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8.573549 - Saxophone Quartets (French) - DUBOIS, P.M. / PIERNÉ, G. / FRANÇAIX, J. / DESENCLOS, A. / BOZZA, E. / SCHMITT, F. (Kenari Quartet)
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Quatuors français pour saxophone
Dubois • Pierné • Francaix • Desenclos • Bozza • Schmitt

 

Inventé à Paris en 1846 par le Belge Adolphe Sax, le saxophone fut spontanément adopté par les compositeurs français, qui furent les premiers à le défendre dans des compositions pour ensemble ou pour soliste. Magistralement mise en valeur par le présent enregistrement, la tradition française rend hommage à l’élan, à l’esprit et à l’élégance qui caractérisent cet instrument unique et polyvalent.

Pierre Max Dubois (1930–1995) était un compositeur français qui écrivit avant tout pour les vents, et notamment le saxophone. Il étudia au Conservatoire de Tours et en 1955, se vit décerner le Prix de Rome, bourse gouvernementale très convoitée par les musiciens et les artistes. Créé en 1962, le Quatuor pour saxophones est depuis devenu un pilier du répertoire. En général, la musique de Dubois était enjouée, avec des textures mélodiques et harmoniques intéressantes, et son ouvrage les met nettement en évidence.

Toute l’Ouverture utilise de joyeuses syncopes, et le saxophone soprano joue la mélodie au-dessus des trois autres instruments. Dans une ambiance insouciante, les saxophones explorent toute la gamme de dynamiques et échangent diverses idées mélodiques. La mélodie principale reparaît constamment sous différents aspects jusqu’à la reprise finale.

Doloroso, qui signifie « douloureusement », exploite les timbres chantants du saxophone, chaque instrument faisant retentir son propre lamento qui prend progressivement de l’ampleur, avec des textures de plus en plus contrapuntiques. Le tout s’achève en douceur sur un dernier soupir unifié.

Affairé et plein d’allant, le Spirituoso opère un lien animé vers le mouvement final. L’Andante se fait progressivement plus intéressant sur le plan des accords jusqu’à ce que le saxophone soprano entraîne le Presto dans une mélodie enthousiaste. On retrouve l’insouciance et les effets de syncope du premier mouvement, et les saxophones recommencent à échanger des idées et à explorer leurs gammes dynamiques. Ce morceau met en exergue avec clarté et précision la virtuosité des musiciens et leur jeu d’ensemble.

Gabriel Pierné (1863–1937) naquit à Metz mais se fixa à Paris en 1871 dans le sillage de la guerre francoprussienne. Élève du Conservatoire, il récolta de nombreux prix à la fois en tant qu’interprète et compositeur, décrochant notamment le Prix de Rome en 1882. Pierné devint chef principal des Concerts Colonne en 1910, et c’est lui qui dirigea la création mondiale du ballet de Stravinsky L’oiseau de feu le 25 juin 1910 à Paris.

Le style de Pierné est très français, évoluant avec aisance entre des pages légères et espiègles et des moments plus contemplatifs. L’Introduction et Variations sur une ronde populaire fut composée en 1936 et dédiée au Quatuor Marcel Mule. L’ouverture du morceau est lente et pensive, avec des changements d’harmonies chatoyants. Les deux interruptions du thème de rondo, jouées au-dessus d’un accord soutenu, dérangent le calme ambiant et évoquent davantage de gaieté. Le thème de rondo est joyeux et plein d’allant, et les variations qui suivent sont virtuoses et brillantes. Deux brefs interludes, fondés sur un motif de l’introduction, introduisent une page contemplative avant le retour de l’ambiance légère mais élégante.

Né dans une famille de musiciens et de mélomanes, Jean Françaix (1912–1997) vit ses dons pour la musique encouragés dès son jeune âge. Il commença à composer à six ans et étudia aux Conservatoires du Mans et de Paris. C’est dans ce dernier établissement qu’il rencontra Nadia Boulanger, éminente professeure de composition qui donna un coup de pouce à sa carrière. Orchestrateur de talent, il parvenait à tirer de nombreux coloris de la musique ; se réclamant du mouvement néoclassique, il rejetait l’atonalité et apporta souvent sa propre interprétation aux modes d’expression traditionnels.

Françaix composa la majeure partie de ses pièces pour saxophone entre le milieu des années 1930 et le début des années 1960. Son style est léger et spirituel, comme on peut l’entendre dans le Petit Quatuor. Gaguenardise est un mouvement en forme ternaire où comme dans une ronde, les saxophones se partagent les idées des sections externes, la section centrale legato venant faire contraste. La Cantilène ne fait appel qu’à l’alto, au ténor et au baryton. Dotée d’une structure en arc, sa dynamique connaît un crescendo progressif avant de s’effacer. Comme le suggère son titre, ce mouvement permet aux saxophones de chanter avec éloquence sans jamais cesser de jouer legato. La malicieuse Sérénade comique suscite diverses interactions entre les saxophones.

