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GP622 - SCHMITT, F.: Piano Duet and Duo Works (Complete), Vol. 2 (Invencia Piano Duo)
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FLORENT SCHMITT (1870–1958)
INTÉGRALE DES OEUVRES POUR PIANO À QUATRE MAINS ET POUR DEUX PIANOS • 2

 

Pendant la période romantique et les premières années du XXe siècle, la musique française réunissait un nombre si imposant de styles individuels qu’en tant qu’école, elle défiait toute définition. Les compositeurs d’alors, notamment Fauré, Massenet, Bizet, Roussel, Ravel, Debussy, Satie, Saint-Saëns, Poulenc, Milhaud et Chabrier, ont chacun marqué durablement les sonorités de leur pays et ont influé sur les musiciens de la génération suivante. Florent Schmitt se situe résolument en marge de ce groupe, parce qu’il n’est pas facile de ranger ses oeuvres dans une catégorie précise, et parce que son ethos compositionnel, fondé sur les nécessités de la musique ou sur la source littéraire, historique ou géographique qui l’inspirait, a plus varié que celui de ses contemporains. Dès l’âge de dix-sept ans, lorsqu’il décida de se consacrer à une carrière de musicien, Schmitt fut fidèle à sa lignée musicale française, intégrant dans ses oeuvres un élément essentiel qu’il dénommait « l’harmonie séductrice ». Cependant, son langage musical individuel puisait de l’énergie dans toutes ses expériences. Malgré les liens qui existent entre sa musique et celle de ses compatriotes, Schmitt échappe à toute classification hâtive. On lui a collé diverses étiquettes, l’assimilant au romantisme allemand, à la sensibilité française, à l’exotisme géographique, à l’expérimentalisme russe ou encore à l’orientalisme, mais en réalité, c’était un esprit indépendant, une force créative incontournable, quelqu’un qui par son authenticité et son originalité a grandement contribué à la musique du siècle dernier.

Né à Blâmont, en Lorraine, en 1870 pendant la guerre franco-prussienne, Schmitt prit des cours de piano et d’harmonie au Conservatoire de Nancy, où il prépara le concours d’entrée du Conservatoire de Paris. Ses études parisiennes l’amenèrent à fréquenter un cercle d’enseignants influents, y compris André Gédalge (contrepoint et fugue), Albert Lavignac (musicologie) et les compositeurs Theodore Dubois, Jules Massenet et, une fois que Schmitt eut accompli son service militaire obligatoire, Gabriel Fauré. En 1900, après quatre autres tentatives, il remporta le très convoité concours de composition du Prix de Rome, ce qui lui permit de nourrir sa créativité d’artiste pendant quatre ans sans avoir à se soucier de questions matérielles. Plutôt que de rester composer à Rome comme on l’attendait de lui, il parcourut longuement les pays méditerranéens, la Turquie islamique, l’Asie occidentale et l’Europe du Nord pour retrouver enfin, après s’être imprégné des influences les plus diverses, la féconde atmosphère créative parisienne. Entre-temps, il avait été poursuivi de ville en ville par des lettres officielles de Paris lui demandant où en était son travail. Ses oeuvres les plus importantes de cette époque reflètent ses longs périples et ses expériences. Toute sa vie durant, Schmitt aima voyager. Son dernier passeport, émis deux ans avant sa mort, survenue alors qu’il avait 87 ans, ne contient pas moins de 41 tampons et visas. Une fois rentré à Rome, il lui arriva souvent de tester ses nouvelles compositions en les interprétant au piano à quatre mains avec son cher ami André Caplet à la Villa Médicis.

