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Album Reviews



 
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Jean-Luc Clairet
ResMusica.com, January 2020

WAGNER, R.: Fliegende Holländer (Der) [Opera] (Theater an der Wien, 2015) (NTSC) 2.110637
WAGNER, R.: Fliegende Holländer (Der) [Opera] (Theater an der Wien, 2015) (Blu-ray, HD) NBD0099V

Quatre ans d’attente pour la parution du Vaisseau fantôme qu’Olivier Py mis en scène au Theater an der Wien en 2015. Il s’agit pourtant de l’une de ses meilleures réalisations.

Der Fliegende Holländer commença sa carrière pile au moment où s’achevait celle du Vaisseau fantôme (ou le Maudit des mers) de Pierre-Louis Dietsch. Rappelons comment le jeune Wagner avait vendu l’argument de son futur opéra à Léon Pillet, directeur de l’Opéra de Paris, lequel, après l’avoir fait mettre en mots par Paul Foucher et Bénédict-Henri Révoil, le fit mettre en musique par son ami Dietsch. Choix funeste qui priva la France des débuts, dans la capitale, du futur géant de l’opéra. Marc Minkowski, dans la foulée de son enregistrement Naïve de 2013 (judicieuse parution qui confrontait les deux rivaux), répare cette injustice en dirigeant avec fougue les trois actes de la version originale de 1841, sans entracte et sans rédemption, du premier chef-d’œuvre wagnérien.

Pierre-André Weitz hypnotise une fois encore avec le pile et la face d’un décor qui donne à voir la proue des bateaux et la psyché des personnages (celle-ci culminant au II dans un invraisemblable enchevêtrement des espaces mentaux) mais aussi la mer (superbe envahissement marin d’une longue vague noire au finale). Le noir, le blanc, la table de maquillage, l’ampoule, la craie, le crâne, la lune, les ombres chinoises, le mouvement perpétuel, la classe costumière de la « Weitz touch », … le vocabulaire scénique est familier mais il fonctionne à plein régime dans le noir scénario de ce remuant voyage intérieur où Satan (premier corps perceptible du spectacle) conduit le bal. Les lumières dans la brume de Bertrand Killy percent avec génie la claire-voie de lattes de bois fuyant dans la perspective d’un dispositif aux allures de camera oscura. Quelques idées bienvenues (la mort solitaire de Senta dès l’Ouverture, Mary en Mädel du Steuermann, le traitement marchand du corps féminin, le couple Doppelgänger Holländer/Daland, des partitions plutôt que des rouets…) rajeunissent une vision spectaculaire (la levée de croix au sol pendant le Monologue du I, le Grand Huit de la fête du III) et désespérante où la quête de l’Erlösung achoppe sur le dessillement de l’Erwartung.

Quelques-uns des grands wagnériens du moment : après Bayreuth, le Hollandais ténébreux et léger de Samuel Youn, après Genève la Senta fiévreuse d’Ingela Brimberg, mais aussi de nouveaux (bien)venus : le Georg (futur Erik) follement romantique de Bernard Richter (ex-Pilote de l’enregistrement Naïve), le Donald (futur Daland) grand format de Lars Woldt. Un Steuermann gracieux (Manuel Günther) et une Mary bien présente (Ann-Beth Solvang), un Arnold Schoenberg Chor grandiose autant que prêt à tout, complètent l’excellent plateau réuni par le Theater an der Wien. Choyée par la caméra de François Roussillon, une version à ranger tout près du coup de maître d’Harry Kupfer (DVD DG) pour Bayreuth. © 2020 ResMusica.com




Laurent Bury
Forum Opera (France), December 2019

WAGNER, R.: Fliegende Holländer (Der) [Opera] (Theater an der Wien, 2015) (NTSC) 2.110637
WAGNER, R.: Fliegende Holländer (Der) [Opera] (Theater an der Wien, 2015) (Blu-ray, HD) NBD0099V

En 2005, pour son coup d’essai wagnérien, Olivier Py réussissait un coup de maître, avec un inoubliable Tristan présenté à Genève en février, suivi en septembre, sur la même scène, d’un sulfureux Tannhäuser. S’en était suivi un long silence wagnérien, de dix ans, rompu seulement en 2015, avec Le Vaisseau fantôme à Vienne, que suivrait en 2018 un Lohengrin, à Bruxelles. C’est maintenant seulement que le label Naxos commercialise en DVD ce Fliegende Holländer qui avait marqué les retrouvailles du metteur en scène avec un compositeur qui lui avait si bien réussi. Evidemment, en dix ans, beaucoup d’eau a passé sous les ponts, et surtout, Olivier Py a signé beaucoup de productions d’opéra, trop peut-être. Impossible, lorsque l’on travaille pour la scène lyrique à un rythme aussi soutenu, de se renouveler à chaque fois. Difficile de ne pas donner parfois l’impression de pratiquer l’autocitation.

