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8.573704 - SAURET, É.: 24 Études Caprices, Vol. 1 - Nos. 1-7 (Rashidova)
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Émile Sauret (1852–1920)
24 Études-Caprices, op. 64 – vol. 1 (nos 1–7)

 

De son vivant, le violoniste, compositeur et pédagogue de renommée mondiale Émile Sauret se forgea une réputation enviable. Né en 1852 à Dun-le-Roi en France, Sauret commença à prendre des leçons de violon à 6 ans auprès de Charles Rondolet et intégra ensuite le Conservatoire de Strasbourg, où il étudia avec Schwederle. Bientôt salué comme un enfant prodige, il avait 8 ans quand il se produisit dans son premier concerto. Sauret poursuivit ses études sous la houlette de l’illustre violoniste et pédagogue belge Charles de Bériot, et prit des cours avec Henri Vieuxtemps, l’un des plus fameux élèves de de Bériot. Par la suite, il étudia la composition avec Salomon Jaddassohn au Conservatoire de Leipzig. Sauret entama alors une remarquable carrière d’interprète et d’enseignant qui le mena un peu partout en Europe, en Scandinavie, en Russie et aux États-Unis. L’une de ses premières tournées londoniennes le vit collaborer avec le célèbre contrebassiste virtuose Giovanni Bottesini, et selon The Musical World, leur prestation « fit sensation et fut saluée par un tonnerre d’applaudissements ».

Non seulement Sauret était un virtuose consommé (ainsi qu’en témoignent ses compositions et les comptes-rendus de ses concerts parus dans des périodiques des XIXe et XXe siècles), mais il devint un prestigieux musicologue, occupant des postes dans plusieurs institutions comme la Neue Akademie der Tonkunst et le Conservatoire Stern de Berlin, ou encore l’Académie de musique royale suédoise. Ses nombreux voyages finirent par le mener à Londres, où il se fixa, succédant à Prosper Sainton en qualité de professeur de violon à la Royal Academy of Music ; il occupa ce poste pendant treize ans, entre 1891 et 1903. Il opta ensuite pour les États-Unis, acceptant une nomination au Musical College de Chicago, puis il retourna s’installer à Londres en 1915, où il prit ses dernières fonctions au Trinity College of Music. Sauret était membre honoraire de la Royal Academy of Music et membre de la société philharmonique, et sa contribution aux arts lui valut d’être décoré de l’ordre du mérite au Danemark, en Suède, en Espagne et en Russie.

L’oeuvre de Sauret englobe tout un éventail de pièces et d’arrangements charmants, un Concerto pour violon, ainsi que plusieurs études techniques, y compris les 20 Grandes Études Op. 24 et les 12 Études artistiques Op. 38. C’est au cours des deux dernières années où il enseignait le violon à la Royal Academy of Music de Londres qu’il produisit deux ouvrages majeurs : « Gradus ad Parnassum du violoniste », publié en 1896 par l’éditeur berlinois Forberg, et les 24 Études-Caprices, publiées en 1902 par Simrock. Le premier comprenait la fameuse cadence, d’une difficulté diabolique, qu’il avait composée pour le Concerto pour violon n° 1 de Paganini.

Ces deux dernières publications vont de simple exercices jusqu’aux défis techniques les plus complexes et variés qui soient. Sauret apporta cette contribution à une époque où Londres connaissait ce que Frederick Corder, confrère du compositeur à l’Academy, décrivit comme « un parfait engouement pour l’apprentissage du violon ». Carl Flesch, violoniste et pédagogue renommé du XXe siècle, fit observer dans ses mémoires que « la célébrité d’un Wilhelmj ou d’un Sauret poussait de nombreux violonistes à étudier à Londres » pendant les premières années du siècle naissant.

Les Études-Caprices furent dédiées à l’élève et amie de Sauret Marjorie Hayward, qui intégra sa classe à douze ans et dut faire preuve d’un talent incroyablement prometteur pour se voir dédier de telles oeuvres moins de cinq ans après avoir commencé à étudier avec son maître. Cette illustre violoniste britannique possédait un timbre magnifique et une technique d’une précision remarquable, qualités qui furent merveilleusement bien captées dans l’enregistrement de la Danse bohémienne de Smetana qu’elle réalisa au début des années 1920.

