About this Recording
GP662 - NIEMANN, W.R.: Piano Music - Sonatas Nos. 1 and 2 / 3 Compositions for Piano / Fantasie-Mazurka (Bing Bing Li)
English  French  German 

Walter Niemann (1876–1953)
Sonate « Romantique », Op. 60 • Trois Compositions pour Piano, Op. 7 • Sonate « Nordique », Op. 75 • Fantasie-Mazurka, Op. 53

 

Walter Niemann naquit à Hambourg le 10 octobre 1876 dans une famille de musiciens prestigieux. Son père était le compositeur et pianiste Rudolph Niemann et son oncle, Gustav Adolph Niemann, était un violoniste de renom qui marqua le monde de la musique finlandaise. Walter étudia avec Engelbert Humperdinck et fut aussi l’élève de Carl Reinecke au Conservatoire de Leipzig, où il obtint son doctorat (portant sur les premières liaisons musicales et la musique mensurale) en 1901. Après ses études, il commença par enseigner à Hambourg, et de 1904 à 1906, il fut rédacteur à la Neue Zeitschrift für Musik de Leipzig. Entre 1907 et 1917, il rédigea des critiques pour le Neueste Nachrichten de Leipzig, mais par la suite il abandonna ces deux activités pour se consacrer entièrement à la composition. Il enseigna également au Conservatoire de Hambourg. En 1927, Hermann Abert dit de lui qu’il était « le compositeur pour piano le plus important du moment ; il sait la manière de créer des pages séduisantes et colorées, même s’il s’égare fréquemment dans la musique de salon ».

En plus d’être un pianiste et un compositeur de talent, Walter Niemann était un intellectuel respecté, auteur de nombreux ouvrages érudits et littéraires, dont le plus célèbre était Brahms, publié en 1920 puis traduit en plusieurs langues. Son livre Meister des Klaviers: Die Pianisten der Gegenwart und der letzen Vergangenheit (Les maîtres du piano passés et présents) fut publié en 1919 et fut longtemps considéré comme une référence. Il écrivit aussi des biographies de compositeurs qui rencontrèrent un grand succès ; celle de Brahms faisait la part belle aux racines nord-allemandes du compositeur, au détriment de sa période viennoise ultérieure. Il signait souvent des critiques virulentes, n’hésitant pas à qualifier de « pathologiques » ou « sensuelles » les oeuvres de Richard Strauss, Mahler ou Schoenberg, et en 1910, Reger menaça de lui intenter un procès en diffamation. En revanche, il faisait l’éloge des nationalistes et de ceux qui comme Pfitzner, Sibelius et MacDowell était influencés par le patrimoine folklorique, et il contribua à populariser les compositeurs scandinaves en Allemagne. Après la Deuxième Guerre mondiale, le langage musical de Niemann perdit la faveur du public, et lorsque le compositeur s’éteignit à Leipzig le 17 juin 1953, il avait pratiquement sombré dans l’oubli.

Bien qu’il ait écrit plusieurs oeuvres de chambre et une poignée de pièces orchestrales, Niemann était surtout connu pour être un compositeur prolifique de musique pour piano. Plus de 150 de ses 189 opus sont des morceaux pour piano seul : des pages sous-tendues par un élan passionné, et qui sont avant tout romantiques et méditatives. En outre, il fut l’un des rares compositeurs allemands de sa génération à explorer les qualités de l’impressionnisme, avec une fréquente utilisation de coloris spécifiques et de caractéristiques exotiques. Bon nombre de ces oeuvres reflètent son intérêt pour les voyages et son penchant nostalgique ; c’est le cas de Aus Watteaus Zeit (Du temps de Watteau), de Sanssouci et de Meißner Porzellan (Porcelaine de Meissen). Alt-China (Vieille Chine), Der Orchideengarten (Le jardin d’orchidées) et Der exotische Pavillon (Le pavillon exotique), quant à eux, expriment souvent avec une grande délicatesse la poésie des sujets choisis. On lui doit également plusieurs sonates pour piano à part entière, dont la première et la deuxième figurent sur le présent enregistrement.

La Sonate n° 1 (1919) porte le sous-titre de « romantique », qui décrit son caractère à la perfection. Le premier mouvement débute par un thème pensif dont l’agitation sousjacente ne tarde pas à se révéler dans une écriture pianistique pleine de ferveur. Puis le premier thème s’efface pour l’entrée du second, dont l’expressivité mélancolique apporte un complément idéal dans l’écrin d’une écriture dont la conception est particulièrement recherchée. Une brève transition mène à un développement qui s’appuie sur des éléments des deux thèmes au-dessus des remous créés par l’agitation antérieure, assurant une transition homogène vers la reprise modifiée, qui met davantage l’accent sur le thème expressif. Cette atmosphère plus paisible se perpétue dans la coda et pourtant, celle-ci s’achève de manière menaçante par un retour à la tonalité de départ.

