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8.573607 - VIARDOT, Paul: Violin Sonatas Nos. 1-3 / VIARDOT, Pauline: Violin Sonatina (Kuppel, Manz)
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Paul Viardot (1857–1941): Les trois Sonates pour violon et piano
Pauline Viardot (1821–1910): Sonatine pour violon et piano

 

Pauline et Paul Viardot appartenaient à l’une des plus célèbres familles musicales de l’Europe du XIXe siècle, les García, dont on peut remonter la lignée jusqu’à Manuel del Pópulo Vicente Rodriguez. Né en 1775 à Séville, Manuel était un fameux ténor, compositeur, imprésario d’opéra et professeur. Il prit le nom de son beau-père (García) et se maria pour la première fois en 1798. Il eut ses deux célèbres filles, Maria Malibran et Pauline Viardot, avec sa compagne de longue date, Maria Joaquina Sitches, membre de sa troupe.

En 1807, il voyage avec sa famille à Paris. Maria naît en 1808 (son frère, Manuel Patricio Rodriguez García, avait vu le jour en 1805 et enseignera plus tard au Conservatoire de Paris et à la Royal Academy of Music). La famille séjourne à Naples, Londres et Paris, et Manuel devient l’un des plus grands ténors de l’époque, excellant dans des rôles écrits pour lui par Rossini, notamment. Michelle Ferdinande Pauline, la benjamine de la famille, naît le 18 juillet 1821 à Paris. En 1825, les García se rendent à New York où la troupe présente ce qui fut peutêtre la première saison d’opéra italien aux États-Unis. En 1826, Maria, la soeur aînée de Pauline, épouse François Eugène Malibran (c’est peut-être une tentative désespérée de se libérer de son père violent). Puis elle suit sa propre étoile et devient l’une des plus grandes divas de l’histoire de la musique. Le reste de la famille se rend à Mexico, puis retourne à Paris en 1829. Pauline fait l’apprentissage du piano et commence à prendre des leçons de chant avec son père comme l’avait fait Maria avant elle. Cependant, Manuel meurt alors que Pauline n’a que onze ans. Celle-ci déménage avec sa mère à Bruxelles et vit avec sa soeur Maria et le compagnon (plus tard mari) de celle-ci, le violoniste Charles de Bériot. En 1836, c’est au tour de Maria Malibran de mourir—des suites d’un tragique accident de cheval.

Adolescente, Pauline cherche à perfectionner son art. Elle commence à se produire en concert avec Bériot et en mai 1839 fait ses débuts à l’opéra, à Londres, en Desdémone de l’Otello de Rossini. À cette occasion, elle fait la connaissance de Louis Viardot, directeur du Théâtre italien de Paris, qui l’engage, de nouveau pour un Otello de Rossini. Ils se marient en 1840. Louis Viardot se fait un nom comme historien de l’art et traducteur de Don Quichotte. Pauline, quant à elle, chante Mozart, Rossini, Bellini, Donizetti, mais aussi des oeuvres du milieu du XIXe de Saint-Saëns, Massenet, Tchaïkovski, Rimski- Korsakov, Meyerbeer (Le Prophète), Gounod (Sapho), et Brahms (la Rhapsodie pour contralto, qu’elle donne en première audition en 1870). Parmi ses admirateurs figurent Alfred de Musset, Gounod, Berlioz, et, plus extraordinairement, Ivan Tourgueniev, qui vivra pendant quarante ans auprès d’elle et de sa famille. D’elle, Berlioz écrit : « Son talent est si complet, si varié, il touche à tant de points de l’art, il réunit à tant de science une si entraînante spontanéité, qu’il produit à la fois l’étonnement et l’émotion ; il frappe et attendrit ; il impose et persuade. » Pauline compose aussi, des opérettes, plusieurs sur des livrets de Tourgueniev, notamment Le Dernier Sorcier ; des pages chorales, diverses oeuvres vocales et des partitions instrumentales qui font presque toujours appel au piano. Elle mourra à Paris le 18 mai 1910.

Paul Viardot naît le 20 juillet 1857 au château de Courtavenel (Seine-et-Marne). C’est le quatrième enfant et l’unique garçon de Louis et Pauline Viardot. Les Viardot déménagent à Baden-Baden alors que Paul est encore jeune. Il apprend le violon—devient vite un virtuose—et dans le salon de ses parents côtoie l’élite politique, littéraire et musicale européenne. Il est envoyé en pensionnat à Karlsruhe, mais l’interlude badois est bientôt interrompu par la guerre de 1870 qui oblige la famille à revenir en France puis à passer en Angleterre. Après la guerre, les Viardot regagnent Paris où Paul poursuit sa formation musicale avec César Franck, Théodore Dubois et Hubert Léonard. Il se voit dédier par Fauré l’un des premiers chefs-d’oeuvre de celui-ci, la Sonate pour violon et piano no 1 en la majeur, qui est donnée en première audition en janvier 1877 à un concert de la Société nationale de musique. En juillet de la même année, Fauré se fiance à une soeur de Paul, Marianne, mais celle-ci rompt les fiançailles quelques mois plus tard. Dans un article du Guide du concert intitulé Saint-Saëns gai (1922), Paul décrira les extraordinaires réunions du dimanche chez les Viardot. À ces soirées, Saint-Saëns chante en travesti accompagné par Pauline ou danse des extraits d’opéras comme Robert le diable. Le vendredi soir règne un climat plus sérieux : Saint-Saëns accompagne Pauline au piano ou à l’orgue.

