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Télérama, April 2019

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Alain Fantapié
Opéra (France), April 2019

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Pierre Flinois
Classica, March 2019

BRITTEN, B.: Death in Venice [Opera] (Teatro Real, 2014) (NTSC) 2.110577
BRITTEN, B.: Death in Venice [Opera] (Teatro Real, 2014) (Blu-ray, HD) NBD0076V

Apres les intégrales a plusieurs orchestres (Bernstein, Boulez), voici une intégrale Mahler a plusieurs chefs. BR Klassik a ainsi puisé dans les concerts récents (2005-2016) de l’Orchestre de la Radio bavaroise, complétés par la Huitième de studio de Colin Davis (RCA, 1995), apollinienne, aux excellentes voix masculines. Ce ne sont alors pas moins de cinq baguettes qui sont convoquées, meme si l’actuel directeur musical Mariss Jansons se taille la part du lion (Symphonies nos 25et 9), ce qui permettra de passionnantes comparaisons avec les publications RCO Live du Concertgebouw d’Amsterdam dans des approches assez constantes, ou la balance penche parfois du côté de Munich (n° 2, d’un engagement supérieur), parfois du côté des Pays-Bas (n° 5, plus cohérente dans ses changements de tempo, n° 7, récent CHOC, d’une transparence incomparable), et avec une n° 9 limpide, tres classique. Et c’est bien l’orchestre munichois le ciment de cette intégrale attachante et atypique, avec ses timbres denses et rustiques, parfaitement adaptés aux atmospheres terriennes et champetres : cordes graves charnues, percussions franches dans la Symphonie n° 1 tres énergique de Nézet-Séguin, cuivres de bronze toujours nobles, dans la Troisième de Haitink (la force tranquille, trop tranquille meme dans la Quatrième), et parfois bien affutés dans une Sixième d’un étonnant motorisme de Harding. Hormis le film de Tony Palmer, réalisé à même Venise et ses canaux, aucune scène n’a osé noyer le testament de Britten dans le naturalisme. Decker et son décorateur Wolfgang Gussmann non plus, dans cette production de 2008, filmée six ans plus tard. Si elle accentue le côté faustien du thème – l’assimilation du Voyageur initial à un démon de la Mort –, elle s’éloigne de Venise, évoquée à peine en interlude visuel par des photos noir et blanc, années 1900, pour lui préférer un ciel pommelé (la plage du Lido), un mur d’eaux vaseuses (les canaux) ou les parois sombres d’intérieurs ou de rues, concentrant le réalisme sur les costumes, majoritairement blancs. Modernité de bon aloi qui, malgré l’outrance d’un baiser puis d’une étreinte d’un Tadzio nu rêvés par Aschenbach et d’une attaque de l’écrivain quasi pasolinienne sur la plage, ne glorifie pas l’oeuvre comme la version de Deborah Warner à l’ENO dans la beauté de ses éclairages et la cruelle dégradation de l’écrivain (Opus Arte). Daszak se rit ici des difficultés du rôle principal et Melrose est une perfection vocale et théâtrale en ses multiples visages. L’équipe de Madrid est galvanisée par la scène et par la baguette de Pérez, à son meilleur. © 2019 Classica



Jean-Luc Clairet
ResMusica.com, February 2019

On croyait tenir un classique définitif avec la mise en scène de Deborah Warner à l’ENO (DVD Opus Arte). Celle de Willy Decker pour Madrid va plus loin encore.

