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8.574094 - FARRENC, L.: Symphony No. 1 / Overtures Nos. 1-2 / Grand Variations on a theme by Count Gallenberg (J. Muller, Solistes Européens, Luxembourg, König)
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Louise Farrenc (1804–1875)
Symphonie no 1 • Ouvertures, Opp. 23 & 24 • Grandes Variations sur un thème du comte Gallenberg

 

Louise Farrenc (nommée à l’origine Jeanne-Louise Dumont) naquit à Paris le 31 mai 1804 dans une famille particulièrement liée aux arts. Son père, Jacques-Edme Dumont, et son frère, Auguste Dumont, étaient tous deux des sculpteurs de renom, tout comme l’avaient été leurs prédécesseurs. Louise se fit connaître dans toute la France et au-delà comme pianiste, enseignante et compositrice, après avoir étudié le piano avec Cécile Soria (qui avait ellemême eu Clementi pour professeur), et par la suite avec Ignaz Moscheles et Johann Nepomuk Hummel.

À l’âge de 15 ans, elle commença à prendre des cours de composition, apparemment de manière officieuse, avec Anton Reicha (1770–1836), qui enseignait au Conservatoire de Paris, mais quand elle épousa son camarade d’études le flûtiste Aristide Farrenc deux ans plus tard, elle abandonna ses études afin de sillonner la France pour donner des concerts à ses côtés. Une fois lassés de cette existence nomade, ils fondèrent une maison d’édition, les Éditions Farrenc, qui devint l’une des plus célèbres du pays. Ensemble, ils produisirent une anthologie en 23 volumes de musique pour piano et clavecin couvrant une large période chronologique et intitulée Le Trésor des pianistes, et Louise publia également un important traité sur l’interprétation de la musique ancienne. Elle reprit aussi ses leçons avec Reicha et commença à effectuer des tournées en tant que pianiste concertiste virtuose. En 1842, elle fut nommée professeur de piano au Conservatoire de Paris et conserva ce poste jusqu’en 1873. Elle s’éteignit à Paris le 15 septembre 1875

Bien que le travail de compositrice de Louise Farrenc ait été injustement négligé pendant très longtemps après son décès, et même s’il y a encore beaucoup à découvrir concernant sa vie et sa musique, depuis quelques années, ses compositions sont de nouveau reconnues et exécutées. Au départ, elle écrivait uniquement pour le piano, mais elle élargit ensuite son champ d’action de manière très conséquente pour inclure de la musique de chambre et des oeuvres orchestrales. Son Nonette, Op. 38 pour cordes et vents lui valut un tel succès qu’elle se trouva en mesure d’exiger que le Conservatoire lui paie le même salaire qu’à ses collègues masculins, et elle se vit décerner deux fois le Prix Chartier par l’Académie des Beaux-Arts, d’abord en 1861 puis en 1869.

Louise Farrenc écrivit sa Symphonie n° 1 en 1842, et deux autres symphonies en 1845 et 1847, toutes trois pouvant être considérées comme d’importants apports au répertoire symphonique de la période. De fait, la troisième rencontra un immense succès, et on parla encore pendant des années de sa création au Conservatoire, donnée en 1849. Aristide l’appuyait de son mieux dans son travail, et il entreprit de faire exécuter les symphonies de sa femme en Allemagne. La Symphonie n° 1 puise manifestement ses sources dans la tradition symphonique germanique, Beethoven en particulier, et de fait, le tout début de l’Andante sostenuto qui ouvre l’énergique premier mouvement fait immédiatement penser à ce compositeur. Toutefois, Louise Farrenc n’était pas une simple imitatrice : elle signe des pages d’une stupéfiante maestria, pleine d’une détermination limpide, et fait preuve non seulement d’un remarquable talent pour l’orchestration, mais aussi d’un style mélodique très personnel, plus notamment dans le deuxième mouvement, Adagio cantabile, et le troisième, le Menuetto Moderato. Si le Finale est un fougueux Allegro que Beethoven n’aurait assurément pas renié, le lyrisme de l’ouvrage de Louise Farrenc évoque plutôt Mendelssohn, ou encore Schumann, qui était d’ailleurs un grand admirateur de sa musique pour piano.

Les Ouvertures en mi mineur et mi bémol majeur furent toutes deux écrites en 1834, et comme la Symphonie n° 1 qui leur succéda huit ans plus tard, ce sont des morceaux tout à fait saisissants. On se plaît à imaginer ce dont Louise Farrenc eût été capable si elle s’était mis en tête d’écrire un opéra, tant la narration est menée avec clarté, même si on n’en connaît pas la trame. (Elle nourrissait effectivement l’ambition de composer un opéra, mais jamais elle ne la réalisa ; tout ce qui nous est resté en la matière est une « scène dramatique », Le Prisonnier de guerre.) Ici encore, ces Ouvertures ne manquent pas de lyrisme, mais toutes deux sont propulsées par le formidable sens de la puissance dramatique de la compositrice, qui oppose différents groupes d’instruments les uns aux autres et fait preuve d’un instinct très sûr à l’heure de tirer parti des contrastes de textures. On pourrait même dire que l’Ouverture en mi bémol va encore plus loin dans cette direction que celle en mi mineur : le « bégaiement » rythmique du tout début augure de la sombre tragédie prête à frapper, et la soudaine modulation de mi bémol majeur vers le lointain ré majeur dans la section de développement centrale est aussi inattendue qu’efficace. Notons que Berlioz en personne fit partie de ceux qui remarquèrent le talent d’orchestratrice de Louise Farrenc dans cet ouvrage.

Les Grandes Variations sur un thème du comte Gallenberg, écrites immédiatement après l’Ouverture en mi bémol, ont un caractère assez différent. Certes elles sont dramatiques, mais leur véritable objectif est de fournir une vitrine à la virtuosité du pianiste soliste. Le comte Gallenberg (Wenzel Robert von Gallenberg, 1783–1839) était un compositeur autrichien spécialisé dans la musique de ballet, et il épousa la comtesse Giulietta Guicciardi, l’élève de Beethoven à qui est dédiée la Sonate « Clair de lune » de 1802. Comme souvent s’agissant de séries de variations, le thème de départ de Gallenberg n’a rien de remarquable, mais c’est ce qu’en fait Louise Farrenc qui est intéressant. En effet, elle écrivit beaucoup de variations, y compris sur des thèmes de Rossini, Bellini, Weber, Donizetti et Onslow. Cette forme lui permettait de donner libre cours à l’élégance et aux prouesses techniques dont elle était capable. C’est évidemment le cas ici, comme on peut l’attendre d’une oeuvre dont le titre comprend l’adjectif « Grandes », mais une fois encore, elle met au jour une riche veine de lyrisme, et celui-ci ne fait qu’augmenter à mesure que les variations progressent vers leur conclusion.

Ivan Moody
Traduction française de David Ylla-Somers


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