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8.573687 - DUBUGNON, R.: Arcanes Symphoniques / Triptyque / Le Songe Salinas (Gubisch, DoliƩ, Orchestre National de France, Petitgirard, Waldman, Gabel)
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Richard Dubugnon (né en 1968)
Arcanes Symphoniques • Triptyque • Le Songe Salinas

 

Arcanes Symphoniques, Op. 30 (extraits, 2001–02)

Cette oeuvre est l’aboutissement d’un long travail musical sur le Tarot de Marseille, que j’avais ébauché dès 1994 dans des pièces comme le Septuor Op. 14 et Horrificques Op. 13 où apparaissaient déjà des motifs repris plus tard. Mon ambition était de créer un jeu musical où chacun des 22 arcanes majeurs serait illustré par un mouvement symphonique qui pourrait être joué dans n’importe quel ordre. Les Arcanes Symphoniques sont des études pour orchestre de 2 à 6 minutes, explorant la plus grande variété de couleurs, modes, accords, rythmes et techniques instrumentales afin d’illustrer les significations des cartes. Des motifs que j’ai nommés « Thèmessymboles » sont communs à tous les Arcanes et parcourent l’oeuvre comme des leitmotive sous des formes variées. Ce sont des représentations musicales des symboles, allégories et personnages des cartes (La Croix, l’Infini, La Lune, l’Élévation, l’Ange…). Les couleurs dominantes des cartes Rouge, Bleu, Jaune-Or, Chair, sont parfois orchestrées par des groupes d’instruments distincts. Les nombres des cartes (0–21) sont utilisés pour créer des figures rythmiques, des échelles de notes ou pour structurer le mouvement entier. Les lettres de l’alphabet hébreu associées à chacune des cartes ont apporté aussi leurs significations et valeurs numérologiques.

Cette oeuvre imposante n’a pas vocation à être jouée en entier, mais en sous-groupes de mouvements tirés au hasard ou choisis par le(la) chef(fe) d’orchestre, dans l’ordre et le nombre souhaités, comme une musique “à la carte”. Les mouvements permutables ad libitum donnent un sens musical différent à chaque interprétation. Seulement 18 des 22 arcanes majeurs du Tarot sont composés pour grand orchestre, les quatre autres (II, III, IV & V) sont les Arcanes Concertants, Op. 38 (2006), concerto pour orgue, percussion et orchestre à cordes dont les mouvements sont fixes. Le premier groupe d’Arcanes de cet enregistrement fut créé en décembre 2001 à Radio France pour les diffusions radiophoniques Alla breve. Ils sont les premiers Arcanes que j’aie composés et furent créés en concert au Festival Présence en 2002. Les 13 autres Arcanes furent composés entre 2002 et 2007 et joués par divers orchestres dans le monde.

Triptyque, Op. 23 (1999)

Ceci est la première oeuvre écrite en collaboration avec le romancier Stéphane Héaume, avec qui j’ai écrit trois cycles vocaux et la Cantata obscura, Op. 39. C’est une commande passée en 1999 pour le New music and Russian music festival à la Royal Academy of Music de Londres. L’oeuvre est écrite pour une combinaison inhabituelle d’instruments : baryton solo et trois groupes de solistes spatialisés sur scène en triangle : trompette, cor, trombone et clavecin à gauche, flûte (doublant le piccolo), hautbois (cor anglais), clarinette (clarinette basse) et célesta à droite, timbales, vibraphone, percussion et contrebasse au centre. La pièce fut d’abord sous-titrée “méloclip” car je voulais en faire un clip vidéo. Les changements rapides d’images dans le texte appellent fortement l’utilisation d’effets de cinéma ou de vidéo transposés en musique, ce que j’ai essayé de faire. J’utilise ici déjà des Thèmes-symboles qui seront entendus plus tard dans les Arcanes Symphoniques (La Croix, la Lune).