Alfred Desenclos (1912–71) débuta relativement tard dans la musique. Adolescent, il dut travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, mais à vingt ans passés, il étudia le piano au Conservatoire de Roubaix et remporta le Prix de Rome en 1942. Il composa une grande quantité d’ouvrages, malheureusement, ceux-ci étant majoritairement mélodiques et harmoniques, ils passèrent inaperçus durant la période de l’après-guerre, plus tournée vers l’expérimentation.

Le Quatuor pour saxophones de Desenclos, composé en 1964, était une commande du Parlement français pour le Quatuor Marcel Mule. C’est un ouvrage très lyrique au style expressif. Le premier mouvement fait appel à deux thèmes contrastés, le premier se distinguant par son agitation. Le plus souvent, c’est le saxophone soprano qui mène la mélodie angulaire et les autres instruments lui répondent par des murmures. Le second thème est plus détendu et de nature plus pastorale, mais on retrouve rapidement l’agitation initiale après un passage ascendant joué par les quatre saxophones.

L’Andante est lent et langoureux. Le charme rêveur de la première section est rompu par les autres saxophones qui, après avoir écouté la mélodie aérienne du soprano, courent et sautent de toutes parts avec des idées vives et syncopées. Le caractère lyrique et songeur du départ s’impose à nouveau après un trait turbulent et des accords féroces.

Le Finale débute par une introduction unifiée, jouée staccato. Les idées qui en sont tirées sont alors utilisées dans tout le mouvement, les saxophones se renvoyant des passages de gammes virtuoses. Plus lyrique et méditative, la section centrale est axée sur un motif de triolets. Ces pages légères débordent d’énergie et regorgent de syncopes inspirées par le jazz.

Eugène Bozza naquit à Nice en 1905 ; sa mère était française et son père italien. À 10 ans, il suivit les traces paternelles et se fixa en Italie, où il étudia le violon. De retour à Paris, il suivit les cours du Conservatoire à trois occasions distinctes, d’abord comme violoniste, puis comme chef d’orchestre, et enfin comme compositeur. Menant entre-temps une carrière de musicien très variée, il remporta deux Premiers Prix et demeure l’un des compositeurs de musique de chambre pour instruments à vent les plus prolifiques de l’histoire de la musique.

Composé en 1943, l’Andante et Scherzo est dédié au Quatuor de Paris. Ce charmant morceau se divise en deux parties. Un solo de ténor ouvre la section Andante et est suivi du tendre refrain des autres saxophones. Le lyrisme des solos mélodiques se perpétue à mesure que l’accompagnement se fait plus remuant. La seconde section est rapide et enlevée, avec des notes staccato et des syncopes électrisantes. Les interjections de chacun des saxophones répartissent la mélodie à tout l’éventail du quatuor. Une section centrale plus legato utilise des idées de l’Andante, mais le courant d’énergie sous-jacent ne s’interrompt pas et entraîne l’ouvrage vers son exaltante conclusion.

Né en 1870 en Meurthe-et-Moselle, Florent Schmitt étudia au Conservatoire de Paris et remporta le Prix de Rome en 1900. Dans les années 1930, il travailla comme critique musical pour Le Temps et en cette qualité, il suscita souvent la controverse en exprimant haut et fort des jugements sévères depuis le fauteuil qu’il occupait dans les salles de concert. La musique de Schmitt était régulièrement exécutée pendant la première moitié du XXe siècle, mais elle sombra peu à peu dans l’oubli. Il continua de composer jusqu’à sa mort, survenue en 1958.

Le premier mouvement de son Quatuor pour saxophones Op. 102 est une fugue dont le theme principal est énoncé par le saxophone ténor. La texture contrapuntique progresse jusqu’à une section plus détendue ; en son centre, des fioritures unifiées ouvrent la voie à la reprise du thème original. Le mouvement Vif est une page impétueuse, preste et espiègle dotée d’un accompagnement syncopé qui sous-tend des passages mélodiques plus lyriques. L’Assez lent débute par une idée répétée par le saxophone baryton, qui précède un mouvement d’accords lent et réfléchi confié aux saxophones aigus. L’Animé sans excès commence lui aussi avec le baryton, qui instaure l’esprit énergique de ce morceau. Inventif, le Quatuor pour saxophones de Schmitt convoque une ample variété de sonorités de l’ensemble et son animation se maintient jusqu’à la toute dernière note.

Claire Tomsett-Rowe
Traduction française de David Ylla-Somers


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