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Alfred Caron
Avant Scène Opéra, September 2017

Filmée au Festival de Bregenz 2015, cette production de Turandot est tout à la fois un tour de force technique et une remarquable réussite.

Répondant aux exigences de la grande scène flottante du lac et de ses 7000 spectateurs, Marco Arturo Marelli a imaginé un spectacle qui concilie avec une remarquable intelligence la dimension visuelle grandiose et une plongée dans les arrière-plans symboliques de l’opéra de Puccini. Pour évoquer le caractère légendaire et mythique de la Chine éternelle du livret, le metteur en scène et décorateur convoque sur le gigantesque plateau rien moins que la Grande Muraille, les fantômes des gardes rouges statufiés et les fameux soldats de terre cuite de l’Empereur Qin, en une vision qui, si elle semble d’abord frôler le kitsch et l’éclectisme, se révèle au fil de la soirée de plus en plus pertinente, inventive et poétique, et culmine dans une apothéose finale hautement jubilatoire. Un plateau tournant monté sur vérins permet de gérer les scènes « secondaires » dans un espace renouvelé. Le trio des Ministres manipulant dans le formol les têtes des prétendants malheureux sur fond de bibliothèque d’archives semble nous renvoyer aux pratiques douteuses d’un régime totalitaire. Toutes les ressources de la technique ont été mobilisées pour éblouir le spectateur et les scènes de foule sont animées par une armée de figurants, d’acrobates et de danseurs. Cette approche ne néglige pas pour autant les aspects intimes de l’œuvre et le portrait de la princesse de glace et de ses rapports avec les autres personnages est d’une totale pertinence psychologique. L’idée d’évoquer, à travers la figure du prince inconnu, le compositeur lui-même et les relations de l’œuvre avec sa biographie introduit un effet de second degré bienvenu qui justifie le caractère fantasmagorique du monde de morts-vivants dans lequel se meut toute l’action.

L’autre atout de cette production est la qualité de la dimension musicale et orchestrale. Sous la baguette magistrale de Paolo Carignani, l’Orchestre symphonique de Vienne offre une lecture d’une incroyable finesse de la partition, donnée ici avec la version du finale de Franco Alfano, dans un équilibre parfait entre souci du détail instrumental et gestion des masses sonores, révélant sans verser dans l’excès la modernité de cet opéra testamentaire si original. Le chœur, regroupé dans la fosse et remplacé sur le plateau par des figurants, y gagne en cohésion, renforçant l’impact des grandes scènes chorales. La distribution vocale vaut surtout pour son homogénéité. La Turandot de Mlada Khudoley peine un peu à stabiliser son émission et unifier ses registres dans la scène des énigmes mais partout ailleurs la beauté de son registre aigu et la subtilité de son incarnation du personnage, dont elle exprime la fragilité cachée, convainquent pleinement. Authentique ténor spinto, Riccardo Massi triomphe brillamment de la tessiture du « Nessun dorma » et personnifie son double personnage avec beaucoup de crédibilité. Avec sa voix inhabituellement charnue et son lyrisme éblouissant, la Liù d’exception de la soprano chinoise Guanqun Yu est incontestablement la révélation de cette production, suivie dans une plus modeste mesure par le jeune baryton-basse Andrè Schuen dont le Ping superbement timbré domine l’excellent trio des Ministres. Seul le Timur de Michail Ryssov paraît un peu ordinaire malgré une basse tout à fait respectable. On l’aura compris, cette production étonnante a de quoi pleinement séduire. Elle fait la preuve qu’il est possible, même en sacrifiant aux exigences d’un public espérant une lisibilité immédiate de l’œuvre et dans un cadre non conventionnel, de rester créatif. Un exemple à méditer. © 2017 Avant-Scène Opéra



Simon Corley
ConcertoNet.com, January 2016

PUCCINI, G.: Turandot (Bregenz Festival, 2015) (NTSC) 731408
PUCCINI, G.: Turandot (Bregenz Festival, 2015) (Blu-ray, HD) 731504

Enfin, l’été dernier à Bregenz, Marco Arturo Marelli, tirant parti de l’immense Seebühne en plein air, a tenté de développer un concept beaucoup plus original, où les idées foisonnent, mais de manière brouillonne et dispersée. Tout part, avant même que les premières notes n’aient retenti, du compositeur qui, à l’avant-scène, devant sa table de travail voisinant avec son lit et son piano, entend un air chinois joué par une boîte à musique—l’anecdote a été effectivement rapportée. On comprend rapidement que ce Puccini, qui rejoint sans tarder le centre du plateau, ne fait qu’un avec Calaf: étrange assimilation, alors que le prince va résoudre les énigmes et conquérir la princesse tandis que le compositeur ne parviendra pas à achever son opéra…Ensuite, la production remixe l’histoire de l’Empire du Milieu à satiété, de la Chine éternelle—grande muraille, armée innombrable en statues de terre cuite, lances, lanternes, oriflammes, éventails, rubans de gymnastique, dragons de nouvel an, idéogrammes—au XXe siècle—prolétaires en casquette et veste col Mao, sbires en longs manteaux de cuir—avec aussi une pincée de Gozzi—pierrot, masques grotesques. Le gigantisme et les effets spéciaux sont emblématiques du lieu, usant de différents niveaux de machinerie, de décors tournants, de projections géantes et de nombreux figurants: jongleurs, mime, meule géante pour aiguiser le sabre du bourreau, petit manège des embarcations sur le lac, le spectateur est certes là pour en avoir plein les yeux, mais la réalisation de Felix Breisach, trop papillonnante, donne rapidement le tournis. Ministres conjuguant complet-cravate du bureaucrate à tout faire—y compris la formolisation des têtes décapitées des prétendants—et arlequinade, empereur en chaise roulante poussée par une accorte infirmière, il ne faut guère chercher de cohérence dans ce show en plein air, qui n’est pas sauvé par une direction d’acteurs prosaïque, voire triviale, et prêtant à sourire, tant les chanteurs se révèlent en outre piètres comédiens. Plusieurs distributions alternent tout au long de l’été, de telle sorte que celle du présent DVD diffère très sensiblement de celle dont il a été rendu compte en son temps par notre site. Si elle semble posséder la puissance requise pour le rôle-titre, Mlada Khudoley ne s’en montre pas moins à la peine: les registres ne sont pas soudés, l’aigu est vacillant, imprécis et criard, les graves inélégants... Riccardo Massi incarne un Calaf modérément assuré, mais qui parvient à donner le change malgré quelques fragilités. Guanqun Yu (Liù) connaît des difficultés dans les extrêmes de son registre et Michail Ryssov est un Timur bien essoufflé, à la différence du trio de ministres, très affûté. La direction de Paolo Carignani est satisfaisante, malgré quelques décalages peut-être imputables aux conditions particulières du lieu. (C Major DVD 731408 ou Blu-ray). © 2016 ConcertoNet.com





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