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Sébastien Gauthier
ConcertoNet.com, December 2014

Certaines productions de l’ère Hugues Gall à l’Opéra national de Paris sont véritablement passées à la postérité et, à ce petit jeu, nul doute que la comédie lyrique de Rameau, Platée, servie par le duo Minkowski-Pelly, aura marqué durablement les esprits. Après des représentations qui avaient suscité l’enthousiasme, l’édition de ce Blu-ray permettra à chacun de céder à la verve d’une équipe de haut vol qui sert merveilleusement un opéra où l’humour côtoie avec subtilité le tragique.

Alors que nous célébrons encore les 250 ans de la disparition de Rameau (1683–1764), il est temps de se jeter sur Platée (1745), histoire fantasque due au livret d’Adrien-Joseph Le Valois d’Orville qui met en scène les fausses amours de Jupiter pour Platée, la fort laide nymphe des marais, dans le seul but en vérité de reconquérir Junon, sa légitime épouse, et de lui prouver qu’elle est son seul et unique amour. En fin de compte, on le sait, les Dieux sont réconciliés sur le dos de Platée qui, humiliée et raillée par tous, s’en retourne seule dans ses marais et ses roseaux. Même si le fond de l’histoire est véritablement tragique pour le personnage central, c’est bien d’une comédie dont il s’agit au point que l’on attribue à Jean-Philippe Rameau l’invention d’un nouveau genre, l’opéra comique.

Et c’est bien cette veine que Laurent Pelly exploite au mieux dans une mise en scène pleine de trouvailles et de ravissements. Dans un décor initial de salle de cinéma où les chanteurs du chœur sont installés face au public par des ouvreuses et qui, à la suite d’un premier orage (il y en aura trois au fil de l’opéra…), se parera de décors aux différents tons de vert propres à illustrer un marais plus ou moins fantastique, Laurent Pelly nous offre un véritable jeu d’acteurs alors qu’on regrette souvent que les poses soient statiques et que la théâtralité disparaisse plus ou moins sous la seule musique. Qu’il s’agisse de Laurent Naouri se cachant sous son imperméable au début du premier acte, de l’apparition des Trois Grâces au troisième ou de la fameuse scène de la folie chantée par Mireille Delunsch au deuxième, on applaudit à l’imagination du metteur en scène qui sert la musique au mieux. Que dire également de cette grenouille qui se promène dans l’orchestre au début du troisième acte après avoir fait une première apparition dès le début de l’opéra, rappelant à qui l’aurait oublié le statut de Platée? Les numéros de danse, assez nombreux, sont extrêmement bien faits, tout spécialement à la scène 6 de l’acte III: là encore, on salue l’alliance idéale entre comique et poésie. La magie du spectacle tient également aux décors, aux costumes (celui de Platée emportant la palme, comme de juste pour une grenouille), aux maquillages (le chœur des nymphes à la scène 6 de l’acte I) et aux effets qui, dès la création à l’occasion du mariage du fils de Louis XIV avec l’infante Maria Teresia, nécessitaient machines et mécanismes en tous genres.

Le plateau vocal est également excellent. On saluera en premier lieu l’extraordinaire prestation de Paul Agnew qui, même lorsqu’il ne chante pas, fait preuve d’une théâtralité qui peint ses sentiments avec une particulière justesse. Celle de Mireille Delunsch est à marquer d’une pierre blanche, notamment la scène de la folie (scène 5 de l’acte II) où elle bénéficie de la complicité de l’orchestre et de Minkowski. Yann Beuron et Laurent Naouri sont également excellents. On restera un peu moins convaincu par Vincent Le Texier, dont la voix nous a semblé parfois fatiguée et l’intelligibilité perfectible; pour autant, son sens du théâtre pallie en plus d’une occasion ces défauts. A signaler également la prestation assez ébouriffante de Franck Leguérinel, qui est idéal dans le rôle de Momus.

L’orchestre, mené avec entrain par Marc Minkowski, mérite bien évidemment d’être salué tant sa participation est idéale de bout en bout, de même que les chœurs. La partition, d’une finesse et d’une imagination sans borne, est sublimée par les Musiciens du Louvre – Grenoble, où chacun, à travers un glissando de violon ou un son lancé de son hautbois, mime les coassements des marais, répondant ainsi aux accents des chanteurs qui doivent respecter à la lettre les indications d’une partition où tout détail a son importance.

La manière de filmer de Don Kent n’est pas toujours réussie au début de l’opéra: les plans ne sont pas assez longs et certains passages (les danses à la scène 3 du Prologue) sont filmés en détail ou au cadrage trop restreint, faisant ainsi perdre au spectateur la vue d’ensemble de la scène qui, pourtant, semble seule importante. On retrouve néanmoins rapidement nos marques, les caméras veillent notamment à filmer les visages des chanteurs au plus près, même lorsque c’est quelqu’un d’autre qui chante: c’est ainsi que l’on ressent une vraie émotion, une véritable tristesse en voyant Paul Agnew se réjouir pour ensuite se morfondre lorsqu’il se rend compte que, sur tel ou tel point, il a été roulé et devient le dindon d’une mauvaise farce.

En un mot, voici sans nul doute un DVD (désormais un Blu-ray) que chacun doit acquérir et qui, aux côtés par exemple des sublimes Indes galantes dirigées trois ans plus tôt par William Christie dans une mise en scène et une chorégraphie tout aussi imaginatives respectivement signées par Andrei Serban et Blanca Li, rend dignement hommage à Rameau et à une production mémorable de l’Opéra national de Paris. © 2014 ConcertoNet.com





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