Le temps a joué pour l’ultime opéra de Britten et la froideur critique qui l’accueillit en 1973 n’est plus de mise. Il s’agit d’un authentique chef-d’œuvre. Composé, comme les neuf autres opéras du compositeur anglais sur un excellent livret (Myfanwy Piper), on y retrouve ce qu’on a aimé dans le film de Visconti (sorti peu avant et que Britten n’a jamais vu) comme dans la nouvelle de Mann, mais aussi les questionnements sans fard du plus grand compositeur anglais du XXe siècle, qu’ils fussent d’ordre musical (il doutait de la pérennité de son inspiration) ou humain. Aschenbach, dans sa quête de la beauté (« Il y a en tout artiste une tendance à prendre parti pour la beauté », énonce-t’il à la scène 5), c’est Britten. Et c’est chacun. Ce portrait d’un homme que son art a détourné de son corps est un chant du cygne (Britten est mort en 1976) qu’électrise jusqu’au dernier souffle le soubresaut de l’inextinguible désir. Mort à Venise ne peut laisser personne indifférent, le statisme de son vibrant propos étant largement compensé par le kaléidoscope ensorcelant de ses 17 tableaux.

Aussi fluide que Warner dans son aisance à ressusciter la Sérénissime, Decker aligne des images plus mémorables encore. Ce DVD vient rappeler à propos non seulement l’esthète (sa Traviata, sa Tote Stadt sont des modèles) mais aussi le lecteur qu’il a toujours été, à même d’immerger le spectateur dans le cœur d’une œuvre. L’immaculé de magnifiques costumes proustiens dialoguant avec la bigarrure de l’interlope, vient rappeler qu’un metteur en scène qui ne transpose pas n’est pas exempté de génie.

Installé sur un sol qui autorise de fascinants effets de miroirs, ce Mort à Venise se vit comme un voyage touristique et comme un voyage intérieur. Ce qu’on voit comme ce qu’on pense est sur scène. Le premier tableau donne le ton avec Aschenbach dans son bureau dominé par l’Homme de Vitruve dessiné par Da Vinci en modèle architectural et figure idéale de la création divine. Les énigmatiques personnages que le héros de Britten croisera sur la route de sa fin, qui le conduiront à la redécouverte de son corps, et que le compositeur confie au même chanteur, habituellement vus comme la Mort ou le Diable, sont présentés par Decker comme une émanation de son ombre double, ce qui est beaucoup plus intéressant. Le metteur en scène, convoquant Le Caravage, n’hésite pas à dénuder les protagonistes pour d’impressionnantes scènes de fantasmes (The Games of ApolloThe Dream). Il fait de Tadzio un être beaucoup moins évanescent et inatteignable que d’ordinaire, allant jusqu’à supposer que le jeune homme qui ne joue pas au ballon comme les autres, désiré de tous, l’est aussi par sa mère. Pas de mort du héros face à l’Adriatique avec un Tadzio pointant l’horizon : le jeune garçon, probablement futur Aschenbach, fuit à toutes jambes vers son propre avenir.

Donnent corps et âmes à ce travail extrêmement fouillé un John Daszak sous postiches méconnaissable, un Leigh Melrose aux sept identités, aussi déchaîné que le héros des récents Split et Glass de Shyamalan, le subtil Tadzio muet de Tomasz Borczyk. Anthony Roth Costanzo apporte l’immatérialité de son contre-ténor à la Voix d’Apollo, Duncan Rock son timbre à la John Shirley Quirk au Clerc anglais, tandis qu’une petite trentaine  de rôles sont parfaitement tenus par la foultitude des comprimarii du voyage. La direction envoûtante d’Alejo Pérez magnifie l’Orchestre de solistes du Teatro Real, achevant de faire d’un opéra longtemps toisé un classique.

Le regard de François Roussillon, artisan exemplaire que l’on sait, fait de sa caméra le troisième œil de ce spectacle en tous points remarquable. Un autre classique. © 2019 ResMusica.com




Benoit Fauchet
Diapason, February 2019

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Laurent Bury
Forum Opera (France), December 2018