Les Études-Caprices se caractérisent par l’extraordinaire densité de leurs variations, qui sont très peu utilisées pour l’esbroufe et préfèrent détourner constamment l’oreille de l’aspect fondamentalement répétitif du genre. Pour l’interprète, cette infinie variété et la longueur des études qui en résulte sont une invitation à puiser dans toutes les ressources d’expressivité de l’instrument. On peut sans doute faire l’analogie avec le mouvement de l’Art nouveau, qui s’était propagé dans toute l’Europe dans les domaines des arts décoratifs et de l’architecture, avec l’utilisation d’une ornementation recherchée et de formes arrondies. (De fait, la décoration de la page de garde de l’édition publiée de la partition corrobore cette théorie.) Les dessins en filigrane, les sinuosités et l’asymétrie que Sauret semble avoir visés expriment tous l’amour de la simple beauté des résonances du timbre du violon.

Il existe une vieille tradition d’écriture de recueils d’ouvrages arrangés en différents cycles et explorant les 24 tonalités existantes. Assemblées d’une manière séquentielle similaire à celle des 24 Préludes Op. 28 de Chopin et des 24 Caprices de Rode, les Études-Caprices de Sauret progressent en un cercle de quartes ascendant, chaque tonalité majeure étant suivie par sa relative mineure.

L’Étude-Caprice n° 1 en ut majeur (Andante cantabile et Allegro moderato) commence par une douce phrase décorative évoluant vers une ligne mélodique sinueuse menée par de belles progressions harmoniques. Des modulations aventureuses et une sélection de dessins de coups d’archet constamment changeants embellissent et propulsent le mouvement de doubles croches rapide de la seconde partie du morceau.

L’Étude-Caprice n° 2 en la mineur (Lento et Moderato) débute par une ouverture à l’atmosphère envoûtante, s’élevant sur la gamme mineure avec de légères ornementations (trilles et appoggiatures) qui reparaissent ensuite sous diverses formes. Dans la seconde partie du morceau, l’instruction spécifique de jouer avec l’extrémité de l’archet pose un vrai défi à l’heure d’opérer les sauts de registre.

L’Étude-Caprice n° 3 en fa majeur (Tempo moderato et Allegro non troppo) est enveloppée par un motif d’arpèges de quatre mesures qui déroule une mélodie berceuse particulièrement tendre et expressive. Des fragments de l’onde rythmique refont une discrète apparition dans la seconde section, mais cette fois ils sont ornés par différentes séquences de gammes, de chromatismes et d’arpèges.

L’Étude-Caprice n° 4 en ré mineur (Andante maestoso et Moderato) repousse les limites de la touche avec des passages arpégés qui montent jusqu’à la quatorzième position tout en réclamant divers coups d’archet en ricochet et sautillants dans la première section, puis c’est un torrent d’arpèges sur des triples croches qui s’abat sur la seconde section du morceau.

L’Étude-Caprice n° 5 en si bémol majeur (Andante non troppo et Allegro moderato) comporte un assortiment de traits par tierces, par sixtes et par octaves émaillés de quelques passages de triples croches en filigrane. Un schéma de coups d’archet complexe incorporant des changements d’archet simultanés (avec parfois une inversion du sens des coups d’archet) et des croisements de cordes introduit la seconde section, accompagnée par des indications dynamiques spécifiques qui mettent en valeur une ligne de basse et une contre-mélodie marquantes.

L’Étude-Caprice n° 6 en sol mineur (Larghetto, risoluto e più lento et Moderato) est la plus longue de la série, avec trois sections contrastées. Un bref thème mélancolique emprunte tout un parcours de variations où il est d’abord renversé au sein d’une ligne polyphonique à deux voix, puis reparaît par octaves et se poursuit vers des passages de doubles cordes chromatiques regorgeant d’éléments de doubles et de triples croches. La deuxième section englobe une sélection d’accords staccato et de doubles cordes ascendantes avant de culminer dans un passage descendant extrêmement touffu. Le schéma séquentiel de triolets de la troisième section est mené à la pointe de l’archet, avec les défis de l’octave, de la dixième et même, à un certain point, de sauts de plus de trois octaves d’une corde à l’autre.

L’Étude-Caprice n° 7 en mi bémol majeur (Andantino et Allegro), dont la première section débute effectivement en mi bémol majeur, dévie légèrement du cycle. Une mélodie très expressive ouvre la section, qui évolue ensuite vers une séquence chromatique de tierces et de sixtes et finit par voir le retour de la mélodie initiale se fondre dans du matériau de triples croches ; la section s’achève sur une cadence de liaison jouée pizzicato. La seconde section en mi bémol majeur comporte une entrée brillante et énergique sur doubles cordes semblable à une fanfare puis plonge dans une cascade de doubles croches qui élargit les capacités de chacune des quatre cordes en matière de positions.

Nazrin Rashidova
Traduction française de David Ylla-Somers


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