Ecce Homo est une mini-tragédie faustienne. Un homme est seul dans un temple, face à un Christ en croix. Il est plein de culpabilité et de passion. Le Diable lui apparaît, l’emmène avec ses chevaux au Purgatoire et le tente, en lui proposant un trône de bois. L’homme résiste, revient et attend son jugement. Brisé et vaincu, il se rend au Christ et le supplie d’embrasser ses “petit yeux souillés de cendre bleue.” Déserts est peut-être une image de Longinius, le soldat romain qui perça d’une lance le flanc droit du Christ : un homme se remémore sa trahison et voit le Christ implorant sur une croix, le flanc ouvert. L’homme s’enfuit dans des souterrains où il est en proie à des hallucinations. De retour dans le désert, la nuit, il voit le Christ au loin sur un mont “illuminé par des morceaux de lune tombés pour le bénir.” Le Nain est un hommage discret à la pièce éponyme d’Oscar Wilde. Un nain est bouffon à la cour d’un palais. Il se plaint de son sort et du fait qu’il ne peut voir son frère jumeau qui vit au palais voisin et partage la même misérable vie. Seule la mort les réunira dans le même tombeau. »

Le Songe Salinas, Op. 36 (2003)

Ceci est l’oeuvre la plus ambitieuse écrite jusqu’à présent sur les textes de Stéphane Héaume. Elle est écrite pour mezzo-soprano et grand orchestre avec six cors et cinq clarinettes, dont deux basses. C’est un opéra bref pour une seule voix, qui s’inscrit dans notre souhait le plus vif de composer des oeuvres lyriques d’envergure. L’histoire du Songe Salinas est teintée d’orientalisme à mi-chemin entre Shéhérazade et Salomé. Chaque section utilise une orchestration différente : les tuttis d’orchestre sont placés au début I. et à la fin V. Les sections internes (les rêves) font appel à des ensembles de musique de chambre : II. Le Jardin est un concerto grosso avec deux groupes de solistes : concertino 1 (trois violons et un célesta) et concertino 2 (deux harpes et trois flûtes) en opposition avec le tutti d’orchestre. III. L’Oasis fait appel à des instruments de percussion Nord-africains comme le bendir et le darbouka ainsi qu’à des solos développés de hautbois, cor anglais et basson qui évoquent les instruments à anches doubles arabes. IV. La Lagune n’utilise que les vents des bois, deux harpes et un vibraphone, illustrant la couleur aquatique du texte. Certaines sections sont séparées par de courts interludes orchestraux qui évoquent la descente progressive dans le sommeil de l’héroïne. Comme dans le Triptyque, Op. 23 j’ai utilisé des techniques de cinéma et de vidéo appliquées à la notation musicale : zoom in et zoom out, flashbacks, superpositions d’images, inversions de couleurs et de luminosité, etc. Il y a un thème récurrent qui parcourt toute l’oeuvre :

I. Torpeur. Les deux amants s’endorment, Salinas et l’héroïne. Celle-ci éprouve un pressentiment de danger dans son sommeil. Elle appelle les rêves à venir à elle. (Interlude : Premier Sommeil). II. Premier Songe : Le Jardin. Elle rêve d’un jardin médiéval dans un château inconnu. Elle attend son amant Salinas dans un beffroi. Elle l’aperçoit au loin, arrivant avec une corde sous son bras. Elle espère qu’il viendra la libérer, mais ce qu’elle voit ensuite, c’est lui, mort, pendu : “Qui t’a poussé, ô mon amant?”. (Interlude : Second Sommeil). III. Deuxième Songe : L’Oasis. Elle rêve d’une oasis dans un désert rouge. Elle dit à Salinas qu’elle est la “danseuse d’une nuit” et “la coupe de tes plaisirs”. Elle part sur son cheval se baigner, mais à son retour, Salinas est couché, mort, sa “main (…) couverte d’écailles”. IV. Troisième Songe : La Lagune. Elle voit un “grand lac peuplé de flamands gris”. Salinas est sur une barque à la dérive et ils se retrouvent tous deux naufragés sur une île. Elle tire une dague de son sari. V. Réveil. Elle s’éveille dans le lit à côté de son amant. Il y a du sang sur les draps, dans son “poing cette dague visqueuse” et “des scarabées envahissent la toile du baldaquin déchiré”. Elle a tué Salinas dans son sommeil. Elle ordonne aux gardes de la prendre et de la conduire à la potence pour son ultime sacrifice.

Richard Dubugnon


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