Avant la Première Guerre mondiale, la carrière de compositeur de Schmitt était déjà bien établie grâce à ses grandes pièces pour orchestre. Le Psaume XLVII, son « envoi » de Rome le plus substantiel, et La Tragédie de Salomé, deux ouvrages qui furent encensés par la critique, furent donnés à de nombreuses reprises et sont toujours exécutés à ce jour. Toutefois, la majorité de ses compositions de l’époque étaient destinées au piano, et nombre d’entre elles furent orchestrées après la guerre. Avec Ravel, il était membre fondateur de la Société musicale indépendante, et après la fin des hostilités, il demeura pendant dix ans le plus éminent critique de musique française des colonnes du journal parisien Le Temps. Il devint directeur du Conservatoire de Lyon, et occupa un fauteuil au prestigieux Institut de France, succédant à Paul Dukas et se voyant préféré à Stravinsky. Du point de vue purement musical, Schmitt est considéré avec Debussy et Ravel comme le compositeur français le plus influent de son époque. La musique de Schmitt dénote une grande originalité, de l’humour, une lumineuse compréhension de la forme et du contrepoint, et une maîtrise de tous les genres en dehors de l’opéra. Il signa des oeuvres essentielles dans les domaines de la musique de scène, de la musique de chambre, du piano soliste, du ballet, de la musique sacrée, et apporta des contributions fondamentales aux balbutiements de la musique d’ensemble (Dionysiaques) et de la musique de film (Salammbô). Sa palette orchestrale n’a rien à envier à celles de Rimski-Korsakov et de Ravel. Florent Schmitt fut l’un des premiers compositeurs du XXe siècle à écrire pour le clavecin, et il était renommé pour son éblouissante écriture chorale. Une bonne part de sa musique est aussi dense qu’abondante, et à chaque fois, la conception de ses oeuvres tend à être pianistique. Il écrivait des mélodies luxuriantes et avait l’habitude de les développer largement tout au long de chaque ouvrage. Il fut un pionnier de l’autonomisation rythmique, écrivant dans un style énergique souvent polymétrique qui correspondait parfaitement au dynamisme et à la puissante emphase de ses passages culminants. Les harmonies de Schmitt sont parfois âprement dissonantes ou encore opulentes et sensuelles, évocatrices d’un lieu ou d’une source littéraire spécifiques. Il fut prolixe, avec à son actif un catalogue fort de 138 opus et un total de plus de deux cents oeuvres. Schmitt était aussi un maître de la miniature et du monumental. Son oeuvre finale, une Deuxième Symphonie vaste et recherchée, fut créée deux mois avant sa mort. Schmitt était présent pour recevoir la standing ovation qui couronna cet événement.

Même si Schmitt ne se considérait sans doute pas comme un pianiste de concert, il était capable de jouer la musique qu’il écrivait pour le piano, ce qui le place certainement parmi une petite élite d’interprètes. Avec l’humour acerbe qui le caractérisa toute sa vie, il disait du piano qu’il constituait un substitut pratique mais décevant de l’orchestre. Il composa pourtant de nombreuses pages pour piano seul et piano à quatre mains. Cette musique est extrêmement exigeante pour l’interprète. La partie de piano seul est souvent écrite sur trois, voire quatre portées—« des poignées de piano », comme il le disait. Les présents enregistrements témoignent amplement de la virtuosité de son écriture pianistique.

En plus de soixante années de créativité, Florent Schmitt nous a légué une oeuvre riche et variée, comme n’importe quel autre grand compositeur. Bien que sa musique soit demeurée méconnue, elle illustre, à sa manière hardie et bigarrée, ce qui est sûrement l’une des périodes les plus mouvementées et passionnantes de l’histoire de la musique française. Reposant sur un formalisme classique, sa musique met en exergue une crâne conviction, une intensité élémentaire et un vocabulaire harmonique intrépide. Ayant d’emblée su distiller une grande part de la musique venue avant la sienne, Schmitt devint un éminent modèle pour ses contemporains et ses élèves, et sut gagner le respect de la génération suivante par la force de sa personnalité et de sa vision bien à lui de l’anticonformisme. Ses oeuvres méritent d’être redécouvertes, et c’est là l’un des nobles objectifs de ces importants enregistrements.

