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Olivier Brunel
ConcertoNet.com, September 2015

Ce coffret regroupe sept soirées du Münchner Klaviersommer, festival de jazz munichois qui, de 1981 à 1999, a invité des musiciens aussi fameux que Stan Getz (qui y donna son dernier concert), Lionel Hampton, Gonzalo Rubalcaba, Oscar Peterson, Michel Petrucciani, Herbie Hancock et Chick Corea. Les soirées réunies sont celles programmées autour du pianiste autrichien Friedrich Gulda (1930–2000) avec à chaque fois des invités en compagnie desquels il se produit dans la seconde partie du concert. Ces soirées très inégales comportent pour certaines des moments qui, à juste titre, sont restées historiques.

Exception, le concert donné au Münchner Klaviersommer de 1986 ne comporte que deux concertos pour pianos de Mozart, très contrastés, les Vingtième (en mineur) et Vingt-sixième (en majeur, dit «du Couronnement»). Est-ce, comme le souligne Marcus A. Woelfle, le commentateur très documenté de tous les livrets, pour souligner ce contraste que le pianiste viennois change de blouse, passant du noir au blanc «semblant montrer au public une voie permettant de sortir des ténèbres pour aller vers la lumière». Que l’on se rassure, il porte toujours sa calotte indienne et une broche imposante sur ses blouses! Gulda dirige lui-même ces deux concertos, ses gestes sont un peu ceux d’un moulin à vent mais cela ne semble pas gêner les musiciens du Philharmonique de Munich, qui en ont vu d’autres. Dans les deux œuvres, Gulda semble un peu jouer contre la montre. Ses interprétations sont toujours d’une extraordinaire musicalité, les «trouvailles rythmiques» toujours passionnantes, mais il ne s’agit pas ici de son meilleur enregistrement mozartien.

A notre gout la perle de ce coffret s’appelle «The Meeting», rencontre au Münchner Klaviersommer en 1982 entre Gulda et Chick Corea, qui avait quarante ans à l’époque. Un peu de mise en scène à la Gulda avec tirage au sort pour savoir qui commencera et Gulda se lance dans une improvisation d’une quarantaine de minutes au cours de laquelle est interpolée la Dixième Sonate de Mozart magnifiquement interprétée. Le reste pâlit un peu face au solo d’une cinquantaine de minutes, notamment sur Around Midnight de Thelonious Monk, souvent atonales, presque toujours sous influence latino, du pianiste américain de jazz-rock Chick Corea, immense improvisateur qui se hisse presque au niveau de Keith Jarrett. Le public ne s’y trompe pas, qui lui réserve une formidable ovation. La légende dit que Gulda n’a pas eu envie de rencontrer Corea avant le concert et qu’ils ne se seraient rencontrés que sur scène, au moment du concert. Il est certain que le DVD, paru en 2002, soit vingt ans après le concert, apporte beaucoup à l’appréciation de ce concert «culte» longtemps disponible sur microsillon puis CD. Le duo s’avère assez sage mais un magnifique moment de musique, les thèmes choisis étant «Un jour mon prince viendra», «Put your little foot right out» (Larry Spier), s’achevant sur une belle impro’ sur la célèbre Berceuse de Brahms dont on a du mal à croire qu’elle n’ait pas été répétée…

Il faut savoir que quelques jours auparavant, Corea avait donné un concert avec le pianiste chypriote Nicolas Economou qui a été publie sur CD («On two pianos», Deutsche Grammophon). La rencontre à trois pianos entre ces deux et Gulda le 27 juin de la même année constitue le sel du DVD «Friedrich Gulda and Friends», dont la première partie est un concert de Gulda de 1989 avec Herbie Hancock en invité d’honneur. De Gulda, on a toujours préféré quand il interprète Mozart – avec le charme, la sonorité et le rythme qu’il sait mettre comme ici dans la Treizième Sonate – que Bach, dont il joue trois Préludes et Fugues avec un certain laisser-aller rythmique. Les deux improvisations sont du pur Gulda, à mi-chemin entre jazz et musique d’inspiration classique. La surprise vient bien entendu de l’arrivée sur scène de Herbie Hancock, que Gulda dit «ne pas connaitre depuis plus d’une heure mais devenu un ami au bout de deux minutes». Night and Day de Cole Porter et All Blues de Miles Davis sont deux fois dix minutes de pur bonheur.

Mais le DVD réserve d’autres bonheurs. Celui, bien rare, d’entendre et de voir Nicolas Economou, un pianiste de la nébuleuse Martha Argerich disparu accidentellement très jeune, qui, outre la participation au medley qui ouvre le concert par les trois pianistes, se lance sur un thème de Corelli que reprennent Corea et Gulda avec une science de l’improvisation et le petit «plus» miraculeux qui est facultatif et de surcroît. Autre moment miraculeux, une improvisation sur une chanson infantile entamée par Corea tout comme son dernier solo improvisé qui conclut le concert pendant lequel Gulda joue souvent la mouche du coche, passant d’un piano à l’autre, butinant çà et là un bout d’interprétation. Drôle de personnage, à la fois fascinant et irritant dans sa pratique «classique» et ne convainquant pas toujours les amateurs de jazz, ni les jazzmen patentés. Marcus A. Woelfle explique particulièrement bien ce phénomène, citations à l’appui, dans la longue notice de ce DVD.

