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GP641 - CORTOT, A.: Piano Arrangements (Yue He)
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ALFRED CORTOT (1877–1962)
ARRANGEMENTS POUR PIANO

 

Né en Suisse, Alfred Cortot était de souche française ; ayant commencé le piano dès son plus jeune âge, il intégra le Conservatoire de Paris dans la classe de Louis Diémer, y menant de brillantes études. L’année 1896 vit le début de sa carrière de pianiste et chef d’orchestre. Il fut chef de choeur au Festival de Bayreuth de 1898 à 1901, et l’année suivante, c’est lui qui présenta Le Crépuscule des Dieux de Wagner à Paris. En 1905, il fonda avec le violoniste Jacques Thibaud et le violoncelliste Pablo Casals le célèbre trio qui connut un grand succès au cours des quarante années qui suivirent. Entre 1907 et 1917, il enseigna au Conservatoire de Paris, où il eut notamment pour élèves Clara Haskil, Magda Tagliaferro, Yvonne Lefébure et Yura Guller. Pendant l’entre-deux-guerres, il effectua des tournées de concert, et en 1919, avec Casals et André Mangeot, il établit l’Ecole Normale de Musique où, une fois encore, il fut le professeur de pianistes de premier plan, tandis que ses enregistrements, au disque ou sur rouleaux de piano mécanique, laissaient un témoignage marquant de son art. On peut se faire une idée de ses méthodes d’enseignement dans son remarquable ouvrage Principes rationnels de la technique pianistique, conçu pour fournir de solides bases techniques aux élèves capables de suivre le cursus de six mois proposé. Parmi ses autres ouvrages pédagogiques, on citera des versions annotées de pièces de Chopin, Schumann, Liszt et d’autres, le tout constituant ses Editions de travail en 26 volumes.

Aux premiers jours de la guerre de 1939, Cortot jouait de la musique aux soldats enrôlés pour défendre la France. Avec la reddition du pays et l’accession au pouvoir du maréchal Pétain, le vieux héros de Verdun, puis la mise en place du régime de Vichy, de sérieux problèmes se posèrent aux personnalités publiques et notamment aux musiciens. Certains avaient été en mesure de fuir à l’étranger, tandis que d’autres, sans collaborer ouvertement avec Vichy ou l’occupant allemand, pouvaient profiter des occasions offertes ; ainsi, Cortot lui-même, qui jouissait d’une haute estime dans le monde de la musique, occupa un poste important auprès des autorités de Vichy et alla jusqu’à donner des concerts en Allemagne, tout en réussissant dans un même temps à user de son influence pour protéger, dans la mesure de ses moyens, des musiciens juifs. Après l’Armistice, on lui reprocha ses activités du temps de guerre et pendant un an, il lui fut interdit de se produire en public en France. Cortot retourna s’installer dans sa Suisse natale, et peu à peu, il put relancer sa carrière. Il s’éteignit à Lausanne en 1962.

Dans le Répertoire attaché à ses Principes rationnels de la technique pianistique, Cortot recommandait aux enseignants de faire figurer à leur programme des oeuvres de compositeurs contemporains comme Fauré. La Dolly Suite de Gabriel Fauré fut écrite entre 1893 et 1897 pour piano à quatre mains, et l’ensemble du recueil fut dédié à Hélène Bardac, surnommée Dolly, la fille d’Emma Bardac, cantatrice qui avait fasciné le compositeur. Par la suite, elle allait quitter son mari banquier et avoir un enfant avec Debussy, finissant par l’épouser, et c’est leur fille Emma-Claude, qui inspira à ce compositeur son Children’s Corner. La suite de Fauré, arrangée de manière idiomatique par Cortot à l’intention d’un seul interprète, débute par une Berceuse devenue célèbre. Vient ensuite Mi-a-ou, qui évoque un chat mais était censé, au départ, évoquer le frère de Dolly, Raoul, Messieu Aoul, tandis qu’en 1895, Le jardin de Dolly constitua pour l’enfant un cadeau de Nouvel An plein d’une belle éloquence. La Kitty-Valse, cadeau d’anniversaire datant de 1896, se référait, dans son titre original, au chien de Raoul, et Tendresse fut d’abord dédié à Adela Maddison, l’épouse d’un éditeur de musique, dont il semble que Fauré était très épris à cette époque et sans doute quelques années plus tard, quand elle eut quitté son mari et se fut fixée à Paris. La suite s’achève par une incursion dans un univers espagnol exotique.