En 1880, Paul fait une tournée en Espagne avec Saint-Saëns, en 1881 il voyage en Russie (où il fait l’expérience de « la terreur nihiliste » des Cosaques) et donne également des concerts à Varsovie et à Riga. Il se rend sept fois en Suède, va jusqu’en Amérique du Nord et du Sud, et, en 1899, dans le Transvaal, en Afrique du Sud. En 1902, il dirige la première audition de Parysatis, musique de scène de Saint-Saëns. Bien qu’il ait fait sa place dans le monde musical de son époque, il reste dans l’ombre de sa mère et de sa tante. Dans ses Souvenirs d’un artiste de 1910, il s’en plaint : « Le nom d’un père ou d’une mère illustre est terriblement lourd à porter, j’en sais quelque chose ! Rien n’est plus difficile que de cesser d’être le fils de quelqu’un. » Durant la Première Guerre mondiale, il est lieutenant de réserve et sert d’interprète. Au lendemain de la guerre, le climat parisien ne convenant pas à la bronchite dont il souffre, il accepte un poste que lui propose le Ministère de Beaux-Arts en Afrique du Nord. Il est d’abord employé à Tunis mais ne tarde pas à déménager dans la plus métropolitaine Alger, où demeure Saint-Saëns désormais. Il fonde un conservatoire dans lequel il officie jusqu’à plus de quatrevingts ans. Il meurt à Alger fin 1941 (on donne parfois le 11 décembre comme date de décès mais l’article nécrologique du New York Times est daté du 16 octobre et se réfère au jour précédent, le 15 octobre).

Outre les trois sonates pour violon et piano figurant dans cet enregistrement, Paul Viardot a composé une sonate pour violoncelle et piano, deux recueils de six pièces pour violon et piano, un quatuor à cordes, plusieurs recueils d’études pour violon, et pièces brèves pour violon et piano comme la Danse slave, la Sicilienne, la Rêverie, et la Berceuse. Il a aussi dirigé la publication d’oeuvres d’autres compositeurs, notamment de Kreutzer, Rode, et Viotti. Il a écrit plusieurs ouvrages dont une Histoire de la musique (préfacée par Saint-Saëns), un rapport officiel d’une mission artistique sur la musique en Suède, et ses Souvenirs d’un artiste (1910).

La Sonatine pour violon et piano en la mineur de Pauline Viardot fut publiée en 1874 et est dédiée à Hubert Léonard. Elle s’ouvre sur un Adagio rêveur, le violon développant de longues lignes mélodiques d’un bout à l’autre. L’Allegro à 3/8 qui suit enchaîne un début enjoué, une partie contrastante, puis un retour du matériau initial. Dans l’Allegro final à 2/4, le thème principal de rondo alterne avec une écriture plus mélodique avant que l’oeuvre ne se referme sur une conclusion vigoureuse.

La Sonate pour violon et piano no 1 de Paul Viardot, en sol majeur op. 5, date de 1883 et est dédiée au grandduc Charles-Alexandre de Saxe-Weimar. L’Allegro initial à 3/2 présente un motif en noire pointée croche qui s’avère le moteur du mouvement dans ses divers développements. L’Andante suivant à 6/8 commence paisiblement mais ne tarde pas à augmenter en intensité, et il s’enchaîne sans interruption à une partie Allegro à 9/8 en rythmes pointés. Revient ensuite le début à 6/8, et le mouvement s’achève sur un la aigu tenu pendant sept mesures par le violon sur un diminuendo du piano. Le finale, un Allegro assai à 3/4, développe et varie des thèmes doux et fluides avant de les faire réentendre dans un aspect proche de leur forme initiale. Un Vivo vigoureux à 2/4, avec des accords au violon, conclut la sonate.

La Sonate pour violon et piano no 2 en si bémol majeur fut écrite en 1902 et dédiée au violoniste et compositeur Henri Marteau. Le mouvement initial porte l’indication Moderato. Le violon entre après une mesure d’introduction avec un thème qui est répété et transformé à travers le mouvement, lequel s’achève paisiblement sur un si bémol aigu tenu au violon. L’Andante est une chanson triste et expressive à 3/4 où s’insèrent des épisodes contrastants dans diverses tonalités. La coda rappelle le thème initial, mais de manière allusive seulement, et elle se termine sur un si bémol aigu de façon très similaire au premier mouvement. Le finale commence sur un thème semblable au thème principal du premier mouvement. Finalement, le thème du premier mouvement revient, et ce matériau débouche sur une coda Presto qui conclut fortissimo en mineur.

La Sonate pour violon et piano no 3 en la mineur date de 1931 et s’articule en quatre mouvements. L’Allegro molto moderato initial commence par des doubles croches legato au piano sur lesquelles le violon chante une mélodie qui représente le fondement du mouvement. Ce thème est retravaillé et élaboré, puis le morceau se termine paisiblement. Suit un Andante intitulé Recueillement qui s’ouvre sur une brève introduction du piano, enchaînée à un quasi-récitatif du violon seul. L’atmosphère nostalgique est nourrie d’un bout à l’autre par les appoggiatures du piano qui sonnent comme des clochettes. Le Scherzo à 5/8, intitulé La Méchante Boiteuse, fait contraster une première partie « boiteuse » avec un épisode central dolcissimo selon la forme A–B–A. Le finale à 3/4, Tristesse, Colère, Résignation, diffère de l’habituel rondo ou du mouvement conclusif enlevé. Il commence calmement et tristement. Suit la « Colère », qui porte l’indication Sombre et présente des arpèges répétés rapides au violon. Le piano répond par un passage en accords fortissimo, puis s’apaise. Vient alors la « Résignation » finale, marquée calme et grave. Le violon s’arrête pianissimo sur la corde de sol, tandis que l’accompagnement du piano diminue progressivement.

Bruce Schueneman
Traduction française : Daniel Fesquet


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