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NBD0042 - BERLIOZ, H.: Harold en Italie / Le carnaval romain / Benvenuto Cellini: Overture (Berthaud, Lyon National Orchestra, Slatkin) (Blu-ray Audio)
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Hector Berlioz (1803–69)
Harold en Italie • Le carnaval romain • Rêverie et Caprice • Benvenuto Cellini

 

Hector Berlioz naquit dans le département français de l’Isère ; son père était médecin, et sa famille jouissait d’une certaine notoriété au niveau local. Durant son enfance, il fut principalement éduqué par son père, et s’enthousiasma pour plusieurs disciplines différentes, dont la musique, qui l’attirait irrésistiblement. C’est ainsi qu’il s’essaya à la composition, non pas pour le piano, instrument dont il ne jouait pas, mais pour un sextuor formé notamment par le fils de son professeur de musique, au cor, et par lui-même à la flûte. Avec le temps, il se mit aussi à la guitare. Sur l’insistance de son père, il entreprit des études de médecine, passant son premier examen à Grenoble avant de se fixer à Paris. Trois ans plus tard, il renonça à la médecine en faveur de la musique, son enthousiasme décuplé par les portes que lui ouvraient l’Opéra, mais aussi la bibliothèque du Conservatoire, où il allait d’ailleurs être employé. Il n’avait jamais vraiment arrêté de composer, mais à Paris, il eut la prudence de prendre des cours auprès de Lesueur, dont il intégra la classe au Conservatoire en 1826.

En 1829, Berlioz assista pour la première fois à une représentation du Hamlet de Shakespeare, avec Charles Kemble dans le rôle-titre et l’actrice irlandaise Harriet Smithson en Ophélie. Cette expérience le bouleversa, et au cours de la même saison, il eut l’occasion de voir bien d’autres pièces, partageant l’adulation du public pour Miss Smithson, dont il s’éprit éperdument. Elle commença par repousser ses avances, ce qui lui inspira sa Symphonie fantastique autobiographique. C’est seulement après son retour de la capitale italienne où, ayant fini par remporter le Prix de Rome, il avait pu passer deux ans, et alors que la popularité de la jeune femme commençait à marquer le pas, qu’elle consentit à devenir sa femme, union qui ne les rendit guère heureux l’un et l’autre.

Au cours des années qui suivirent, Berlioz demeura en marge de l’establishment musical français. Il gagnait sa vie en qualité de critique, tandis que ses activités de compositeur et de chef d’orchestre étaient plus reconnues à l’étranger. Tant à cette époque que pendant les années qui suivirent, on le considérait comme une sorte de franc-tireur génial, le type même de l’artiste romantique poussé à tous les excès par ses emballements et enclin à la paranoïa quand il lui arrivait d’être critiqué ou contredit, ainsi qu’en attestent ses Mémoires. Après le décès de sa femme en 1854, il put épouser la cantatrice Marie Recio, avec qui il entretenait une liaison depuis une douzaine d’années. La mort subite de la jeune femme, survenue en 1862, et celle de Louis, le fils de Berlioz, qui était officier de marine, en 1867, jetèrent un voile de tristesse sur les dernières années du compositeur, qui s’éteignit en 1869.

Les goûts littéraires de Berlioz étaient très variés, ce qui ressort souvent de ses compositions. L’Énéide de Virgile lui inspira son opéra Les Troyens, Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare donna lieu à Béatrice et Bénédict, Roméo et Juliette à une Symphonie dramatique et La Tempête à une Fantaisie dramatique ; quant au Faust de Goethe, il déboucha sur La damnation de Faust. C’est Le pèlerinage de Childe Harold de Byron qui inspira à Berlioz une symphonie avec alto solo, Harold en Italie. Celle-ci fut achevée en 1834 et donnée au Conservatoire de Paris en novembre de la même année, mais elle ne fut publiée que 14 ans plus tard, en 1848. En décembre 1833, Berlioz avait rencontré le grand violoniste Paganini, à l’issue d’une exécution de sa Symphonie fantastique. L’illustre virtuose commanda à Berlioz un concerto dans lequel il pourrait faire valoir les sonorités d’un alto de Stradivarius dont il avait fait l’acquisition. Berlioz se montra d’abord réticent, mais finit par se mettre à l’ouvrage ; il présenta une pièce pour alto et orchestre à Paganini, mais celui-ci la rejeta, car il exigeait un véritable concerto, faisant la part belle à l’alto du début jusqu’à la fin. Berlioz décrivit en détail les vicissitudes de son ouvrage, mais finalement, sa présentation en 1838 lors d’un concert auquel assistait Paganini – qui l’entendait intégralement pour la première fois – lui valut les louanges les plus chaleureuses de la part du violoniste. Celui-ci n’allait pas tarder à être emporté par la tuberculose qui lui bloquait le larynx et l’empêchait de parler distinctement. On raconte que Paganini exprima sans ambages son admiration pour l’ouvrage à Berlioz en s’agenouillant devant lui et en lui baisant la main ; le lendemain, il fit un don de 20 000 francs au compositeur, chargeant son jeune fils Achille de lui remettre cette somme en mains propres.

