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8.669001-02 - THOMAS: Desire Under the Elms
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Edward Thomas (né en1924) Désir sous les ormes

Fin 1970, début 1971, j’eus l’idée d’écrire un opéra pop/folk à partir de la pièce d’Eugene O’Neill, que j’avais lue plusieurs fois. Afin de trouver un bon librettiste, je décidai d’écrire moi-même la première scène pour la montrer à des collaborateurs potentiels. Je contactai Joe Masteroff, l’auteur des livrets de Cabaret et de She Loves Me. En entendant ce que j’avais fait, Joe accepta d’écrire le livret, à condition que j’abandonne mes idées pop/folk et que je compose un ouvrage plus sérieux. Ce fut le début d’un long voyage et d’une fructueuse collaboration.

En 1975, nous exécutâmes l’ouvrage pour plusieurs connaissances et amis, parmi lesquels Sheldon Harnick. Au printemps 1978, je reçus un coup de fil de Sheldon qui me proposait de recommander l’opéra à Paulette Haupt, la directrice artistique du Eugene O’Neill Theater Center’s Music Theater Conference. C’est elle qui nous appela pour nous annoncer que le projet était retenu, à notre grande joie, et au cours de l’été l978, l’opéra Desire Under The Elms fut exécuté au Centre théâtral O’Neill de Waterford, dans le Connecticut.

Suivit une série d’exécutions en atelier de travail, la première dirigée par Robert Darling au Colorado’s Central City Opera en 1980, suivi en 1982 par une invitation au Festival d’opéra de Lake George (dont Paulette était également directrice artistique et où George Manahan le dirigea pour la première fois), et enfin à la Opera America Conference de Toronto.

En 1987, Tim Jerome de The National Musical Theatre Network accepta Desire pour des lectures. Leigh Gore et Nancy Rhodes, qui faisaient alors partie du New York Opera Repertory Theatre, manifestèrent leur désir de monter l’opéra. Après de nouvelles lectures à la Abraham Goodman House, une création mondiale au City Center de New York fut programmée pour janvier 1989. Entre-temps, Patrick Smith, alors directeur du programme lyrique du National Endowment for the Arts recommanda Desire au Chicago Opera Theatre, mais la première mondiale de Desire était déjà prévue au City Center et l’offre de création d’Alan Stone, directeur artistique du Chicago Opera Theatre dut être repoussée. Plusieurs nouvelles possibilités de productions se présentèrent mais n’aboutirent pas, pour diverses raisons.

Le présent enregistrement de Desire fut envisagé avec Tom Shepard vers la fin 1999. Il fut réalisé pendant l’été 2002. Le voyage avait été long, mais très gratifiant. Ce fut un plaisir de travailler avec des artistes si merveilleux et une équipe de production si talentueuse. Merci à tous.

Ed Thomas

Une brève critique du Désir sous les ormes

On nous offre aujourd’hui, dans le domaine de l’opéra moderne, une palette de styles d’une grande variété, du minimalisme au sérialisme, ainsi que différentes façons d’aborder un récit. Ceci dit, l’ ´ opéra américain ª (qui est de plus en plus difficile à définir) continuera à être considéré en termes d’ethos folklorique. Si le fait de puiser à cette veine populaire ne garantit pas l’immortalité, il sert du moins à trouver un public. Il est évident aujourd’hui que le folklore (dans son acception la plus large) a produit la majorité des opéras américains importants, comme Porgy and Bess de Gershwin, The Mother of Us All de Thomson, Regina de Blitzstein et Susannah de Floyd.