Tout comme il y a le bleu Klein, il y a le bleu Gussmann. Wolfgang Gussmann, décorateur de théâtre allemand, est le représentant d’une esthétique qui connut son heure de gloire sur les scènes parisiennes dans les années 1990-2000, mais qui n’y revient plus guère qu’à la faveur de reprises de spectacles déjà anciens. Wolfgang Gussmann ne travaille plus qu’avec deux metteurs en scène, Andreas Homoki (personne n’aura pu oublier leur Femme sans ombre, venue au Châtelet en 1994, mais c’est à un autre artiste que Homoki a fait appel pour le David et Jonathas vu Salle Favart en 2013) et Willy Decker ; ce dernier n’a plus été réinvité à l’Opéra de Paris depuis que Nicolas Joël avait fait venir sa production de La Ville morte en 2009. C’est en 2008, à Barcelone, qu’a été créé leur Death in Venice dont Naxos commercialise à présent la captation réalisée à Madrid en 2014. Peu importe qu’il ait fallu attendre dix, cela en valait la peine car le résultat se place tout en haut de la vidéographie de l’œuvre, pourtant non négligeable comme nous le rappelions lors de la parution du DVD Opus Arte immortalisant la mise en scène de Deborah Warner.

Et si ce compte rendu s’ouvre avec Wolfgang Gussmann, c’est parce que cette captation est un régal pour le regard et pour l’esprit. Responsable des décors (et en partie des costumes), Gussmann a su respecter les différents lieux de l’action et même en ajouter quelques autres que le livret ne prévoyait pas. D’un opéra constamment menacé par le statisme ou l’abstraction, Willy Decker a su tirer le meilleur, en s’autorisant le juste degré de liberté pour mieux porter le sens de l’œuvre. Aschenbach a ici un peu la tête qu’il avait dans le film de Visconti, et les costumes situent clairement l’action vers 1910. Venise est présente à travers quelques photographies en noir et blanc, mais pour le reste, l’évocation se fait plus schématique : le lido se réduit à un immense ciel bleu parsemé de nuage, qui se reflète sur un sol-miroir, avec un ponton mobile. Pour visualiser l’obsession qui s’empare peu à peu du héros, nous le voyons visiter un musée où est exposé un gigantesque tableau très inspiré de la toile du Caravage Garçon présentant une corbeille de fruits ; évidemment, le garçon a les traits de Tadzio, dont le visage revient aussi en superposition sur les vagues de la lagune, et sur les panneaux que porte le chœur lors d’une scène de paroxysme (on se rappelle un procédé similaire dans La Ville morte). Et tout comme la présence maléfique, confiée au baryton, se présente sous sept visages différents, un groupe de personnage au maquillage outrancier incarne à la fois la troupe d’acteurs, les marchandes et les mendiants qui harcèlent Aschenbach. Ces détails renforcent la cohérence d’un spectacle qui appelle un chat un chat, en transformant l’apparition d’Apollon en ballet fantasmatique durant lequel un double du héros embrasse Tadzio sur la bouche et danse un tango avec le jeune garçon nu.

Comme l’ont prouvé la réussite éclatante de Billy Budd et le non moins grand succès de Gloriana, le Teatro Real réalise depuis quelques années un sans faute en enchaînant les spectacles britténiens. Par sa distribution, ce Death in Venice s’approche des sommets, si l’on excepte l’Apollon nasal et geignard – aux interventions heureusement fort brèves – d’Anthony Roth Costanzo. Alors qu’il n’était que l’Employé britannique et le Guide en 2008, Leigh Melrose prend du galon et incarne cette fois la Mort à travers ses différents visages : l’acteur est virevoltant, diabolique, inquiétant de perversité, et il est bien agréable d’entendre le rôle confié à une voix encore jeune et sonore. Cette dernière remarque vaut aussi pour l’Aschenbach : ce marathon (le héros est presque constamment en scène) semble être une promenade de santé pour John Daszak, habitué à des personnages autrement plus tendus – il interprète régulièrement Sergueï dans Lady Macbeth de Mzensk, mais c’est en Zinovy qu’on l’entendra prochainement à Paris. Duncan Rock est superbe d’émotion contenue dans la scène où l’Employé britannique évoque le choléra. Cerise sur le gâteau : c’est un jeune acteur polonais qui incarne Tadzio, dont la blondeur tranche inévitablement sur le physique des figurants espagnols dont il est entouré.