Jerry E. Rife

A partir de 1906, Schmitt s’essaya à une méthode de composition rigoureusement fondée sur les cinq premières notes d’une gamme diatonique mélodique. Une fois introduite dans un mouvement donné, chaque série de cinq notes doit demeurer inchangée, le compositeur dissimulant avec maestria cette limite qu’il s’est lui-même imposée grâce à tout un éventail d’autres procédés. Par la suite, cette approche s’est avérée très utile à de nombreux autres compositeurs, y compris Stravinsky, à la fois dans ses Cinq pièces faciles pour piano à quatre mains (1917) et dans Les cinq doigts pour piano (1921).

Sur cinq notes op. 34 (1906) est le premier de quatre morceaux à quatre mains qui reposent sur le principe susmentionné. Il s’ouvre sur la vive et spirituelle Ronde, qui présente un thème brillant et bondissant rappelant la Kamarinskaya de Glinka. Par contraste, un cycle secondaire délicat aux accents chopiniens—Barcarolle, Mazurka et Bercement—fait ressortir de subtiles nuances et un toucher plein de douceur. La vigueur rythmique et l’humour espiègle refont leur apparition avec la Danse pyrénéenne, qui est suivie de la chantante Mélodie, elle-même annonciatrice de diverses mélodies et tournures harmoniques de la culture populaire. La Pastorale qui suit est cadencée et équilibrée et fait penser aux modes rythmiques de la polyphonie médiévale française. Syncopée et harmoniquement déroutante, la Farandole mène le morceau à une conclusion électrisante et entraînante.

Reflets d’Allemagne op. 28 (1905) fut créé en 1906 par Maurice Ravel et le compositeur. Schmitt en tira un ballet en 1932 et fit figurer ensuite la version à quatre mains au programme de sa tournée américaine, contribuant ainsi à sa notoriété et à la plus large diffusion de sa partition. Avec une approche mélodique bien plus libre que Sur cinq notes, ces huit valses révèlent sans conteste le talent poétique du compositeur et son goût des voyages, ainsi que son admiration de la nature et de l’architecture. La structure globale de Reflets d’Allemagne forme une grande arche, avec les morceaux débordants d’énergie Heidelberg, Vienne et Munich situés au début, au milieu et à la fin. La beauté nostalgique de Lübeck et la vue pittoresque du fleuve dans Coblentz contrastent avec l’agitation des rues de Heidelberg. L’atmosphère songeuse de Werder et la magie de Dresde au crépuscule sont séparées par la lumière diurne et l’effervescence de Vienne. Enfin, une promenade paisible dans Nuremberg, avec sa vieille ville, son marché et son panorama, est suivie de l’allure effrénée de Munich, manifestement dépeinte pendant son heure de pointe.

Huit courtes pièces pour préparer l’élève à la musique moderne op. 41 (1907–1908) est la troisième des séries de pièces pour quatre mains fondées sur la méthode de composition à cinq notes décrite dans notre premier paragraphe. Comme l’indique le titre, Schmitt écrivit cet ouvrage dans un but pédagogique. Après le badinage de l’Ouverture—le compositeur note « non sans une certaine pompe »—, il présente progressivement à l’élève toute une gamme de genres, de formes, de techniques et d’idées en vogue durant la première décennie du XXe siècle. Les formes néoclassiques sont représentées par le gracieux Menuet et la Sérénade pince-sans-rire, tandis que le Virelai et la Complainte dénotent un intérêt naissant pour des formes et des styles bien plus anciens, certains remontant même au Moyen-Age. Le Boléro aux inflexions hispanisantes et le Cortège aux accents russes représentent les influences étrangères, la Chanson modale visant quant à elle la musique des contemporains français de Schmitt.

Andreï Kasparov
Traductions françaises de David Ylla-Somers


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