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Album Reviews



 
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Bruno Peeters
Crescendo (France), March 2016

En 2005, le Festival de Radio-France révélait la Salomé d’Antoine Mariotte, créée en 1908, et tombée dans l’oubli. On découvrait un musicien plus qu’estimable, certes éclipsé par l’ombre gigantesque de Richard Strauss, mais auteur d’un opéra solide, au langage de son époque, entre le post-franckisme de d’Indy et le naturalisme de Bruneau ou de Lazzari. Cette fois délivrées de tout épouvantail castrateur, les oeuvres présentées par le présent CD se défendent sans doute mieux, et font apparaître un compositeur plus moderne que sa Salomé pouvait laisser entendre. Les deux cycles de piano furent écrits pendant la première guerre mondiale. La suite Impressions urbaines, en cinq parties, s’attache à décrire l’univers industriel : un commentaire de l’auteur précède chaque pièce. Se succèdent ainsi Usines, Faubourgs, Guinguettes, Décombres et Gares. Au travers d’une écriture âpre, d’un chromatisme exacerbé ne craignant pas la dissonance, Mariotte dépeint un monde fou et inquiétant, tantôt éclairé par les gerbes de feu d’un marteau-pilon, tantôt envahi par la brume et la désolation, où le plaisir bien provisoire offert par une guinguette cédera la place à la marche funèbre d’un monde en décombres. Le cycle se termine par une évocation de trains et de locomotives…Cette plongée dans un univers urbain, envahi par les machines, traduite par une écriture pianistique des plus fougueuses, impressionne fort, et semble annoncer quelques cauchemars futuristes. En un certain sens, Mariotte anticipe les peintures sociales que composeront Prokofiev (Le Pas d’acier), Ferroud (Foules), ou Honegger (Pacific 231, Cris du Monde). Loin de cette atmosphère oppressante, le deuxième cycle pianistique, Kakémonos, tout différent, est plus tardif (1925). Comme Roussel ou Jean Cras, Mariotte était marin, et avait, entre autres contrées lointaines, visité le Japon. Il en rapporta ces quatre pièces. Comme les Impressions urbaines, elles furent orchestrées plus tard. Loin de la terreur que peut inspirer le cycle précédent, les pièces de Kakémonos forment des « images sonores » selon le joli mot de Michel Fleury, évocatrices d’un Orient imaginaire, sans aucune citation littérale : panorama descriptif, danse bien rythmée des geishas, reflets d’un temple au crépuscule puis enfin tournoiement d’une fête brillante et joyeuse. Moins agressif, le langage cousine parfois avec celui de Debussy. Entre ces deux pages pianistiques se glissent quatre mélodies, dont trois, sur des poèmes de Fernand Gregh, sont regroupées sous le titre Intimités (1925).Très respectueuses du texte, elles s’inscrivent dans la lignée des mélodies de Duparc. La dernière, Si je t’aime…, se termine par un petit pied de nez interrogatif inattendu. Le charme un peu désuet du Vieux Chemin, sur un poème d’André Dumas, s’exprime par un lent balancement hypnotique du piano. Le léger vibrato de Sabine Revault d’Allones accentue le frémissement de cette musique si douce et si fragile en même temps. Enfin, il faut souligner l’extraordinaire performance de Daniel Blumenthal : grâce à sa virtuosité sans faille et sa faculté d’adaptation exceptionnelle (qui lui fait parcourir—et enregistrer—bon nombre de partitions méconnues), il passe sans encombre, et comme en se jouant, d’un climat à l’autre et fait ressortir l’originalité de l’écriture instrumentale d’Antoine Mariotte, en particulier dans ces étonnantes Impressions urbaines qui, à elles seules, valent l’acquisition de ce disque. © 2016 Crescendo (France)



Christophe Huss
Le Devoir, March 2016

En première mondiale, voici les compositions pianistiques d’Antoine Mariotte (1875–1944). Le langage est moins immédiatement avenant que celui de Bortkiewicz. Cela dit, la redécouverte des « seconds couteaux » de la musique française du XXe siècle est également captivante : on rappellera le travail de Timpani sur Maurice Emmanuel et celui d’Alpha sur Lucien Durosoir, auquel on peut comparer Antoine Mariotte. Même si affranchie de la sphère d’Indy/Dubois, la voix musicale est distincte de celle du courant Ravel/Debussy, dont elle explore l’univers harmonique, avec une hargne que l’on peut rapprocher de Roussel, voire d’un Prokofiev, qui oeuvrait à Paris à la même époque. Dans cet esprit, la partition marquante est Impressions urbaines, cinq tableaux totalisant 38 minutes. Défendu par l’excellent Daniel Blumenthal, le CD compte 12 minutes de mélodies chantées avec style par Sabine Revault d’Allonnes. © 2016 Le Devoir





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