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8.573600 - ONSLOW, G.: String Quintets, Vol. 1 - Nos. 20 and 26 (Elan Quintet)
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Georges Onslow (1784–1853)
Intégrale des Quintettes à cordes • 1: Nos 20 et 26

 

Né à Clermont-Ferrand, à l’ouest de Lyon, d’une mère française et d’un père anglais, Georges Onslow était un gentleman compositeur et interprète dont les talents musicaux étaient particulièrement reconnus en France, en Allemagne et ailleurs de son vivant. Son père Edward (1758–1829), avait été forcé à s’exiler discrètement en 1781 car il avait été mêlé à un scandale homosexuel—pourtant, deux ans après son arrivée en France, il avait épousé Marie-Rosalie de Bourdeilles de Brantôme, et le couple eut quatre enfants, dont Georges était l’aîné. Bien que la famille soit demeurée à Clermont-Ferrand, Edward finit par se réconcilier avec sa famille afin que Georges et ses frères et soeurs puissent se rendre en Angleterre, ce qui favorisa les ambitions musicales du jeune homme. Il se rendit à Londres pour y étudier le piano avec plusieurs professeurs de renom, y compris Jan Ladislav Dussek (1760–1812) et Johann Baptist Cramer (1771–1858), et par la suite, il suivit des cours de composition à Paris avec Anton Reicha (1770–1836), qui comptait Beethoven, Salieri et Haydn au nombre de ses amis et connaissances. Très désireux d’écrire pour des ensembles de cordes chambristes, il apprit aussi le violoncelle afin de pouvoir faire de la musique avec des amis.

Même s’il était musicien amateur (ou une sorte de « gentleman dilettante ») du fait qu’il n’avait pas besoin de composer ou de jouer de la musique pour gagner sa vie en raison de son ascendance aristocratique, Onslow était à la fois extrêmement accompli et très respecté par nombre de ses contemporains et confrères. Berlioz et Schumann faisaient l’éloge de ses oeuvres, et Schumann le citait souvent au même titre que Mendelssohn comme l’un des continuateurs de l’histoire de la musique de chambre pour cordes, digne successeur de Haydn, Mozart et Beethoven. Il composa 36 quatuors et 34 quintettes à cordes, quatre symphonies, quatre opéras, plusieurs mélodies, des pièces pour piano et tout un éventail d’autres oeuvres de chambre y compris des sonates, des trios pour piano et des ensembles à vents. Une grande part de sa musique fut publiée de son vivant, et trois de ses quatre opéras furent montés à Paris à l’Opéra Comique. Certes, ses contacts et sa fortune durent aplanir quelques obstacles (puisqu’il n’avait pas besoin de tenir compte des goûts du public), mais la popularité de ses oeuvres, qui ne se démentit pas, et le nombre de morceaux de sa main publiés à titre posthume indiquent que les créations d’Onslow étaient très admirées par le monde de la musique dans son ensemble. Il fut d’ailleurs élu à l’Académie des Beaux-Arts, devint membre honoraire de la Société philharmonique de Londres et fut particulièrement populaire dans les pays germanophones, ses compositions étant exécutées dans le cadre de plusieurs grands festivals musicaux.

La considérable production d’Onslow pour quintette à cordes est particulièrement intéressante étant donnée l’absence relative de modèles antérieurs et la souplesse de son instrumentation. Le quatuor était alors tenu pour être le type d’ensemble dominant, et de nombreux écrivains de l’époque le nimbaient d’une aura de supériorité esthétique, car ils voyaient une sorte de perfection dans l’équilibre créé entre quatre voix. Toutefois, plusieurs compositeurs italiens commencèrent à explorer le genre du quintette durant les dernières décennies du XVIIIe siècle, notamment Luigi Boccherini (1743–1805), qui produisit plus de 130 quintettes entre 1771 et 1802. La majorité des pièces de Boccherini furent écrites pour deux violons, un alto et deux violoncelles (car il était lui-même violoncelliste). Néanmoins, d’autres combinaisons étaient possibles, par exemple deux altos au lieu de deux violoncelles. Au sein de la vaste production de Boccherini figurent trois morceaux dans lesquels l’équilibre du quatuor à cordes est demeuré intact, et où il a simplement ajouté une contrebasse à l’effectif existant. C’est dans cette configuration—deux violons, alto, violoncelle et contrebasse—que nous entendons les deux quintettes d’Onslow qui figurent sur le présent enregistrement.

