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Marc Darmon
ARTAMAG’, March 2016

Nikolaus Harnoncourt aura été un des chefs du vingtième siècle qui a eu le plus d’impact sur la direction d’orchestre et l’interprétation musicale. Il a été en effet un des pionniers qui ont tenté de retrouver le son des instruments et des orchestres du XVIIIè siècle, et de reproduire les style d’interprétation de cette époque.

La création en 1953 du Concentus Musicus, « sur instruments anciens », et les premiers enregistrements qui ont suivi, ont permis de découvrir un son et une manière de jouer extrêmement différente de ce à quoi les traditions de la fin du XIXè et du début du XXè siècle avaient habitué nos oreilles. Beaucoup considéraient d’ailleurs que la démonstration était loin d’être probante. Il faut reconnaître qu’au tout début la qualité de réalisation et d’interprétation n’étaient pas toujours à la hauteur de l’ambition, et que l’on pouvait avoir l’impression, pour utiliser un euphémisme, d’un son ingrat.

Depuis six décennies, le débat est devenu obsolète. L’histoire a donné raison à Nikolaus Harnoncourt, les orchestres sur instruments d’époque se sont multipliés, avec des qualités atteignant aujourd’hui celle des meilleurs orchestres symphoniques. On voit cohabiter dans les mêmes salles successivement des interprétations sur instruments modernes et sur instruments anciens.

Depuis la fin des années 1970, le répertoire d’ Harnoncourt s’était étendu jusqu’à Mozart, Beethoven, Mendelssohn avant Schumann, Brahms, Dvořák, Bruckner, jusqu’à Bartók et Schmidt, avec les orchestres parmi les plus emblématiques de la tradition romantique : Vienne, Amsterdam, Berlin, etc.

La représentation du Requiem de Mozart enregistrée sur ce DVD en 1981 appartient à la période intermédiaire de la carrière d’ Harnoncourt. Entre l’époque pionnière, imparfaite techniquement, et l’époque actuelle où son répertoire s’était donc considérablement élargi, et où il dirigeait tout autant les orchestres symphoniques, les années 80 sont celles de la maîtrise parfaite de son système « Concentus Musicus » : un orchestre sur instruments d’époque désormais techniquement parfait, une interprétation continuellement originale mais sans les sécheresses de ses débuts et un ensemble de chanteurs habitués aux interprétations classiques, et bien meilleurs que ceux qui l’ont accompagné lors de la période 1953–1970.

On ne présente plus le Requiem de Mozart, laissé inachevé à sa mort en 1791. L’équilibre entre les passages avec chœurs et les morceaux avec solistes ressort parfaitement de cette superbe interprétation. L’orchestre est réduit, « n’en rajoute pas », et permet de profiter de l’émotion suscitée par les chanteurs, avec une mention spéciale pour Rachel Yakar, vraiment magnifique. En complément de programme, la Cantate BWV 161 de Bach, enregistrée le même jour, présente les mêmes qualités.

Harnoncourt avait fait ses adieux au public l’année dernière sentant ses forces fléchir. Il nous quitte complètement désormais, mais laisse un héritage considérable. © 2016 ARTAMAG’





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