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GP621 - SCHMITT, F.: Piano Duet and Duo Works (Complete), Vol. 1 (Invencia Piano Duo)
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Florent Schmitt (1870–1958)
Intégrale des Oeuvres pour Piano à Quatre Mains et pour Deux Pianos • 1

 

Pendant la période romantique et les premières années du XXe siècle, la musique française réunissait un nombre si imposant de styles individuels qu’en tant qu’école, elle défiait toute définition. Les compositeurs d’alors, notamment Fauré, Massenet, Bizet, Roussel, Ravel, Debussy, Satie, Saint-Saëns, Poulenc, Milhaud et Chabrier, ont chacun marqué durablement les sonorités de leur pays et ont influé sur les musiciens de la génération suivante. Florent Schmitt se situe résolument en marge de ce groupe, parce qu’il n’est pas facile de ranger ses oeuvres dans une catégorie précise, et parce que son ethos compositionnel, fondé sur les nécessités de la musique ou sur la source littéraire, historique ou géographique qui l’inspirait, a plus varié que celui de ses contemporains. Dès l’âge de dix-sept ans, lorsqu’il décida de se consacrer à une carrière de musicien, Schmitt fut fidèle à sa lignée musicale française, intégrant dans ses oeuvres un élément essentiel qu’il dénommait « harmonie séduisante ». Cependant, son langage musical individuel puisait de l’énergie dans toutes ses expériences. Malgré les liens qui existent entre sa musique et celle de ses compatriotes, Schmitt échappe à toute classification hâtive. On lui a collé diverses étiquettes, l’assimilant au romantisme allemand, à la sensibilité française, à l’exotisme géographique, à l’expérimentalisme russe ou encore à l’orientalisme, mais en réalité, c’était un esprit indépendant, une force créative incontournable, quelqu’un qui par son authenticité et son originalité a grandement contribué à la musique du siècle dernier.

Né à Blâmont, en Lorraine, en 1870 pendant la guerre franco-prussienne, Schmitt prit des cours de piano et d’harmonie au Conservatoire de Nancy, où il prépara le concours d’entrée au Conservatoire de Paris. Ses études parisiennes l’amenèrent à fréquenter un cercle d’enseignants influents, y compris André Gédalge (contrepoint et fugue), Albert Lavignac (musicologie) et les compositeurs Théodore Dubois, Jules Massenet et, une fois que Schmitt eut accompli son service militaire obligatoire, Gabriel Fauré. En 1900, après quatre autres tentatives, il remporta le très convoité concours de composition du Prix de Rome, ce qui lui permit de nourrir sa créativité d’artiste pendant quatre ans sans avoir à se soucier de questions matérielles. Plutôt que de rester composer à Rome comme on l’attendait de lui, il parcourut longuement les pays méditerranéens, la Turquie islamique, l’Asie occidentale et l’Europe du Nord pour retrouver enfin, après s’être imprégné des influences les plus diverses, la féconde atmosphère créative parisienne. Entre-temps, il avait été poursuivi de ville en ville par des lettres officielles de Paris lui demandant où en était son travail. Ses oeuvres les plus importantes de cette époque reflètent ses longs périples et ses expériences. Toute sa vie durant, Schmitt aima voyager. Son dernier passeport, émis deux ans avant sa mort, survenue alors qu’il avait 87 ans, ne contient pas moins de 41 tampons et visas. Une fois rentré à Rome, il lui arriva souvent de tester ses nouvelles compositions en les interprétant au piano à quatre mains avec son cher ami André Caplet à la Villa Médicis.

Avant la Première Guerre mondiale, la carrière de compositeur de Schmitt était déjà bien ancrée grâce à ses grandes pièces pour orchestre. Le Psaume XLVII, son « envoi » de Rome le plus substantiel, et La Tragédie de Salomé, sont des ouvrages qui furent encensés par la critique, furent donnés à de nombreuses reprises et sont toujours exécutés à ce jour. Toutefois, la majorité de ses compositions de l’époque étaient destinées au piano, et nombre d’entre elles furent orchestrées après la guerre. Avec Ravel, il était membre fondateur de la Société musicale indépendante, et après la fin des hostilités, il demeura pendant dix ans le plus éminent critique de musique française des colonnes du journal parisien Le Temps. Il devint directeur du Conservatoire de Lyon, et occupa un fauteuil au prestigieux Institut de France, succédant à Paul Dukas et se voyant préféré à Stravinsky. Du point de vue purement musical, Schmitt est considéré avec Debussy et Ravel comme le compositeur français le plus influent de son époque.

La musique de Schmitt dénote une grande originalité, de l’humour, une lumineuse compréhension de la forme et du contrepoint, et une maîtrise de tous les genres en dehors de l’opéra. Il signa des oeuvres essentielles dans les domaines de la musique de scène, de la musique de chambre, du piano soliste, du ballet, de la musique sacrée, et apporta des contributions fondamentales aux balbutiements de la musique d’ensemble (Dionysiaques) et de la musique de film (Salammbô). Sa palette orchestrale n’a rien à envier à celles de Rimski-Korsakov et de Ravel. Florent Schmitt fut l’un des premiers compositeurs du XXe siècle à écrire pour le clavecin, et il était renommé pour son éblouissante écriture chorale. Une bonne part de sa musique est aussi dense qu’abondante, et à chaque fois, la conception de ses oeuvres tend à être pianistique. Il écrivait des mélodies luxuriantes et avait l’habitude de les développer largement tout au long de chaque ouvrage. Il fut un pionnier de l’autonomisation rythmique, écrivant dans un style énergique souvent polymétrique qui correspondait parfaitement au dynamisme et à la puissante emphase de ses passages culminants. Les harmonies de Schmitt sont parfois âprement dissonantes ou encore opulentes et sensuelles, évocatrices d’un lieu ou d’une source littéraire spécifiques. Il fut prolixe, avec à son actif un catalogue fort de 138 opus et un total de plus de deux cents oeuvres. Schmitt était aussi un maître de la miniature et du monumental. Son oeuvre finale, une Deuxième Symphonie vaste et recherchée, fut créée deux mois avant sa mort. Schmitt était présent pour recevoir la standing ovation qui couronna cet événement.

