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Diapason, November 2014

Une fantasmagorie de rêves cocasses, portée par un orchestre exubérant, renaît sous la baguette de Jacques Mercier. Pur délice! © 2014 Diapason




Christine Labroche
ConcertoNet.com, April 2014

Au moment où son ami Ravel terminait son orchestration de Ma Mère l’Oye, Florent Schmitt (1870–1958) entreprit à son tour une suite pour piano à quatre mains qui relevait de l’imaginaire fantastique de l’enfance. Un conte d’Andersen inspira Une semaine du petit Elfe Ferme-l’œil ou Le Songe de Hialmar (1912) qu’il destinait aux oreilles de son fils Jean, alors âgé de six ans. C’est seulement en 1923 qu’il prit la décision de développer la partition, enrichie de préludes et d’interludes, pour en faire un divertissement chorégraphique qui connut un succès retentissant à la salle Favart dès 1924. On sait gré à Jacques Mercier, à l’Orchestre national de Lorraine et au label Timpani d’avoir, par ce premier enregistrement mondial, tiré ce somptueux ballet symphonique d’un oubli relatif.

Ferme-l’œil est l’équivalent danois du marchand de sable qui apporte son lot de rêves au monde onirique de l’enfant qu’il a endormi. Grâce à l’excellente notice de Michel Fleury, il est possible de suivre, presqu’à la note près, les péripéties des aventures de Hialmar, l’enfant, au travers d’un enchaînement d’épisodes, rêves fantasques qui se glissent et s’emboîtent les uns dans les autres, totalement dépourvus de logique diurne. Toutefois, l’œuvre s’impose avec une telle force par la poésie du son, la magie des timbres, le chatoiement de couleurs, la sensualité des textures, l’inspiration mélodique, l’invention rythmique et la puissance des houles orchestrales que l’écoute dans l’absolu suffit à enflammer l’imaginaire de l’auditeur. Jusqu’à l’insolite—une voix qui soudain s’élève—se coule sans problème dans le flot orchestral. La musique reste partout l’illustration inspirée du récit, cependant, et la voix étoffée et chaleureuse d’Aline Martin signale l’apparition, au détour d’un songe effrayant, de la nourrice de Hialmar, qui le rassure par ses envolées lyriques et l’apaise par ses ensorcelants graves profonds. Sinon simplement à l’air du temps, Schmitt fait une possible allusion à la «Laideronnette» de Ravel lors du septième et dernier épisode, «Le Parapluie chinois», aux thèmes pentatoniques et à l’instrumentation percussive ou cristalline.

L’œuvre fait appel à un grand orchestre—bois par trois, harpe, piano, célesta et percussion augmentée presqu’à la balinaise—et le style de l’orchestration colorée et voluptueuse peut faire penser à Dukas et même à Ravel. Les personnages, du Cavalier noir à la Cigogne lasse, vivent dans la poésie de l’instant, exubérants, violents, mélancoliques ou tendres. Jacques Mercier, au timing parfait, soigne le relief orchestral tout en en assurant la perfection du phrasé et la constance du flot, les musiciens de l’orchestre, interprètes convaincus et solistes engagés, attentifs à son moindre geste.

La pièce concertante, Introït, Récit et Congé (1948), doit aussi sa présence ici, sa première au disque, à Stéphane Topakian, fondateur du label Timpani, qui, tout en poursuivant sa collaboration avec Jacques Mercier, a su intéresser à ce projet un fervent défenseur d’œuvres françaises plus rares, le violoncelliste Henri Demarquette. La partition fait appel à un orchestre tout aussi fourni, manié avec la même verve, le même dynamisme rythmique, la même luxuriance de détail et jusqu’à la même scintillante fraîcheur par un Florent Schmitt maintenant septuagénaire, l’ensemble toujours bien défendu par les forces orchestrales lorraines. L’«Introït» ludique et rythmé se dissout dans un «Récit» plus intériorisé dont les longues lignes romantiques se versent dans le «Congé» récapitulatif qui exalte les humeurs contrastées de la partition avant l’éclat final. Ecrite à l’intention d’André Navarra, la partie de violoncelle déferle sans interruption à travers les trois brefs mouvements enchaînés, acrobatique, lyrique et virtuose. Demarquette relève le défi avec ardeur, son beau violoncelle porté sur les instants enjoués, les diaprures et les vagues sonores d’un orchestre épanoui.

Jacques Mercier, au travers de deux précédents enregistrements, avait déjà révélé à un public plus large Salammbô en 2002 (RCA), Antoine et Cléopâtre et Mirages en 2008 (Timpani). Il revient ici en force à la tête de l’Orchestre national de Lorraine pour poursuivre sa défense de l’œuvre de Schmitt avec tout autant de conviction, le souffle de l’interprétation de ces deux œuvres si rafraîchissantes bien capté grâce à l’excellente acoustique de l’Arsenal de Metz. Pour les amateurs de musique française, c’est un programme réussi et donc incontournable. © 2014 ConcertoNet.com





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