On a déjà commenté ici le DVD «A Night with Friedrich Gulda», enregistré à la Muffathalle de Munich durant le Münchner Klaviersommer de 1995, un pur produit du cross over radicalisé dernière manière de Gulda, qui affichait pour credo: «Il faut bien comprendre que la musique de Mozart est immensément dansante et connectée au sans figuratif à la techno. N’importe quel idiot peut faire la différence. Mais il faut être vraiment intelligent pour percevoir les connections!» On rappellera que ce soir-là, les libertés rythmiques et stylistiques prises avec la musique de Mozart allaient jusqu’à la caricature et que dans la deuxième partie, les œuvres jazziques de Barbara Dennerlein, organiste du Paradise Trio, ne nous semblent pas justifier d’être archivées pour l’éternité. La dernière partie, digne d’une soirée à Ibiza, dans laquelle Friedrich Gulda se joint au synthétiseur au DJ Vertigo avec sur fond de démonstration dansante des Paradise Girls, vite rejointes par une partie du public, est au-delà de tout éloge… et de toute critique!

Le DVD «Chopin and beyond» est certainement le plus étrange du coffret. Gulda a entretenu avec la musique de Chopin une relation à épisodes dont le pianiste s’explique de façon un peu nébuleuse au cours de l’entretien de 1986 avec le critique musical Joachim Kaiser, qui est la partie la plus intéressante du DVD, entretien au cours duquel il interprète en incise un fragment d’un adagio de sonate de Beethoven de façon tout à fait merveilleuse. Il semble que sa façon de jouer Chopin dans les débuts de sa carrière ait fasciné beaucoup de ses collègues, notamment Jörg Demus, qui aurait déclaré: «Nous pouvons tous aller nous rhabiller!». Ce soir de 1986, c’est Gulda qui aurait dû aller se rhabiller! Il avait troqué tunique et bonnet contre une veste et une cravate comme celles que l’on prête aux clients imprévoyants dans les restaurants où le port en est obligatoire. La première partie est un grand solo intitulé «Chopin pour ma douce» (le commentaire de Marcus Woelfle explique que Gulda était alors dans une relation amoureuse avec une femme qui avait en tête de le transformer en un pianiste plus «mondain»), qui enchaîne un Nocturne, la Barcarolle, neuf Préludes et la Berceuse. On peut à de rares moments se laisser fasciner mais le style est beaucoup trop libre, la sonorité trop ingrate et quelques libertés prises avec le texte donnent froid dans le dos. Pour la seconde partie, «Consonanza Personale», Gulda retrouve une complice de toujours, partenaire de ses premières improvisations, la percussionniste munichoise Limpe Fuchs. Difficile de se mettre dans l’esprit du public de ce festival des années 1980, mais aujourd’hui voir Gulda jouer de la flûte, passer au piano et danser sur scène paraît un peu étrange et très daté.

Beaucoup plus intéressant est le DVD où Gulda dirige le violoncelliste Heinrich Schiff à la commande duquel il avait écrit un Concerto pour violoncelle et orchestre à vents. La création avait été un immense succès couronné par un enregistrement en 1981. Curieux mélange de styles que ce concerto que Schiff interprète magistralement en ce festival de 1988, en maîtrisant les exigences virtuoses et se fondant avec aise dans les différents climats de rock, jazz, fanfare et évocations du folklore autrichien. La seconde partie est consacrée au Concerto for Myself (Sonata concertante for piano and orchestra), qui est clairement un hommage à Mozart que Gulda joue et dirige. Près de trente ans après, l’œuvre fascine encore avec ses quatre sections bien tranchées, utilisant les formes classiques, sonate, variations, rondo en fusion avec des éléments de jazz-pop et de musique populaire. Il est peu probable que ce concerto convienne à un autre pianiste que son compositeur mais c’est une expérience intéressante que de le découvrir par lui.

Le concert du festival 1990 est intitulé «I Love Mozart, I Love Barbara». Pour Mozart, c’est certain, l’amour de Gulda était sans limite et c’est probablement le compositeur qu’il a le mieux servi. La séquence qu’il joue est parfaitement équilibrée avec les deux Fantaisies en ré mineur et en ut mineur, encadrant la Douzième Sonate (en fa), suivis de la Quatorzième Sonate (en ut mineur) et sa merveilleuse transcription de l’«air des roses» de Suzanne des Noces de Figaro. La liberté de Gulda quand il joue Mozart est parfaitement pondérée tant pour le style que le rythme et la sonorité, et ce soir-là il était à son meilleur. Concernant Gulda et Mozart on conseille fortement deux DVD plus anciens: «Mozart for the People (Sonates et Fantaisies)» et «Mozart Piano Concertos (n° 20 & 26)», tous deux édités par Am@do classics, et les «Gulda Mozart Tapes», enregistrements de jeunesse réédités sur CD par Deutsche Grammophon. Et si l’on veut retrouver la perle absolue qu’est cette transcription du récitatif et air de Suzanne «Giunse al fin momento… Deh vieni, non tardar» du dernier acte des Noces de Figaro, elle inaugure une série de bis plus longue que le concert lui-même lors de l’hallucinant et demeuré légendaire récital au festival de Montpellier de 1993 (édité sur 2 CD par Accord).

La seconde partie («I Love Barbara») permet de découvrir une excellente musicienne et formidable improvisatrice, l’organiste Barbara Dennerlein, qui joue un orgue Hammond à deux claviers et pédalier commandant un synthétiseur et un sampler. La fusion avec Gulda est parfaite. Leur duo en quatre parties, très varié, commence en douceur par un Air de Gulda qu’elle accompagne docilement puis vire en douceur vers le meilleur jazz possible avec de très bonnes improvisations tour à tour sur des thèmes de l’un ou de l’autre. Gulda semble parfois un peu dépassé par sa partenaire mais l’ensemble est très plaisant et s’achève sur une ballade de Gulda («Du und I») qu’il chante plutôt pas mal. C’est, hormis les duos avec les grands pianistes de jazz Hancock, Corea et Economou, la meilleure seconde partie de cet ensemble. © 2015 ConcertoNet.com





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