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Nicolas Derny
Diapason, September 2019

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Alexandre Jamar
Forum Opera (France), August 2019

Les résurrections d’opéras se font de plus en plus rares de nos jours. A l’heure où chaque maison se vante d’avoir redécouvert un énième chef-d’œuvre oublié, il devient de plus en plus difficile de réparer de véritables injustices, tout simplement car elles n’existent plus. C’est en tout cas ce que l’on pouvait penser jusqu’à la récente production de Das Wunder der Heliane à la Deutsche Oper Berlin. De son compositeur, Erich Wolfgang Korngold, on connaît surtout cette autre grande page lyrique qu’est La ville morte. Les raisons de l’oubli de la première sont multiples : malgré une création en 1927 très attendue, l’opéra est mis en pièce par la critique viennoise pour une histoire de luttes intestines entre écoles, qui dépassait bien le pauvre Korngold. De plus, le sujet presque religieux ne trouve pas son public : les méditations sur l’amour, le désir et la rédemption ne sont plus de mise sous la République de Weimar, qui découvre déjà le music-hall et le jazz. Rapidement retirée du répertoire, mise au ban par les nazis durant quelques années, l’œuvre n’est rejouée qu’en 1970 à Anvers et n’est enregistrée pour la première fois qu’en 1993.

Ce n’est donc pas une surprise d’apprendre que ce DVD édité par Naxos (et dont nous parlait déjà Laurent Bury en février dernier) est la première captation vidéo de l’œuvre. Aurait-on pu choisir une meilleure production que celle-ci ? Le spectacle de Christoph Loy est d’une simplicité bouleversante : face à la débauche vocale et orchestrale, le choix d’un décor unique, fait d’élégants panneaux de noyer, d’une volée de fenêtre et d’une table, est tout à fait justifié. Cette apparente aridité permet au metteur en scène de déployer une direction d’acteurs limpide. Chaque personnage est finement analysé, et la tension psychologique nécessaire à l’ouvrage est palpable tout du long.

Côté distribution, Heliane est comparable à La ville morte : l’intensité de la partition requiert des gabarits hors-norme, mais la finesse de la musique ne permet pas non plus de placer n’importe quel braillard sur scène. Ici, l’équilibre est atteint avec un plateau quasi irréprochable. Burkhard Ulrich possède juste encore assez de voix pour proposer un Juge aveugle crédible dans sa vieillesse. Malgré un rôle de Portier plutôt modeste, le timbre profond et touchant de Derek Welton ne passe pas inaperçu. Okka von der Damerau est une Messagère acide et abrasive comme il se doit. Le timbre n’est pas toujours séduisant, mais la voix est d’une puissance impressionnante. Le Souverain de Josef Wagner est peut-être le seul à être mis en difficulté : on sent que le baryton-basse frôle ses limites dans ce rôle d’une noirceur impitoyable. La voix finit par tenir bon, et l’investissement scénique du chanteur fait le reste du travail.
Brian Jadge se bat avec une aisance stupéfiante contre la partition. Son assise vocale inébranlable lui permet d’assurer brillamment le rôle de l’Etranger, et il n’y a que quelques défauts d’allemand pour nuancer notre propos. C’est à Sara Jakubiak que reviennent à juste titre les hommages les plus vifs. La voix n’est certainement pas la plus volumineuse de sa catégorie, mais elle chante tout le rôle avec aisance et musicalité, comme le résume admirablement son air du deuxième acte. Défendant son rôle avec une noblesse qui ne verse jamais dans le pathos, elle convainc le public que cette production lui est taillée sur mesure.

Heliane, c’est enfin un orchestre et un chœur chauffés à blanc. Du dernier, on note les interventions musclées et puissantes, ainsi que le soin qui est apporté dans sa circulation sur la scène. Emmenés par Marc Albrecht, les musiciens de l’orchestre de la Deutsche Oper tirent toute la saveur et la force de cette partition enflammée, qui sourit à Strauss, bien sûr, mais aussi à Schoenberg ou Zemlinsky. Le lyrisme de certaines pages n’est d’ailleurs pas sans anticiper la carrière à venir de Korngold dans la musique de film.

Si Heliane finit par adopter la place qu’elle mérite dans le répertoire, cet enregistrement sera sans aucun doute très haut placé dans la discographie de l’œuvre. © 2019 Forum Opera (France)



Jean-Charles Hoffelé
Avant Scène Opéra, July 2019

KORNGOLD, E.W.: Wunder der Heliane (Das) [Opera] (Deutsche Oper Berlin, 2018) (NTSC) 2.110584-85
KORNGOLD, E.W.: Wunder der Heliane (Das) [Opera] (Deutsche Oper Berlin, 2018) (Blu-ray, HD) NBD0083V

Le disque aura rendu justice au Miracle d’Héliane, récemment encore, Naxos publiant la résurrection de l’œuvre tentée par Fabrice Bollon à Freiburg (voir notre compte rendu) justement fêtée voici peu dans nos colonnes.

Une année plus tard, la Deutsche Oper de Berlin confiait l’œuvre à la dramaturgie épurée de Christof Loy qui signe ici son plus parfait spectacle depuis son imparable Lulu de Covent Garden. On trouvera la même économie dans les costumes—modernes et intemporels—et l’usage expressionniste des éclairages, avec ces close-up, cette omniprésence du noir qui font entrer dans l’orchestre saturé de couleurs, beau comme un Klimt, voulu par Korngold, un univers cinématographique d’avant le technicolor sans que jamais entre l’œil et l’oreille ne s’immisce le moindre hiatus.

C’est que Christof Loy impose une direction d’acteurs où malgré les épreuves irradie l’Héliane idéale de Sara Jakubiak, admirable incarnation d’amoureuse absolue face à un Étranger stupéfiant de présence, et qui a la voix exacte du rôle, si proche de celle de l’Empereur de la Frau ohne Schatten : Brian Jagde, écoutez seulement.

Face à ce couple absolu, le Herrscher de Josef Wagner a beau déployer ses trésors de noirceur, son chant mordant, la Botin venimeuse d’Okka von der Damerau conduire le procès des adultérins, c’est la lumière de la rédemption qui s’imposera.

Si l’Héliane de Jakubiak peut nous donner par la splendeur de son chant une idée de ce qu’y produisait en termes de sensualité Lotte Lehmann (espérons que sa Marietta sera aussi documentée), l’ajout majeur ici reste l’orchestre ardent, sensuel, violent qu’y distille Marc Albrecht, conduisant le chef-d’œuvre méprisé de Korngold sur la délicate ligne de crête qu’il avait choisie : entre les splendeurs de l’ancien monde de Richard Strauss et l’âpreté expressionniste de la Seconde École de Vienne. Venant d’un chef rompu aux ouvrages lyriques de Berg comme à ceux de Strauss, cela n’étonnera pas. Qu’il tente maintenant Violanta et Die tote Stadt. © 2019 Avant Scène Opéra





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