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8.573395 - HÉTU, J.: Chamber Works for Strings (Complete) (New Orford String Quartet, Dann, C. Carr, Hutchins)
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Jacques Hétu (1938–2010)
L’intégrale des oeuvres de chambre pour cordes

 

Un bref aperçu du style compositionnel de Jacques Hétu

Traitement mélodique, harmonies luxuriantes, échanges instrumentaux : voila autant d’éléments importants de la musique d’Hétu, son style mariant expressivité et rythmes angulaires a des formes musicales tres traditionnelles. Influencées par Bartók, Hindemith et divers compositeurs français importants, ses premieres compositions possedent un sens marqué de la tonalité et sont imprégnées de rythmes percussifs et de tension harmonique. Dans les années qui ont suivi, son langage musical murit, a travers des cadres plus ouverts, de larges proportions, ainsi qu’une expressivité de plus en plus lyrique. La production plus tardive d’Hétu differe grandement de ses oeuvres de jeunesse et se veut le miroir d’une tendance compositionnelle de la fin du 20e siecle visant un éloignement de l’atonalité en faveur d’un langage harmonique accessible. Néanmoins, ses idées motiviques, rythmiques et structurelles n’ont jamais changé et s’inscrivent comme constantes musicales de toutes ses oeuvres.

Quatuor à cordes nº 1, opus 19 (1972)

OEuvre de jeunesse montrant le style émergent du compositeur, le Quatuor à cordes, opus 19 combine des techniques du 20e siecle et un langage harmonique néoromantique. Il est en quatre mouvements, chacun démontrant une maîtrise compositionnelle totale des caracteres et des atmospheres. Le premier mouvement, Allegro, s’amorce sur un motif de triton (un intervalle dissonant et « non résoluble ») qui établit un langage musical angulaire. Les quatre instruments conversent, ensemble puis séparément, s’interrompant et changeant fréquemment de sujet. Le deuxieme mouvement, Andante, est une élégie somptueuse qui se développe en nuances et en intensité. L’atmosphere est rompue par un solo plaintif a l’alto, apres lequel le mouvement se détend vers la conclusion. Le troisieme mouvement, Vivace, est un scherzo spirituel et preste qui met en opposition un theme décalé, arythmique, et des interludes de trémolos transparents et furtifs. Un solo de violoncelle qui évoque certaines des mélodies plus avantgardistes du premier mouvement se niche au coeur de celuici. Le finale, Allegro, commence par un unisson, miroir du début du quatuor, une plus large version du motif du triton étant cette fois-ci privilégiée pour un effet plus saisissant. Une fugue suit, qui prend de l’ampleur jusqu’a ce qu’elle soit brusquement interrompue par une reprise du theme du deuxieme mouvement. Apres ce changement de caractere soudain, le trémolo du troisieme revient pour rompre le sortilege, menant a une conclusion passionnée de l’oeuvre.

Quatuor à cordes nº 2, opus 50 (1991)

Le Deuxième Quatuor à cordes, opus 50, a été écrit en 1991, plusieurs décennies apres le premier et se veut une déviation stylistique distinctive par rapport aux premieres oeuvres d’Hétu. Le quatuor est conçu de façon plus mélodique que ses compositions antérieures et met en lumiere des harmonies essentiellement tonales, en dépit du fait que l’oeuvre est entierement articulée autour du motif du demi-ton. Celle-ci, en trois mouvements, comprend un mouvement central énergique et vibrant encadré par deux mouvements externes lyriques et mélancoliques. Le premier mouvement, Adagio, est introduit par un theme fragile et tendre au premier violon, développé par la suite dans les quatre voix. Le violoncelle interrompt le propos avec une ligne intense et inquisitrice, qui nous ramene finalement aux themes du début. Le deuxieme mouvement, Vivace, établit un contraste entre un theme central composé de trémolos fébriles et de motifs rythmiques moteurs et des épisodes comprenant des mélodies de danse animées et des entrées pizzicato en canon. Le troisieme mouvement, Andante, a été écrit a la mémoire de la mere de Jacques Hétu, décédée peu de temps avant la composition du quatuor. Rempli d’harmonies kaléidoscopiques d’une beauté envoutante, le mouvement se veut ouvertement émotionnel et demeure l’une des pages pour cordes les plus abouties d’Hétu.