Dans la fosse, Alejo Pérez confirme son adéquation avec cette musique du XXe siècle qu’il est dirige le plus souvent. L’orchestration de Britten est traitée avec tout le soin qu’elle mérite, et l’on regrette une fois de plus que Paris ne se décide toujours pas à présenter cette œuvre qui, sans égaler peut-être les sommets de la production britténienne, n’en constitue pas moins un des titres appelés à s’inscrire durablement au répertoire des maisons d’opéra. © 2018 Forum Opera (France)



Jean-Baptiste Baronian
Crescendo (France), November 2018

Filmé le 17 et le 19 décembre 2014 au Teatro Real de Madrid, l’opéra en deux actes Mort à Venise de Benjamin Britten, créé au Festival d’Aldeburgh en juin 1973, vient enfin de paraître en DVD. Comme on le sait, il narre les derniers moments d’un écrivain allemand, qui se rend à Venise, alors que la ville est en proie à une épidémie de cholera cachée par les autorités locales, dans l’espoir de renouveler son inspiration, et qui est fasciné par la beauté d’un adolescent polonais en villégiature avec sa famille. Autant dire que l’argument de ce sombre drame lyrique, adapté d’une nouvelle de Thomas Mann, est l’éternel et effrayant combat entre Eros et Thanatos, un thème cher au compositeur anglais, lequel a écrit là une musique suave, aux limites de l’atonalité, alternant les passages chantés et les airs de danse, dans une suite de dix-sept scènes assez courtes, mais le plus souvent des plus suggestives.

La mise en scène de Willy Decker est toute pudique, ce qui n’exclut pas des passages montrant clairement l’attirance sexuelle qu’éprouve l’écrivain envers le jeune garçon et les rêves obsédants que ce dernier suscite chez lui. Elle rappelle parfois les séquences du film éponyme tourné par Luchino Visconti en 1971, avec Dirk Bogarde dans le rôle principal. Quant aux décors, ils sont sobres, presque minimalistes, avec d’heureuses trouvailles, notamment ceux du luxueux palace où se déroule une grande partie de l’action. On ne peut que saluer la performance du ténor britannique John Daszak, présent sur la scène d’un bout à l’autre de l’opéra, sans jamais cabotiner, le rôle d’un personnage agonisant et torturé pouvant se prêter à de très désagréables excès. Et saluer en même temps le chef argentin Alejo Perez, tout récemment nommé directeur à l’Opéra des Flandres, qui a assimilé Benjamin Britten à la perfection. © 2018 Crescendo (France)



Jean-Charles Hoffelé
Avant Scène Opéra, November 2018

Peu à peu le Tetro Real assemble un cycle Britten qui vise à la perfection. Hier nous saluions un exemplaire Billy Budd, aujourd’hui nous parvient la captation élégante et profonde, réalisée par les caméras de François Roussillon, de Mort à Venise selon Willy Decker. Les madrilènes voyaient pour la première fois l’ultime opéra de Britten alors même que les catalans avaient eu au Liceu la primeur de cette même mise en scène dès 2008. Willy Decker, auteur d’un Peter Grimes d’anthologie, montre décidément bien des affinités électives avec l’univers de Britten : sa régie inféode la scène à la musique, une aubaine pour une œuvre comme Mort à Venise, toujours aux frontières de l’onirisme, dont l’orchestre gris et le gamelan obsessionnel règlent des paysages émotionnels subtils que reflètent les incessants changements de décors. L’eau grise et morte de la lagune, l’azur libérateur du Lido, Tadzio, son maillot de bain arraché par ses camarades de jeux, dansant nu corps à corps avec Aschenbach puis l’embrassant sur la bouche dans une vidéo onirique, tout ici est montré autant que la musique de Britten se plaît à désigner.

Car pour Willy Decker, Aschenbach c’est Britten lui-même, conscient de la maladie, de l’approche de la mort, pour qui le désir n’est plus qu’un rêve que seul Tadzio pourrait réinventer, comme le montre une scène terrible où tous les hommes soudain dénudés viennent se proposer à l’écrivain impuissant. Cette plongée dans l’inconscient du créateur ­ que ce soit Britten ou Mann ­, si elle fait écho au film de Visconti, ne le cite jamais, distance libératrice qui force les chanteurs à devenir entièrement leurs personnages.