L’autre influence majeure a été, en général, l’apport de sources américaines pour l’intrigue et le livret. Il s’agit soit de récits tirés de l’histoire de l’Amérique, soit de livrets inspirés de romans, de nouvelles ou de pièces américains classiques. Ainsi, la version de Desire Under the Elms d’Eugene O’Neill (pièce produite en 1924) élaborée par Edward Thomas et Joe Masteroff participe-t-elle de la grande tradition lyrique américaine. Le compositeur définit l’ouvrage comme un ´ opéra folklorique ª et sa musique correspond à cette description. La dramaturgie d’O’Neill pourrait être qualifiée d’opéra sans musique, et il n’est pas étonnant que son œuvre en ait inspiré plusieurs. Pourtant, aucune de ses pièces n’est aussi émotionnellement chargée que cette histoire de fureur et de luxure se déroulant dans la Nouvelle Angleterre rurale mais semblant tout droit sortie de l’Ancien Testament. On peut dire qu’aujourd’hui, l’opéra américain est sorti de l’adolescence et approche de sa maturité, et des œuvres comme Desire Under the Elms ont contribué à cette évolution.

Patrick J. Smith est critique et éditeur

Désir sous les ormes, odyssée personnelle

Il y a plus de dix ans, mon ami et collègue Sheldon Harnick m’invita à assister à la création, au City Center de New York, d’un opéra contemporain qu’il connaissait et appréciait énormément. Même si l’enthousiasme de Harnick me donnait bon espoir, je ne m’attendais pas à être si profondément ému d’emblée par le puissant livret de Joe Masteroff et la magnifique partition d’Ed Thomas. Je n’ignorais pas les talents d’Ed, mais jusqu’à cette soirée au City Center, je ne me doutais pas de la profondeur et de la richesse de sa musique sérieuse.

Pourquoi cette surprise ? Sans doute parce qu’on ne s’attend pas à des talents si multiples chez une seule personne. Dans notre monde de spécialisation, les gens sont tous placés dans de petites cases. Et pourtant Charles Ives dirigeait une compagnie d’assurances tout en stupéfiant le XXème siècle avec ses compositions, Borodine était chimiste, et Edward Thomas écrit des airs populaires, des jingles, de la musique de chambre, des pièces orchestrales et de l’opéra. De plus, il a été cadre supérieur dans l’industrie du disque pendant la majeure partie de sa vie. Il a tout de même choisi de consacrer cinq ans de sa vie à la composition de Desire Under the Elms, projet entrepris sans subvention officielle et sans pré-commande.

Il y a quelques années, Ed m’a demandé si je pouvais l’aider à réaliser le meilleur enregistrement possible de Desire, en recrutant pour ce faire les gens les plus appropriés. J’acceptai avec joie et ensemble nous décidâmes de demander à George Manahan, qui avait déjà dirigé l’ouvrage, d’être notre directeur musical. Nous engageâmes l’Orchestre symphonique de Londres ainsi que cette éblouissante distribution qui comprend Victoria Livengood, Jerry Hadley et James Morris, ainsi que Mel Ulrich et Jeffrey Lentz.

Aucun effort n’a été épargné pour tirer le meilleur de notre équipe. La route a été longue jusqu’à l’achèvement de l’enregistrement, et franchement difficile. Mais quoi de plus normal pour un projet de cette envergure ? Le jeu en valait largement la chandelle et je suis particulièrement fier d’avoir participé à la naissance d’un enregistrement de cet opéra américain d’une beauté exceptionnelle.

Tom Shepard

Version française : David Ylla-Somers

Synthèse du Désir sous les ormes

ACTE I

Scène 1 : Eben Cabot appelle ses demi-frères Simeon et Peter, qui travaillent dans la grange, pour le dîner. Les deux frères s’arrêtent pour admirer le coucher de soleil et rêver d’une belle vie de chercheurs d’or en Californie. Ils se plaignent tous deux de leur existence à la ferme, où ils travaillent dur pour leur père Ephraim Cabot, qui est parti depuis des mois sans donner de nouvelles.

Scène 2 : Après dîner, Eben dit à ses frères qu’il a surpris leur conversation sur la Californie. Il critique leur projet et déclare qu’ils ne partiront jamais tant qu’ils auront une chance d’hériter de la ferme. Tandis qu’Eben se prépare à sortir en ville pour rendre visite à Minne, une prostituée locale, les garçons le narguent.