Au départ, Onslow était très sceptique quant à l’inclusion de la contrebasse dans son ensemble. Ses premiers quintettes faisaient appel soit à deux altos, soit à deux violoncelles, et c’est seulement par un caprice du destin qu’il en vint à explorer un effectif alternatif. Lors d’une visite à Londres, il participa à une soirée où l’on devait donner un de ses nouveaux quintettes (pour deux violons, alto et deux violoncelles) pour la première fois. Alors qu’on allait commencer, le second violoncelliste manqua à l’appel. Un ami d’Onslow, le journaliste Léon Escudier, proposa de confier la partie à Domenico Dragonetti (1763–1846), contrebassiste virtuose qui justement se produisait aussi ce soir-là. Le compositeur ne fut pas très emballé par cette suggestion, convaincu que la contrebasse—malgré tout le talent de son interprète—s’intègrerait mal dans la texture globale. N’ayant de toute façon pas le choix, il pria Dragonetti d’assurer la partie manquante, et Onslow fut tellement impressionné par le résultat que seulement quelques mesures après le début du morceau, il se mit à applaudir. Par la suite, il composa quatre quintettes pour cet effectif, et bon nombre de ses autres quintettes furent édités avec des parties supplémentaires permettant de varier l’ensemble (des parties de contrebasse et d’alto étant proposées en alternative à l’une des deux parties de violoncelle). Une édition intégrale des quintettes d’Onslow fut publiée peu de temps après sa mort.

Le Quintette à cordes en ré mineur Op. 45 fut composé en 1831 pour un ensemble comportant deux violoncelles, avec la possibilité de substituer une contrebasse à la partie de violoncelle la plus grave. Il est interprété ici sans cette substitution—qui ménage un geste initial particulièrement frappant pour la contrebasse seule avant que le reste de l’ensemble ne la rejoigne pour présenter le premier thème chromatique et sa contrepartie relativement plus tendre. Les deux quintettes sont d’une grande intensité dramatique, notamment dans leurs mouvements externes, où Onslow utilise avec efficacité les changements subits de dynamique et l’articulation variée de tous les interprètes. Le compositeur semble mettre en question l’idée reçue selon laquelle le caractère des instruments à cordes est essentiellement lyrique, et sa musique n’en est que plus stimulante. Dans le sillage de l’Allegro grandioso initial, nous passons au deuxième mouvement, un Menuetto. La musique progresse à une allure dansante en dépit de son tempo presto, les instrumentistes ponctuant l’ensemble de fragments mélodiques. Cette impression de partage musical démocratique se perpétue dans le mouvement Andante cantabile qui suit, regorgeant d’une écriture chaleureuse pour les cordes graves et de phrases chromatiques sinueuses. Un effet particulièrement féerique est obtenu quelques mesures avant la fin, où la musique est brièvement élevée de sa tonalité principale de si bémol majeur vers si majeur, toutes les cordes jouant en sourdine pour les dernières phrases du mouvement. Le finale, marqué Allegro innocente, retrouve une part de la nature sombre et maussade du premier mouvement, et déborde d’éclats soudains et de passages en imitation pour tous les membres de l’ensemble.

Le Quintette à cordes en ut mineur Op. 67 fut publié en 1845 et on l’entend ici dans sa configuration instrumentale d’origine. Il fut dédié à Achille-Henri-Victor Gouffé (1804–1874), contrebassiste très réputé qui réalisa plusieurs parties de basse supplémentaires pour les premiers quintettes d’Onslow. Dans la lente Introduzione du premier mouvement, on dirait presque que le morceau commence au beau milieu d’une phrase musicale, l’incertitude initiale laissant place à une série de rythmes imposants doublement pointés. Les rythmes pointés sont encore omniprésents dans le Molto moderato e grandioso qui suit, où la musique module brusquement entre majeur et mineur, et le dramatisme est renforcé par l’utilisation répétée d’accords de septième diminuée. Vient ensuite un vif deuxième mouvement, Scherzo truffé de contretemps et d’hémioles, d’éparpillements de croches staccato, de pizzicatos et d’harmoniques. Le troisième mouvement Andante apporte un moment de répit et de douceur, et ouvre la porte au lyrisme—en particulier pour le premier violon et le violoncelle, qui sont indubitablement les parties les plus prééminentes de tout le Quintette. Le finale est particulièrement efficace dans sa manière de déjouer les attentes narratives, semblant plusieurs fois sur le point d’atteindre un apogée pour reculer aussitôt, puis Onslow nous offre une dernière page pleine d’énergie, dans laquelle toutes les parties doivent être jouées tutta forza.

Katy Hamilton
Traduction française de David Ylla-Somers


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