Classical Music Home

Welcome to Naxos Records

Email Password  
Not a subscriber yet?  
Keyword Search
 in   
 Classical Music Home > Naxos Album Reviews

Album Reviews



 
See latest reviews of other albums...


Gilles d’Heyres
ConcertoNet.com, September 2014

Pour célébrer le cent cinquantième anniversaire de Richard Strauss (1864-1949), Arthaus a vu les choses en grand avec cet imposant coffret rappelant l’époque des 33 tours, soigneusement organisé, enrichi de reproductions originales de haute qualité—notamment celles de manuscrits autographes de Strauss—et d’un luxueux livret trilingue. Evacuons d’abord les critiques. On se demande bien ce qu’apporte à l’entreprise le fait que les versions aient été «authorised and selected by the Strauss family»…Strauss n’a besoin d’aucune caution familiale pour être présenté sous son jour le plus authentique. Ensuite, la sélection des vidéos—d’époques diverses—se révèle particulièrement hétéroclite. Ainsi la qualité de la captation de l’Ariane de 1965 ne peut-elle se comparer aux trois spectacles filmés dans les années 2000 (Capriccio, Danaé, Salomé). La sélection est également lacunaire: passe encore l’absence de Jour de Paix, La Femme silencieuse ou Hélène l’Egyptienne—voire celle de Daphné et Intermezzo. Mais l’omission d’Arabella est difficilement excusable.

Le reste n’est que compliment et, souvent, grand bonheur. A commencer par le luxe de cette belle boîte carrée, grande comme deux Ring en microsillons, riche en informations et en illustrations. En cent pages grand format, on parcourt ainsi la vie de Richard Strauss en images. Les photographies fascinent—tant celles reflétant la vie privée du compositeur et son cercle familial que les très nombreux clichés de représentations scéniques. On y trouve même une partition du début de la Cinquième Symphonie de Beethoven annotée par Strauss («ce mouvement doit avoir un caractère orageux d’un bout à l’autre et déferler comme un torrent déchaîné: c’est pourquoi je rejette tout élargissement des premières mesures. Jouer les groupes de croches avec un accent sur la première croche»). Les textes réunis pour l’occasion sont eux aussi dignes d’intérêt—comme celui signé Brigitte Fassbaender, qui évoque ces «œuvres grandioses, de véritables feux d’artifice de sensations et d’émotions» et relate ses souvenirs des mises en scène d’Otto Schenk et Harry Kupfer (publiées dans le coffret).

Certes, les DVD ne dévoilent aucune nouveauté, les interprétations retenues étant toutes issues de rééditions. On ne reviendra pas sur la production salzbourgeoise de Günter Rennert pour l’Ariane à Naxos (1916) dirigée par Karl Böhm en 1965, dont ConcertoNet a déjà rendu compte. On en fera de même pour la fameuse Elektra (1909) viennoise de Harry Kupfer en 1989, servant d’écrin décapant à la baguette solaire de Claudio Abbado et à une distribution survoltée. Ainsi que pour le délicieux Capriccio (1942) de Robert Carsen en 2004, où rayonne la Comtesse de Renée Fleming. Montée à Berlin en 2011, la production de Kirsten Harms pour L’Amour de Danaé (1940) a, elle aussi, reçu les éloges détaillés de ConcertoNet.

On ne s’éternisera pas non plus pour rendre compte du célébrissime Chevalier à la rose (1911) de Carlos Kleiber—qui fait chanter jusqu’aux murs du Nationaltheater de Munich, dans la mise en scène d’Otto Schenk et les décors de Jürgen Rose en 1979. Rarement l’osmose entre le texte, la musique et l’image aura semblé aussi aboutie que sur la scène bavaroise, le mérite premier en revenant à la battue miraculeuse de Kleiber. Malgré son âge, la caméra permet toujours de goûter au génie des échanges entre la Sophie de Lucia Popp et l’Octavian de Brigitte Fassbaender. Si l’on pourra trouver quelques Maréchales et davantage de Barons plus enchanteurs (notamment quant à la beauté du chant), Gwyneth Jones et Manfred Jungwirth maîtrisent sans conteste leur personnage. Mais au-delà des individualités, c’est l’osmose générale de ce spectacle féérique qui fait de ce DVD (jusqu’ici disponible chez DG) un document impérissable.

A l’opposé des conventions du théâtre de Schenk et à mille lieues de l’orientalisme du livret d’origine, la Salomé (1905) montée par Luc Bondy à Salzburg transforme le poème d’Oscar Wilde en un drame familial, transposant l’action à l’intérieur d’une demeure dont la lune ne se devine qu’au travers des volets. D’une indéniable efficacité dramatique, la froideur de ce huis-clos rafraîchit l’opéra de Strauss. Cette mise en scène qui a marqué son époque est filmée lors d’une reprise à la Scala en 2007—avec un casting inégal. Heureusement, la Salomé de Nadja Michael—bête de scène fauve, adulte, malsaine—est une réussite, y compris vocale (surtout face au Jochanaan bien chantant mais sans grand relief de Falk Struckmann). Dans la fosse, Daniel Harding pousse les musiciens milanais à leur meilleur, avec une tenue dans la baguette qu’on ne lui a pas toujours connu.

Plus originale encore est la japonisante Femme sans ombre (1919) captée à Nagoya en 1992 et coproduite avec l’Opéra de Munich à la fin du mandat bavarois de Wolfgang Sawallisch—dont la direction experte, sinon passionnée, apporte une incontestable caution straussienne au résultat, globalement admirable. Ennosuke Ichikawa donne au théâtre de Hofmannsthal le magnétisme du kabuki. Grâce aux décors de Setsu Asakura, aux éclairages de Sumio Yoshii et aux costumes de Tomio Mohri, le metteur en scène et comédien japonais travaille la gestique et les déplacements avec moins de statisme qu’un Robert Wilson mais tout autant de minutie. Il donne à cette partition si délicate à monter une unité palpable—parvenant même à rendre crédible la remise de son ombre à l’Impératrice. Un spectacle filmé avec soin par la NHK, dont la notice précise néanmoins qu’elle «n’eut pas le droit d’en effectuer la retransmission au Japon même: en effet, la censure, dans ce pays, ne porte pas seulement sur les crimes à caractère sexuel et les atteintes aux bonnes mœurs, mais également sur certains tabous sociaux. Et sur ce point, La Femme sans ombre […] choquait aussi bien par les personnages du bossu, du borgne et du manchot (qui constituaient, dans le Japon d’avant la seconde guerre mondiale, des citoyens de deuxième classe) que par le traitement «inconvenant» appliqué par Hofmannsthal à la femme».

Dominée par la Nourrice intimidante de Marjana Lipovsek, la distribution—remarquablement homogène—voit les personnages terrestres s’imposer (de peu) sur ceux des sphères célestes. Luana DeVol et Peter Seiffert forment un couple impérial d’une rare solidité, même si l’on aimerait voir le grain de voix s’assouplir davantage pour vibrer à l’égal des plus grands titulaires de ces rôles. La profondeur du grain de voix et la souplesse du chant d’Alan Titus et, dans une moindre mesure (en raison d’un métal ingrat), de Janis Martin donnent à Barak et à sa femme une humanité et une universalité touchantes. Universalisme et humanisme—l’un des messages de la musique de Richard Strauss, que cette publication d’une tenue générale franchement admirable illustre de la plus belle des manières. © 2014 ConcertoNet.com





Naxos Records, a member of the Naxos Music Group