Le tour de force de Leigh Melrose endossant les innombrables caractères dont Britten l’a chargé, laisse pantois, mais pas autant que l’incarnation effrayante de John Daszak, Aschenbach faisant face à sa propre mort, étranglé de désir devant un Tadzio moins énigmatique qu’à l’habitude, incarnation d’un désir inextinguible que souligne encore l’orchestre méphitique, bariolé d’un orient de choléra, que distille avec une sorte de perversion empoisonnée Alejo Pérez. La plus accomplie des Mort à Venise au DVD ? En tous cas une alternative indispensable au spectacle moins provocateur de Deborah Warner. © 2018 Avant Scène Opéra



Serge Martin
MAD (Le Soir), October 2018

VERDI: GIOVANNA D’ARCO DVD Decca
BRITTEN, B.: Death in Venice [Opera] (Teatro Real, 2014) (NTSC) 2.110577
VERDI, G.: Macbeth [Opera] (Teatro Massimo, 2017) (NTSC) 2.110578
BRITTEN, B.: Billy Budd [Opera] (Teatro Real, 2017) (NTSC) BAC154

Nous allons vivre ce débat au travers d’une double expérience chez deux des plus grands dramaturges musicaux de l’histoire du genre : Verdi et Britten.

VERDI, « MACBETH » ET « GIOVANNI D’ARCO »

De tous les compositeurs lyriques, Verdi est sans doute celui qui a été le moins bien servi par le DVD. Pénurie de grands chefs (il n’y en a jamais eu beaucoup, de Toscanini à Abbado) ou, hormis un peu Pappano et Chailly, rareté ou absence du DVD des plus grands (Gatti, Arrivabeni ou Ruscioni), déroute des mises en scène entre le désuet et l’abscond, absence de réelles grandes voix verdiennes, les explications se bousculent sans toujours convaincre. Deux parutions récentes, sans démériter, posent clairement le problème.

Anna Netrebko, une des grandes stars du moment, incarnait en 2015 Giovanna d’Arco pour le retour à la Scala de l’opéra sous la baguette de Chailly. Un rôle très complexe car sa première partie exige une rigueur très belcantiste et la seconde une évidente force dramatique. C’est cette dernière qui sied idéalement aux moyens actuels de la soprano russe mais, en dépit d’une certaine réserve, elle négocie fort élégamment les exigences de la première. Il faut dire que le personnage est ambigu entre la petite fille pourchassée par un père possessif, fort justement incarné par un Alvarez bien en voix, et le héros représenté par le roi auquel Melli prête tout son héroïsme.

C’est bien entendu la dimension de l’énergie et de l’expressivité que privilégie la direction de Chailly qui signe quelques beaux ensembles. Encore fallait-il donner un vrai souffle à ce drame boiteux : ce sera l’échec (encore un) de la mise en scène racoleuse, inutilement statique et parfois infantile (le roi Carlo franchement idiot sur son cheval de bois !) du tandem Moshe-Leiser.

La seconde proposition nous vient du Teatro Massimo de Palerme où, en 2017, Emma Dante s’attaquait à Macbeth. On connaît les partis pris de cette grande dame du théâtre italien qui ne lui ont pas toujours réussi à l’opéra. Ici la dimension populaire gérée dans un beau maniement des foules, les projections fantasques dans le traitement des sorcières, le juste jeu des couleurs, le rouge du sang et les ors du pouvoir rendent au récit toute sa cruauté écrasante.

Dans les deux rôles clés, Roberto Frontali et Anna Pirozzi proposent des incarnations impliquées sans histrionisme qui renforcent encore la noirceur prégnante de leur personnage. De bons comprimari (le Banquo de Marco Mimica, le Macduff de Vicenzo Costanzo), un orchestre et des choeurs très impliqués sous la baguette de Gabriele Ferro, achèvent de donner à l’ensemble un poids fatal.