Scène 3 : Le lendemain, Eben rentre, réveillant Simeon et Peter pour leur dire que leur père s’est remarié. Les frères réalisent que maintenant, la ferme va revenir à la nouvelle épouse. Eben leur propose de l’argent pour leur voyage en Californie — de l’argent volé à son père - à condition qu’ils renoncent à toute prétention envers la ferme. Simeon et Peter acceptent et Eben jubile. Cabot arrive avec Abbie, sa nouvelle épouse, et part à la recherche de ses fils. Abbie offre son amitié à Eben, mais il la rejette. Cabot revient, cherchant toujours les frères d’Eben. Lorsque Eben lui apprend qu’ils sont partis pour la Californie, Cabot prie pour que le Seigneur châtie ses fils. Eben et Cabot commencent les corvées matinales tandis qu’Abbie entre dans la maison pour inspecter son nouveau logis.

ACTE II

Scène 1 : Deux mois plus tard, par un dimanche après-midi de canicule, Abbie surprend Eben sortant subrepticement pour aller voir Minnie. Elle lui fait des avances, mais ils se disputent et Eben part. Piquée, Abbie demande à Cabot s’il compte léguer la ferme à Eben. Cabot se hérisse. Il préférerait brûler la ferme avant sa mort plutôt que de la laisser à qui que ce soit. Lorsque Abbie lui demande si légalement ce n’est pas elle qui doit hériter de la ferme, mais Cabot soutient qu’il faut un homme pour faire marcher une ferme. Abbie déclare qu’elle aura un fils. Cabot est bouleversé et tous deux prient Dieu de les bénir tandis que Abbie échafaude des projets d’avenir.

Scène 2 : La nuit venue, après une tentative ratée pour faire un fils, Abbie songe à Eben tandis que Cabot radote sur sa ferme. Seul dans sa chambre, Eben est oppressé par les murs de pierre et la proximité d’Abbie. Transi de froid et de solitude, Cabot se rend à la grange. Abbie frappe à la porte d’Eben et lui déclare sa flamme. D’abord désarçonné, Eben décide de se venger de son père à travers Abbie. Ils se font des serments d’amour passionnés.

ACTE III

Scène 1 : Au printemps suivant, Abbie donne naissance à un enfant dont les mauvaises langues attribuent la paternité à Eben. Les voisins se réunissent pour célébrer l’événement et Abbie chante une berceuse à son bébé. Eben arrive et Abbie et lui contemplent leur fils. Cabot déclare à Eben qu’il ne lui léguera pas la ferme, décrivant les manigances d’Abbie pour récupérer la ferme. Eben se jette sur Cabot, qui le maîtrise. Abbie, trouvant Eben déconfit, reconnaît avoir conspiré contre lui en arrivant, mais jure que maintenant elle l’aime. Eben la traite de menteuse, regrette de lui avoir donné un fils et décide de suivre ses frères en Californie. Abbie, seule et troublée, chante à nouveau pour son bébé tout en essayant de trouver comment donner à Eben la preuve de son amour.

Scène 2 : Quelques heures plus tard, alors que Eben s’apprête à partir, Abbie lui apprend qu’elle a tué leur enfant. Horrifié, Eben court chercher le shérif.

Scène 3 : Abbie attend le retour d’Eben avec le shérif. Cabot paraît. En apprenant ce qu’elle a fait et que Eben est le père de l’enfant, il essaie de l’étrangler. Eben survient ; chez le shérif, il a compris à quel point il aimait Abbie et espère pouvoir s’enfuir avec elle. Abbie soutient qu’elle doit payer pour son crime. A la venue du shérif, Eben déclare avoir prémédité le meurtre avec elle et les deux amants sont arrêtés tandis que Cabot demeure seul à la ferme.


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