Le deuxième mouvement commence par une mélodie hésitante et douce-amère qui donne la sensation de disposer de plus grandes réserves à mesure qu’elle se dévide, avant d’être couronnée d’une codetta pleine d’une calme assurance. Les traits de la main droite se poursuivent alors, et le second thème fait son entrée. Il est plus plaintif que son prédécesseur, et avance progressivement mais inexorablement vers un apogée au spectre harmonique extrêmement large. Puis la musique s’apaise en un paisible rappel de la mélodie initiale, les traits de la main droite s’élevant jusqu’aux notes les plus aiguës du clavier avant que ne retentissent les solennels accords conclusifs.

Le finale débute sur un thème houleux dans lequel mélodie et accompagnement fusionnent en un continuum tenace, vite contrasté toutefois par le second thème tout de suavité qui se déploie longuement. Le thème initial revient pour servir de base à un développement agité qui progresse vers une puissante culmination au sommet de laquelle il est réutilisé en tant que partie intégrante de la reprise modifiée. Le second thème refait surface et se poursuit jusqu’à une coda qui couronne l’ouvrage dans un geste résolument affirmatif.

Les Trois Compositions (1909) constituent un exemple relativement précoce du style pianistique de Niemann. L’Intrada d’ouverture dégage un équilibre calme mais résolu à mesure qu’elle se déroule vers une section centrale plus animée où les éléments des deux idées subsistent jusqu’à une conclusion déterminée. Le mouvement central, Erinnerung (Réminiscence), présente une élégance limpide qui se prolonge tandis que la musique coule en un flux homogène, avec juste un soupçon d’agitation pour en troubler la sérénité avant la conclusion. L’Arabeske finale se déroule au-dessus d’un accompagnement berceur, comme une barcarolle, son thème principal donnant lieu à des motifs subsidiaires avant que la musique ne finisse par se poser sur une note tendrement insistante.

La Sonate n° 2 (1921), « Nordique », est un témoignage des affinités scandinaves de Niemann. Le premier mouvement s’ouvre sur un thème apparenté à un hymne qui ne tarde pas à s’animer à mesure que ses dessins d’accompagnement se font plus énergiques. Cet accompagnement se maintient tandis qu’un second thème avenant introduit un développement qui emprunte à des aspects des deux thèmes au moment où il parvient à un apogée virtuose d’une considérable puissance rhétorique. En son point culminant, le second thème reparaît, dûment intensifié, avant qu’une brève coda ne mène le morceau à une conclusion pleine d’emphase.

Le deuxième mouvement est à tous points de vue le coeur émotionnel de l’ouvrage. Il démarre presque comme une marche funèbre dont les accords évoluent pesamment et avec effort ; le second thème lui apporte alors une certaine mesure de consolation, avec son ravissant profil harmonique et son mouvement aux rythmes subtilement variés. Le thème funèbre revient pour atteindre un apogée qui recèle l’écriture la plus déchirante du morceau, après quoi le second thème reprend et la musique s’estompe lentement jusqu’à un point de détente dont la manière est inévitablement influencée par le caractère fatidique du thème principal.

Le finale commence dans une atmosphère quelque peu anxieuse, l’impétueux thème principal et son accompagnement complexe ne tardant pas à se voir contraster avec la mélodie plus chaleureuse et consolante venue le remplacer. Le thème initial tient à s’imposer, et reprend son avancée inquiète tandis que la musique gagne rapidement en tension expressive. Le développement, bref mais mouvementé, est axé sur le premier thème, qui à son tour laisse son successeur libre d’occuper la majeure partie de la reprise à mesure que le caractère du morceau devient graduellement plus positif. L’on perçoit des éléments thématiques entendus auparavant au début de la coda, et celle-ci entraîne l’ensemble du morceau vers sa conclusion passionnée.

Outre ses sonates pour piano et ses nombreux recueils de pièces de caractère, Niemann a également laissé un grand nombre de morceaux individuels qui vont d’oeuvres introspectives comme le nocturne Singende Fontäne (La fontaine qui chante), op. 30 et la barcarolle Sommernach am Flusse (Nuit d’été au bord de la rivière), op. 45 en passant par celles qui soulignent son adhésion à la tradition germanique comme la Chaconne, jusqu’à des opus extravertis comme la Fantasie-Mazurka (1918), qui exige une virtuosité pianistique considérable et conclut dûment la présente sélection. Morceau de bis de très haute tenue, l’ouvrage va de son ouverture grandiose et éloquente à un thème principal dont le rythme de mazurka chancelant se maintient au fil de quelques habiles détours harmoniques, jusqu’à une dernière partie dont les séduisantes cadences sont coupées net par la péremptoire conclusion.


Richard Whitehouse
Traduction française de David Ylla-Somers


Close the window