Dans son inventaire de répertoire pour les enseignants, Cortot décrit le travail de Bach comme un véritable bréviaire du pianiste-musicien, tout en limitant les titres de sa liste à des oeuvres incluses pour des raisons de pertinence technique immédiate. La célèbre Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 de Bach fut écrite avant que le compositeur soit nommé organiste et musicien de chambre du duc Wilhelm Ernst à Weimar en 1708, sans doute alors qu’il était organiste à Arnstadt. La Toccata démarre de manière très théâtrale, sa première cadence amplifiée dans l’arrangement, comme le sont des textures d’orgue subséquentes, enchaînant avec une Fugue qui se fait de plus en plus imposante à mesure qu’elle progresse, menant à une section finale Recitativo qui conclut l’ouvrage par des accords monumentaux très impressionnants.

Les quatre Adaptations pianistiques sont des arrangements pour piano de morceaux généralement assez connus. Le premier présente Wiegenlied, la tendre berceuse de Brahms. Vient ensuite un Arioso, arrangement du Largo du Concerto pour clavecin en fa mineur de Bach, pièce dont les mouvements extérieurs sont des arrangements, réalisés à la fin des années 1730 à Leipzig à partir d’un concerto pour hautbois plus ancien, écrit pendant la période où, entre 1717 et 1723, Bach fut directeur musical de la cour du prince Léopold d’Anhalt-Cöthen. L’arrangement du mouvement lent de la Sonate pour violoncelle de Chopin concerne un ouvrage moins connu. Chopin écrivit la majeure partie de sa musique pour son propre instrument, le piano. Parmi ses compositions pour d’autres instruments que le piano figurent trois pièces pour violoncelle et piano. La plus substantielle est la Sonate en sol mineur op. 65, écrite à Paris en 1845 et 1846. Elle fut dédiée à son ami le violoncelliste Auguste Franchomme, et les trois derniers mouvements furent joués en 1848 par Franchomme et Chopin lors du dernier concert donné par le compositeur. Le troisième mouvement, Largo, amène une modulation vers si bémol majeur, s’ouvrant, dans la version originale, par une mélodie chantante confiée au violoncelle et reprise doucement par le piano. La quatrième Adaptation pianistique est un arrangement du lied tiré par Schubert du poème de Goethe Heidenröslein, développé au fur et à mesure, la mélodie étant reprise par d’autres voix.

La Sonate pour violon de César Franck pose un défi à l’arrangeur autant qu’à l’interprète. Franck avait d’abord entamé, un peu à contrecoeur, une carrière de pianiste virtuose, avant de trouver sa véritable place de compositeur et d’organiste à Paris, où il était suivi par un groupe de fidèles. Il écrivit son unique sonate pour violon en 1886, et elle ressemble à d’autres de ses ouvrages de grande envergure par son utilisation d’un lien thématique qui relie ses mouvements. La sonate fut dédiée au violoniste Eugène Ysaÿe, qui en donna la création. Le premier mouvement sert principalement d’introduction au second, plus conséquent et assez exigeant pour le pianiste sous sa forme originale, son intensité passionnée débouchant sur le troisième mouvement, avec ses réminiscences de l’ouverture de la sonate. Le dernier mouvement débute par un canon dans un style presque pastoral. Le thème revient dans différentes tonalités au sein d’un mouvement qui apporte le climax nécessaire à l’ensemble de l’ouvrage.


Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers


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