Tout est ici, avec des moyens modestes, affaire d’honnêteté artistique et intellectuelle. Serait-ce la clé aujourd’hui des grands Verdi ?

BRITTEN, UN COMPOSITEUR QUI NE CESSE DE FAIRE LA UNE

Longtemps dénié par les apprentis sorciers d’une modernité radicale, Benjamin Britten prend depuis trente ans la stature d’un des vrais géants de l’opéra du XXe siècle. Deux réalisations récentes, toutes deux venues du Teatro Real de Madrid, nous en offrent la démonstration éclatante. Et chaque fois, un grand metteur en scène est à la manoeuvre. Willy Decker restitue à Death in Venice toute sa violence expressionniste secrète.

John Daszak incarne un Aschenbach torturé et déchirant, dans sa fascination coupable pour la beauté du jeune Tzadio. Autour de lui s’agitent les personnages, souvent agressifs de la foule des bourgeois, des ados insolents qui renforcent encore l’impression d’isolement d’un écrivain qui est occupé à devenir maudit. Les décors de Wolfgang Gussmann travaillent comme d’habitude superbement la verticalité de la scène et Alejo Perez nous donne une lecture sobre mais sans concession aucune de la partition. Une belle lecture personnelle qui ne fait pourtant pas oublier celle de Deborah Warner.

Or c’est justement cette dernière que l’on retrouve à la barre de Billy Budd et l’expression trouve toute sa portée dans la mesure où la metteuse en scène anglaise, avec l’aide de l’inventif scénographe Michaël Levine, nous fait littéralement vivre à bord d’un navire dans l’univers étouffant de cordages enchevêtrés où le pont se soulève un instant pour faire apparaître le sordide des dortoirs où les marins sont couchés dans leurs hamacs qui se frôlent. Juste ce qui faut pour évoquer les affinités troubles d’un livret qui suggère beaucoup mais ne montre rien.

Tous les protagonistes sont minutieusement décrits autour d’un imposant trio central : le Captain Vere, mélange idéal de retenue austère et d’humanité souffrante de Toby Spence, le Claggart, d’une méchanceté d’autant plus écrasante qu’elle est toujours maîtrisée de Bridely Sherrat et le Budd, de Jacques Imbrailo, à la fois insolent et absent, d’une luminosité qui subjugue dans cet univers d’une incroyable noirceur. Cette violence contenue, Ivor Bolton, si souvent anecdotique, la restitue avec une minutie obsédante.

Point n’est besoin de s’interroger sur le succès de ces deux réalisations. Leur clé est des plus simples : elles sont lisibles. © 2018 MAD (Le Soir)



François Lafon
Musikzen

Madrid, capitale brittenienne ? On le dirait bien, ce Mort à Venise, dernier ouvrage du compositeur (1973), couronnant une série où même le rare Gloriana a été un succès. Avec ce spectacle filmé en 2014, importé de Barcelone (autre capitale brittenienne) où il a été créé en 2008, le metteur en scène Willy Decker et son scénographe Wolfgang Gussmann donnent du mouvement à cette œuvre qui en manque, le calvaire intérieur de Gustav von Aschenbach étant traité par Britten de manière beaucoup plus symbolique que par Luchino Visconti au cinéma : groupe carnavalesque en regard des sept visages de la Mort incarnés par le baryton, tango non moins mortel du vieil écrivain avec le jeune Tadzio, le tout dans un univers mouvant  évoquant la lagune infestée par le choléra. Chantée dans le style requis par le ténor John Daszak (Aschenbach) et le baryton Leigh Melrose, dirigée par le spécialiste Alejo Pérez, la musique, formellement belle mais elle aussi menacée par le statisme, en est gagnée par une sorte d’apesanteur, évoquant un ailleurs que les autres interprétations filmées de l’ouvrage (même celle de Deborah Warner – Opus Arte) ont du mal à atteindre. © Musikzen





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