Même si Schmitt ne se considérait sans doute pas comme un pianiste de concert, il était capable de jouer la musique qu’il écrivait pour le piano, ce qui le place certainement parmi une petite élite d’interprètes. Avec l’humour acerbe qui le caractérisa toute sa vie, il disait du piano qu’il constituait un substitut « confortable, mais décevant » de l’orchestre. Il composa pourtant de nombreuses pages pour piano seul et piano à quatre mains. Cette musique est extrêmement exigeante pour l’interprète. La partie de piano seul est souvent écrite sur trois, voire quatre portées—« des poignées de piano », comme il le disait. Ces enregistrements témoignent amplement de la virtuosité de son écriture pianistique.

En plus de soixante années de créativité, Florent Schmitt nous a légué une oeuvre riche et variée, comme n’importe quel autre grand compositeur. Bien que sa musique soit demeurée méconnue, elle illustre, à sa manière hardie et bigarrée, ce qui est sûrement l’une des périodes les plus mouvementées et passionnantes de l’histoire de la musique française. Reposant sur un formalisme classique, sa musique met en exergue une crâne conviction, une intensité élémentaire et un vocabulaire harmonique intrépide. Ayant d’emblée su distiller une grande part de la musique venue avant la sienne, Schmitt devint un éminent modèle pour ses contemporains et ses élèves, et sut gagner le respect de la génération suivante par la force de sa personnalité et de sa vision bien à lui de l’anticonformisme. Ses oeuvres méritent d’être redécouvertes, et c’est là l’un des nobles objectifs de ces importants enregistrements.

Jerry E. Rife

Ecrites entre 1893 et 1912, très originales, les pièces de Schmitt pour piano à quatre mains et pour deux pianos occupent une place à part dans son vaste catalogue. Ces compositions illustrent toute une palette de styles, de tendances et de techniques assortis qu’il utilisa largement dans d’autres formes, genres et domaines. Ne serait-ce que par leur somme, ses morceaux à quatre mains méritent le détour, Schmitt ne le cédant sans doute qu’à Schubert du point de vue du volume total de pièces produites en la matière.

Les Trois rapsodies op. 53 (1903–1904) sont parmi les oeuvres pour piano les plus célèbres de Schmitt, défendues par Robert et Gaby Casadesus, qui les gravèrent en 1956 pour le 33 tours. L’ouvrage est conçu dans le grand style romantique, le compositeur tirant pleinement parti des possibilités de superpositions de textures et de coloris offertes par l’utilisation de deux instruments. Malgré l’intensité de l’écriture contrapuntique et le langage harmonique parfois complexe employé, l’ouvrage ne se départ jamais de son charme, de son lyrisme et de son humour typiquement français. Chacun des trois titres contient une référence nationale ou géographique—Française, Polonaise et Viennoise—, et la rapsodie finale entretient clairement une étroite parenté avec les valses de Vienne. Alors que la vigueur et la drôlerie de la première rapsodie représentent l’esprit français, c’est sans doute à Chopin que renvoient le caractère mélancolique et le charme mélodique de la seconde.

Les Sept pièces op. 15 (1899) sont le premier cycle de grande envergure pour piano à quatre mains composé par Schmitt. Dans l’ensemble, sa structure rappelle Schumann, qui aimait conclure un ouvrage cyclique substantiel par un mouvement lent. On discerne les influences de Debussy, Grieg et Borodine dans Souhaits de jeune fille, Fête septentrionale et Traversée heureuse, respectivement. Néanmoins, Schmitt en ressort comme une voix indépendante et innovante, imprimant à son écriture pour quatre mains des superpositions et juxtapositions harmoniques originales, ainsi que d’audacieuses idées au niveau des timbres. On peut entendre d’emblée sa riche palette, et ce dès l’ouverture de Somnolence. L’originalité du compositeur s’exprime également dans l’ampleur mélodique de Souvenir de Ribeaupierre (Ribeaupierre est un château médiéval situé dans la région natale du musicien) et la vitalité rythmique de la Fête septentrionale. Schmitt exige de ses deux pianistes une maîtrise technique exceptionnelle, comme par exemple dans Scintillement, suivant ainsi directement les traces du Bizet de Jeux d’enfants.

La Rhapsodie parisienne WoO (1900), est l’un des deux morceaux à quatre mains inédits du compositeur. Pourtant, les indications apportées au crayon sur le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France indiquent que l’ouvrage devait lui aussi être orchestré. L’autre pièce à quatre mains, la Marche spectrale (1893), n’a pas été incluse dans ce recueil pour respecter le voeu de Schmitt de ne pas la publier. Avec la permission de Mme Annie Schmitt, la petite-fille du compositeur, le « Invencia Piano Duo » a donné la création américaine de la Rhapsodie parisienne à Culpeper, en Virginie, le 18 mars 2011. L’énergie exubérante et l’éclat de cette composition évoquent la manière orchestrale de Chabrier. Tout aussi frappants sont les polymétries complexes et l’intensité du développement dynamique menant à la coda, qui annoncent La valse de Ravel. En raison des caractéristiques susmentionnées, le présent enregistrement a été effectué sur deux pianos.

Andrey Kasparov

 

Traductions françaises de David Ylla-Somers


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