Avec la fidèle complicité de Pierre-André Weitz, Py « fait du Py », bien entendu, mais il le fait très bien. Bien sûr le décor tournoie, se décompose et se recompose de manière vertigineuse, dans un noir et blanc superbement éclairé, mais on se dit aussi parfois que la mécanique tourne un peu à vide. En rester là serait pourtant passer à côté de tout ce qui est réussi dans ce spectacle fort, où l’œuvre entre en résonance avec les grands thèmes de la Pyétude. Avec son obsession de la rédemption, sa présence du mal et de l’enfer, Le Vaisseau fantôme parle à la Pyété, qui nous montre le diable en personne évoluant au milieu des acteurs du drame. Les tics pyesques sont juste là comme une légère piqûre de rappel : Senta écrit à la craie Erlösung sur le décor, et ce mot se changera finalement en Erwartung, et Satan se maquille en diable devant une petite coiffeuse à miroir éclairé d’ampoules ; ce même figurant-danseur revient, entièrement nu, jonché sur une balançoire, tandis qu’une figurante nue avait été Senta vendue au Hollandais par son père. Pour le reste, cet univers sans bateau—à moins que la pointe triangulaire du décor rotatif et monumental soit censée évoquer la proue d’un paquebot ?—et sans matelots, où la mer fait quand même son apparition dans la dernière scène, renvoie à l’esthétique des films muets, avec robes années 1920 pour les dames, costumes trois pièces pour les messieurs. « Si à son père elle est fidèle, elle le sera aussi à son époux » espère le Hollandais : est-ce pour cela que le personnage apparaît d’abord comme un sosie du père de Senta (non pas Daland ici, mais Donald, version originale oblige) ?

En 2009, le très baroqueux Marc Minkowski dirigeait Les Fées au Châtelet. En 2013, année du bicentenaire de la naissance de Wagner, il avait commencé par reconstituer le programme proposé par Wagner aux Viennois en 1863, puis avait enchaîné quelques mois plus tard avec un projet assez fou, donnant la même soirée Le Vaisseau fantôme de Louis Dietsch, suivi par Der fliegende Holländer. Ce concert, et le disque qui en avait découlé, avaient permis au chef de français de roder son Wagner. Deux ans après, si Minkowski dirige toujours le même orchestre—le sien, avec son identité sonore qui tient à l’utilisation d’instruments anciens—au Chœur de chambre philharmonique estonien a succédé l’excellent Chœur Arnold Schönberg, partenaire de la plupart des spectacles donnés au Theater an der Wien.

Parmi les solistes, on retrouve aussi plusieurs des protagonistes du Fliegende Holländer donné en mai 2013, à commencer par Ingela Brimberg, dont on a pu entendre la Senta à Genève, à Caen ou à Berlin. On reste admiratif devant cette incarnation intelligente, où la soprano suédoise tire le maximum de ses moyens vocaux et scéniques. Propulsé sous le feu des projecteurs lorsqu’il fut amené à remplacer Evgeny Nikitin à Bayreuth en 2012, Samuel Youn est lui aussi devenu un des titulaires avec lesquels il faut aujourd’hui compter : si l’on a connu des Hollandais au timbre plus personnel, sa prestation est suffisamment fouillée pour tenir la route, avec une scène finale particulièrement réussie. En 2013, Bernard Richter n’aurait dû être que Steuermann mais c’est finalement Georg (Erik dans la version traditionnelle) qui lui fut confié, et il y a tout lieu de se réjouir lorsqu’on retrouve ici le ténor suisse, toujours très en voix. Lars Woldt propose le juste dosage de comique pour son personnage, sans perdre de vue ses exigences strictement vocales. Si le Pilote de Manuel Günther paraît vraiment très léger de timbre, la Mary d’Ann-Beth Solvang est bien le mezzo chaleureux que l’on attend. © 2019 Forum Opera (France)




François Lehel
Opéra (France), December 2019

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