Dans Harold en Italie, Berlioz ne s’est pas seulement inspiré des aventures du héros de Byron, mais il s’est aussi remémoré la période qu’il avait lui-même passée en Italie en sa qualité de lauréat du Prix de Rome. Le premier des quatre mouvements, Harold aux montagnes ; Scènes de mélancolie, de bonheur, et de joie, débute par un Adagio, ses sinistres dessins chromatiques traités en contrepoint et atteignant un apogée dynamique avant l’entrée de l’alto avec le thème associé à Harold, une mélodie dérivée de l’ouverture inachevée Rob Roy qui se fait entendre tout au long de l’ouvrage. L’Allegro symphonique qui suit est porteur de jubilation, avec un développement et une récapitulation, y compris un retour du thème de Harold. Le deuxième mouvement, Marche de pèlerins chantant la prière du soir introduit une modulation de sol majeur à mi majeur. On entend à nouveau le thème de Harold, surplombant la procession, à laquelle l’alto ajoute de nouveaux commentaires, tandis que ses traits d’arpèges sul ponticello accompagnent un canto religoso et la marche de facture classique. Le troisième mouvement, Sérénade d’un montagnard des Abruzzes à sa maîtresse, en ut majeur, tonalité que l’on avait effleurée au cours du précédent mouvement, apporte un changement d’atmosphère, avec le retour du thème de Harold par octaves et un écho final. L’ouvrage se conclut par une Orgie de brigands ; Souvenirs des scènes précédentes, résumé des péripéties antérieures qui commence en sol mineur. Après l’Allegro frenetico final intervient une réminiscence de l’ouverture, suivie de la marche des pèlerins, de la sérénade et de rappels du premier Allegro et de l’Adagio. A mesure que le mouvement se poursuit, intensifiant davantage l’orgie des brigands, l’alto se fait moins présent, et finit par revenir formuler un bref commentaire avant que l’ouvrage ne s’achève.

Les trois autres pièces enregistrées ici découlent, d’une manière ou d’une autre, de Benvenuto Cellini. Cet opéra de Berlioz sur la vie mouvementée de l’orfèvre et sculpteur florentin du XVIe siècle constitua la troisième tentative du compositeur pour retenir l’attention de l’Opéra de Paris. Les francs juges, qu’il avait proposé en 1826 puis abandonné quand le livret fut rejeté, n’a survécu que sous la forme d’une ouverture, publiée en 1836, tandis que ce qui devait être un ballet fondé sur le Faust de Goethe aboutit à un résultat tout à fait imprévu. Benvenuto Cellini donna à Berlioz bien du fil à retordre, et il apprécia peu la direction du chef d’orchestre Habeneck lorsque l’ouvrage fut monté à l’Opéra de Paris en 1836, lui reprochant ses fausses notes, ses tempi incohérents et ses erreurs rythmiques. Brièvement repris en 1839, l’opéra fut remarqué par Liszt à Weimar en 1852, puis connut une série de représentations moins satisfaisante à Londres l’année suivante. On y voit Cellini faire la cour à Teresa, la fille de Baldacci, le trésorier du pape, mais celui-ci préfèrerait voir Teresa épouser le rival de Cellini, le lâche Fieramosca. Quand Cellini tente d’enlever la jeune fille pendant le carnaval, un combat s’ensuit au cours duquel Cellini tue l’assassin engagé par Fieramosca. Cellini s’échappe et revient à la faveur d’une procession de moines. Il est alors arrêté, et le pape ne consent à lui accorder son pardon que s’il achève rapidement la statue de Persée qui lui a été commandée. Berlioz réutilisa trois éléments de son opéra. Les deux premiers sont l’ouverture Benvenuto Cellini et une ouverture de concert brillamment orchestrée, Le carnaval romain, qui tire parti de la scène de carnaval de l’opéra, le duo d’amour entre Cellini et Teresa lui fournissant un second thème plus lyrique.

Berlioz exploita aussi un troisième élément de Benvenuto Cellini : en 1841, il réutilisa une cavatine qu’il n’avait pas retenue pour l’opéra afin d’en tirer une pièce de concert pour violon et orchestre, la Rêverie et Caprice, dédiée à Joseph-Alexandre Artôt, l’oncle de Désirée Artôt, cantatrice qui fut brièvement fiancée à Tchaïkovski.

Berlioz mentionne cette oeuvre dans ses Mémoires, relevant son orchestration raffinée et le succès qu’elle rencontra auprès du public quand elle fut jouée à Leipzig en 1843 avec Ferdinand David au violon et Mendelssohn au piano pour remplacer la harpe. La partition conserve des traces évidentes de son origine, et elle permit à toute une série de solistes de faire valoir leurs talents, notamment Alard, Ernst, Wieniawski et Joachim. La version publiée comprend un programme apocryphe attribué au compositeur.


Keith Anderson
Traduction française de David Ylla-Somers


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