Scherzo pour quatuor à cordes, opus 54 (1992)

Écrit en 1992, le Scherzo, opus 54 pour quatuor a cordes démontre le talent d’un compositeur accompli, en pleine possession de son langage musical et de ses idées créatrices. Le début du Scherzo sert de prologue et présente plusieurs themes qui seront exploités tout au long de l’oeuvre, dont un theme de scherzo vif, un noble Andante qui comprend un solo de violoncelle lyrique (qui sera utilisé ultérieurement dans son Deuxième Quatuor à cordes) et une citation des Variations Goldberg de Bach. Le corps de la piece est de forme rondo. Le premier theme, en 6/8, possede un véritable caractere de scherzo, rapide et léger, ponctué tout au long de moments brusques d’intensité féroce de tout le groupe. Le deuxieme theme se veut plus dansant, avec une écriture mélodique qui fait la part belle a des rythmes ondulants en 9/8. Ces deux themes sont entrecoupés de deux autres sections Andante, chacune un peu différente, une ligne soliste s’élevant au-dessus de la masse.

Adagio et rondo, opus 3 nº 1a (1960)

Premiere incursion de Jacques Hétu dans l’écriture pour quatuor a cordes, l’Adagio et rondo, opus 3 a été écrite pour conclure ses études au Conservatoire de Montréal. Des éléments motiviques et thématiques tirés de cette oeuvre se retrouvent dans toutes ses oeuvres ultérieures de musique de chambre pour cordes. L’Adagio est plutôt dépouillé, ce qui permet aux longues lignes mélodiques et aux rythmes doucement pulsés de se déployer avec une belle simplicité. Le Rondo présente d’entrée de jeu un signe distinctif de l’écriture d’Hétu : un unisson rythmique déclamatoire aux quatre voix. Celui-ci s’efface devant un theme de Rondo rebondissant que s’échangent les quatre instruments. Une courte fugue et un nouveau développement du theme du Rondo suivent, le mouvement s’achevant sur un énoncé final spirituel et plein d’entrain.

Sérénade pour quatuor à cordes et flûte, opus 45 (1988)

La Sérénade pour quatuor a cordes et flute est une commande de G. Hamilton Southam, en cadeau a sa femme, Marion, pour leur anniversaire de mariage. La piece est conçue comme un commentaire musical sur la premiere scene du cinquieme acte du Marchand de Venise de Shakespeare. Elle évoque la tranquillité bucolique et l’harmonie d’une nuit d’été étoilée. En trois mouvements, cette sérénade lyrique commence par un bref Prélude qui donne le ton. Un Nocturne élaboré suit, de calmes mélodies ondoyantes se développant audessus de trémolos aux cordes, rappelant la douce musique nocturne de Shakespeare. Le finale, une joyeuse Danse, adopte la meme forme que le Nocturne, mais rappelle des éléments du Prélude dans sa coda.

Sextuor pour cordes, opus 71 (2004)

Derniere oeuvre de musique de chambre pour cordes de Jacques Hétu, le Sextuor pour cordes est constitué d’une introduction suivie d’un theme avec six variations, mettant en valeur la richesse d’imagination et l’écriture maîtrisée des dernieres années d’Hétu. L’introduction, avec l’entrée graduelle des instruments en trois étapes, est suivie du theme, une mélodie calme et songeuse. Chacune des variations démontre la créativité avec laquelle est traité le theme. La premiere variation, avec son instrumentation dense et son écriture chargée, est contrée par la deuxieme, une danse simple et élégante. La troisieme met en lumiere le côté turbulent du sextuor, a travers de nombreux passages puissants a l’unisson aux six voix. La quatrieme est le reflet du theme original, tant au niveau du caractere que du tempo, les idées étant développées plus avant et le theme mélodique élargi. Peut-etre la plus intéressante au point de vue de l’écriture, la cinquieme variation commence par un contrepoint lent et grave, rappelant les mélopées médiévales. L’intensité monte, jusqu’a un emportement du premier violoncelle, qui domine l’écriture furieuse des autres voix. La tension se résorbe doucement et le calme du theme reprend le dessus. La sixieme variation conclut l’oeuvre avec verve, un pizzicato énergique se mariant a un trémolo alerte dans une danse tourbillonnante nous menant vers la fin.


Eric Nowlin

Traduction de Lucie Renaud


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