 1990, pensaient qu’avec les dernières technologies cinématographiques et les nouvelles possibilités en matière de vidéo, ils auraient enfin réalisé les musiques de film qu’ils auraient souhaitées, en utilisant des sons préparés à partir du cadre réel.

L’attente des femmes

L’attente des femmes, comportant essentiellement des flashbacks, présente quatre belles-sœurs qui se racontent leurs mariages en attendant l’arrivée de leurs maris pour passer des vacances tous ensemble pour la première fois. Lorsque j’ai vu une copie de ce film je me suis aussitôt rendu compte à quel point la partition originale de Nordgren avait été coupée pour les besoins du film. En fin de compte la musique joue un rôle important dans une seule épisode. Dans les six sections originales de la musique Nordgren utilise un leitmotiv romantique et deux figures secondaires qui sont combinées de manière variée et astucieuse, avec des couleurs orchestrales particulièrement transparentes et délicates. De temps à autre, Nordgren quitte le style romantique des compositeurs suédois pour des textures plus atonales, ce qui élève la partition à un tout autre niveau artistique.

Sourires d’une nuit d’été

Ce film, pessimiste par son ton et autobiographique par sa matière, fut le premier grand succès international de Bergman, obtenant un prix au Festival de Cannes en 1956. L’histoire, qui se situe au début de ce siècle, tourne autour de deux couples mariés, dont les époux se rivalisent pour les faveurs d’une comédienne extrêmement belle et intelligente. Celle-ci invite les deux couples dans le château de sa mère pour les confronter avec leurs propres mariages. Une réunion amicale devient l’heure de la vérité.

La partition du film est la plus longue qu’ait écrite Nordgren pour un film de Bergman, d’autant que la plupart de la musique a survécu à la salle de montage. Les six mouvements de l’actuelle suite sont tirés de la musique qui soutient la scène principale du film, La réunion au Château, dans laquelle un menuet et une gavotte soulignent l’ironie de la situation.

Fraises sauvages

Dans ce chef-d’œuvre, maintes fois couronné de prix, Bergman aurait dit qu’il était passé “sans aucun effort, et de manière tout à fait spontanée, entre divers plans—temps/espace, rêve/réalité”. C’est l’histoire d’un professeur, veuf, qui, à l’approche de la mort, fait le bilan d’une vie apparemment réussie, mais qui en réalité s’avère avoir été remplie de déceptions.

La musique de Nordgren est mystérieuse et évocatrice, soulignant le passage de la réalité au rêve et vice-versa. De belles épisodes pour la harpe, des effets insolites au vibraphone, les timbales qui se battent comme un cœur, et un mémorable leitmotiv ascendant qui représente le désir, font que cette partition est une des plus importantes et efficaces jamais réalisées pour un film de Bergman.

Le Visage

Le scénario du Visage fut inspiré par G.K. Chesterton, mais il reflète la propre expérience de Bergman en tant que directeur du théâtre de Malmö dans les années cinquante. Comme il a lui-même dit: “Nous devenons des victimes de nos propres illusions; nous subissons la passion, nous épousons les uns les autres, et nous oublions que notre point de départ est notre profession et non pas notre apparence dans la rue après le dernier rideau.” (Bergman, Images)

L’histoire, qui se passe en 1846, relate les expériences d’une troupe de théâtre ambulant invité à se produire devant un conseiller d’état, en vue de jouer à la cour. Le directeur, un muet au comportement étrange, est apparemment tué au cours d’une dispute. Plus tard on découvre qu’il est toujours en vie et qu’il peut très bien parler. Renvoyée par le conseiller, la troupe est malgré tout invitée à se produire devant le roi.

La musique pour ce film est d’une économie extrême. On se rend compte que, avant d’utiliser la musique électronique, Nordgren faisait des expériences avec la musique minimaliste. Il est à remarquer aussi que la bande sonore utilise souvent le son des cloches d’église et des clochettes d’horloge.

Le Jardin des plaisirs

Le Jardin des plaisirs, avec un scénario d’Ingmar Bergman et Erland Josephson, fut mis en scène par Alf Kjellin. L’histoire se passe au tout début du 20e siècle. Un instituteur, auteur d’un recueil anonyme de poèmes romantiques, entretient une liaison avec une serveuse. Démasqué par un collègue, l’instituteur avoue à la fois la liaison et la parenté du livre. On découvre aussi que les amants ont eu un enfant ensemble. Les autres citoyens sont scandalisés, et le couple doit quitter la ville.

La musique hautement évocatrice du film démontre bien les talents lyriques et dramatiques du compositeur. Une introduction pastorale est suivie d’un fugato dans le style de Hindemith ou Eisler. Un motif passionné mène à un point culminant, qui est suivi d’un galop, d’un autre thème lyrique, et d’une courte citation du thème principal.

Au début de 1991 j’avais contacté Eric Nordgren afin de lui proposer un projet d’enregistrement de sa musique de film. Il se mit aussitôt à rechercher des manuscrits. En 1993 un grand paquet de photocopies est arrivé, avec une lettre de Constanze Nordgren annonçant la triste nouvelle de la mort de son mari, et en indiquant que certaines partitions, notamment celle du Septième Sceau, ne pouvaient être localisées. Il y avait néanmoins matière suffisante pour en faire un disque. Cet enregistrement est donc un hommage à un compositeur dont pratiquement aucune autre œuvre n’est disponible, et dont la contribution au cinéma mérite pourtant de la considération et de l’étude.

Les suites enregistrées pour l’actuel enregistrement furent préparées directement à partir des manuscrits et de vidéos des films, sauf dans le cas du Jardin des plaisirs, dont une copie n’était pas encore disponible. La séquence des mouvements dans les suites ne suit pas en général la chronologie des films, et tous les titres ont été attribués par moi-même. Parfois j’ai rajouté de courts passages de liaison, et j’ai dû parfois développer certaines parties esquissées seulement, ou qui se trouvaient en forme d’improvisation.

Je remercie tout particulièrement Constanze Nordgren, dont l’amitié, l’aide précieuse et la patience ont rendu possible cet enregistrement.

Adriano
Version française: Jeremy Drake


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