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GP708 - KAPRÁLOVÁ, V.: Piano Music (Complete) (Koukl)
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VÍTĚZSLAVA KAPRÁLOVÁ (1915-1940)
INTÉGRALE DES OEUVRES POUR PIANO

 

La vie brève mais très remplie de la compositrice et chef d’orchestre tchèque Vítězslava Kaprálová (1915–1940) se déroula entre les deux guerres mondiales ; elle appartenait au mouvement moderniste qui vit le jour pendant la période de la Première république tchécoslovaque. Vítězslava Kaprálová commença à développer sa créativité dans sa ville natale de Brno, d’abord stimulée par l’environnement cultivé de sa propre famille et de son cercle d’amis, parmi lesquels figuraient certains des plus grands musiciens et musicologues de la jeune république. Son talent naturel fut très vite reconnu et encouragé par ses parents, qui jouèrent tous les deux un rôle important dans le premier volet de sa formation musicale. Sa mère, également prénommée Vítězslava, née Uhlířová (1890–1973), était une professeure de chant qualifiée ; son père, Václav Kaprál (1889–1947), était compositeur (élève de Leoš Janáček), enseignant, pianiste, chef de choeur et éditeur musical. Le conservatoire de la ville, où la jeune Vítězslava Kaprálová suivit un double cursus de composition et de direction d’orchestre de 1930 à 1935, apporta des bases solides à son éducation, qui fut complétée par les leçons qu’elle reçut du compositeur Vítězslav Novák et du chef d’orchestre Václav Talich au Conservatoire de Prague entre 1935 et 1937. Une fois qu’elle se fut diplômée de l’école des maîtres du Conservatoire en 1937, et grâce à une bourse du gouvernement français, Vítězslava Kaprálová se fixa à Paris, où elle poursuivit ses études avec Charles Munch à l’École normale de musique, prenant également des cours privés de composition auprès du compositeur tchèque Bohuslav Martinů, lui aussi basé à Paris. Tous deux se lièrent d’amitié avant de devenir amants. On cite souvent l’influence de Martinů sur le parcours musical de Vítězslava Kaprálová, mais cette influence est surestimée, car ce sont surtout la musique de son père et celle d’Igor qui brouillent progressivement leurs liens mélodiques et harmoniques avec le thème. La sonate est suivie de trois relectures contemporaines de formes d’origine baroque : le Praeludium et le Canon du crabe extraits des Trois Pièces pour piano Op. 9) et la Passacaglia grotesque. Ces oeuvres, qui datent toutes de 1935, sont les produits des études de la compositrice au Conservatoire de Prague, à l’instar du joyau pianistique Dubnová preludia, Op. 13 (Préludes d’avril), quatre pièces brèves et extrêmement variées qui constituent un jalon décisif du parcours créatif de Vítězslava Kaprálová et demeurent ses oeuvres pour piano seul les plus souvent données et enregistrées. Elles sont précédées du morceau le plus ancien de ce disque, les Cinq Compositions pour piano de 1931–1932. Vítězslava Kaprálová n’avait que seize et dix-sept ans quand elle écrivit ces pièces, mais leur maturité émotionnelle et leur difficulté pianistique les distinguent des autres morceaux de jeunesse de la compositrice. Vítězslava Kaprálová baptisa « Suite pour piano » la première d’entre elles, et elle leur accordait suffisamment de valeur pour procéder à leur orchestration trois ans plus tard, sous le titre Suite en miniature Op. 1. La cinquième composition, dont l’indication de tempo est « Alla marcia funebre », allait devenir la Marche funèbre Op. 2. Les Variations sur le carillon de l’église St-Étienne-du-Mont Op. 16 furent composées à Paris en 1938. Ces variations à partir d’un thème donné, forme très prisée par Vítězslava Kaprálová, sont une ravissante illustration du vocabulaire musical recherché de la compositrice, avec ses harmonies extrêmement originales ; ce vocabulaire était déjà fermement établi dans les Préludes d’avril. Le thème est soumis à six variations, comme dans le second mouvement de la sonate; ici toutefois, le thème, fondé sur un dessin mélodique répétitif du son des cloches d’une église de Paris, est extrêmement bref et simple. Bohuslav Martinů admirait tant cet ouvrage que cette même année, il contribua à le faire publier par les éditions musicales parisiennes La Sirène. Notre parcours du catalogue pour piano de Vítězslava Kaprálová se poursuit avec sa dernière pièce pour piano seul, la Danse pour piano de 1940, reconstruite pour le présent enregistrement par Giorgio Koukl à partir de la seule esquisse qui nous soit parvenue de cette composition, prévue au départ pour un diptyque de Deux Danses pour piano Op. 23. Il s’agissait d’une commande de l’un des plus éminents interprètes de la musique de Vítězslava Kaprálová, le pianiste virtuose Rudolf Firkušný, mais selon toute probabilité, la seconde danse ne fut jamais achevée et notre esquisse demeure le seul témoignage de ce que l’ensemble aurait pu donner. Si nous ne pouvons pas être certains que la composition finale aurait vraiment ressemblé à ce que l’on entend ici, car on sait que Vítězslava Kaprálová remettait ses esquisses sur le métier, la partition ainsi reconstituée parvient toutefois à capter l’esprit du morceau. Notre exploration d’une remarquable voix musicale du XXe siècle s’achève avec cinq miniatures pour piano. Les Dvě kytičky (Deux Bouquets de fleur) de 1935 sont des poèmes musicaux miniature, deux réminiscences mélancoliques dont la première s’intitule Kytička fialek (Petit bouquet de violettes) et la seconde Podzimní listí (Feuilles d’automne). Písnička (Petite Chanson) de 1936 est la seule contribution de la compositrice au répertoire de piano pour enfants. Ostinato Fox (1937) et Fanfare festive (1940) furent tous deux conçus comme des offrandes musicales : Vítězslava Kaprálová composa le premier pour son amie Jiřinka Černušáková, dont le père, Gracian Černušák, était un illustre musicologue de Brno, et la seconde en guise de cadeau d’anniversaire pour Sašenka Pucová – la fille de Čestmír Puc, l’un des mécènes de Vítězslava Kaprálová à Paris –, qui fêtait ses douze ans.

Tous les morceaux pour piano qui figurent sur ce disque ont été édités : quelques-uns d’entre eux furent publiés du vivant de Vítězslava Kaprálová (Passacaille grotesque, Písnička, Préludes d’avril et les Variations sur le carillon), les autres à la suite de la redécouverte de la compositrice pendant la première décennie du présent millénaire. Certaines de ces pages ont également fait l’objet d’enregistrements, mais notre parution contient la collection la plus exhaustive d’oeuvres pour piano seul de Vítězslava Kaprálová gravée jusqu’à ce jour, avec pas moins de quatre créations mondiales : Deux Bouquets de fleur, Ostinato Fox, Fanfare festive, et surtout la magnifique Danse pour piano.

Karla Hartl, The Kapralova Society
www.kapralova.org

Traduction française de David Ylla-Somers


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