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Album Reviews



 
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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, August 2017

VERDI, G.: Ballo in maschera (Un) [Opera] (Royal Opera House, 1975) (NTSC) OA1236D
VERDI, G.: Ballo in maschera (Un) [Opera] (Bavarian State Opera, 2016) (NTSC) 739408

Covent Garden en 1975 reprend l’inusable spectacle d’Otto Schenk, pure tradition habile que John Vernon capte platement. L’image a vieilli mais pas forcément le style qui colle au propos de Verdi et respecte cet ouvrage de demi-caractère, plus d’une fois j’y reviens et m’étonne de la justesse, sinon du propos.

Côté musique, c’est la fête absolue, Abbado cherchant le style et jouant classique au contraire de la tension qu’y mettait la même année dans le même théâtre, mais pour le disque, Riccardo Muti qui avait aussi le Riccardo (Gustavus III ici) de Domingo, les notes graves magiques de sa ballade, son personnage de héros romantique tourmenté que ni Pavarotti ni Carreras n’osèrent à ce degré de sombre.

Ricciarelli lui répond, Amelia de style et de feu, dans toute la beauté de sa voix alors à son zénith et dans le simple rayonnement de sa blondeur en scène, plus Desdemona encore qu’Amelia dans son Morro, ma prima in grazia d’anthologie. Rien que pour ces deux-là, la soirée est inoubliable, mais vous aurez aussi Cappuccilli, le plus stylé des Renato, l’Oscar inusable de Reri Grist, et, star locale, la Madame Arvidson si bien chantée mais si peu italienne d’Elizabeth Bainbridge—peu importe ! la production de Londres reprenait la dénomination des rôles historiques : on est en Suède, paraît-il.

Moins d’enthousiasme pour la production de Munich, très intelligente, qui s’ouvre sur Ulrica en Parque tirant les fils du drame, met une touche de cinéma d’entre-deux-guerres dans sa dramaturgie bourgeoise et ses images léchées à force de couleurs froides, faisant le bal dans une chambre, manière peut-être d’expliciter ce drame de l’adultère. C’est bien vu, porté par une vraie direction d’acteurs, habilement filmé, mais ennuie assez vite.

La faute à Zubin Mehta, venu enfin, mais bien tard, à ce Ballo dont il ne tend pas une ligne (il ne faudrait pas lui confronter Mitropoulos), s’abandonnant aux délices des Munichois, les savourant à n’en plus finir, ce qui parfois créé des moments vertigineux lorsque l’orchestre est seul—tout le Prélude de l’Acte II, à tomber par son art évocateur—mais délite le Bal lui-même et tant d’autres moments.

Autre paille, Piotr Beczala égaré dans un rôle dont il n’a ni la vitalité ni les remords, voix désormais sans le soleil des aigus, d’un bloc, loin des élégances d’un Carreras. Il se débride un rien avant de mourir mais la morbidezza lui manque alors. Est-il médusé par son Amelia, Anja Harteros, qui prenait alors le rôle, voix en flamme, style ardent, allant au feu des aigus avec un aplomb qui rappelle pas moins qu’Anita Cerquetti ?

Elle est géniale, emporte la soirée par l’urgence de son chant, là où toute une troupe stylée l’entoure avec admiration et un rien de froideur—mention spéciale à l’Ulrica d’Okka von der Damerau, impeccable. Pour l’étoile Harteros, pour le spectacle aussi, ce Ballo s’écoutera, se regardera, se gardera, en attendant que cette Amelia se fixe au disque d’ici quelques années, une fois que la scène l’aura plus étreinte encore et avec un chef qui lui soit autrement accordé. © 2017 ARTAMAG’



Olivier Brunel
ConcertoNet.com, July 2017

VERDI, G.: Ballo in maschera (Un) [Opera] (Bavarian State Opera, 2016) (NTSC) 739408
VERDI, G.: Ballo in maschera (Un) [Opera] (Bavarian State Opera, 2016) (Blu-ray, HD) 739504

Filmé à l’Opéra d’Etat de Bavière en mars 2016, ce Bal masqué de Verdi, fête de la voix, pâtit d’une mise en scène aussi ridicule qu’incompréhensible. Un véritable gâchis quand on considère la distribution avec, dans les deux rôles principaux, Anja Harteros, probablement le meilleur soprano au monde à ce jour pour défendre ce répertoire, et—hélas!—pour Riccardo non Jonas Kaufmann mais tout de même Piotr Beczala, et la présence de Zubin Mehta pour fêter ses 80 ans, de retour à la tête d’un des meilleurs orchestres lyriques d’Allemagne. On met quiconque au défit de comprendre ce qui se passe dans ce décor unique, un lit géant dans une chambre souterraine vide reliée au monde par un immense escalier en colimaçon. Le metteur en scène Johannes Erath s’est ingénié à brouiller les cartes et le spectateur de cet opéra qui ressemble plus à un film américain n’aura pas même recours à un résumé de l’action, remplacé par un très long et prétentieux laïus d’un conseiller dramatique, Malte Krasting, dont on ne doute pas une seconde des mauvaises intentions pour détruire la dramaturgie du livret de Somma et Scribe, il est vrai un peu ébouriffant mais dont des générations de spectateurs se sont accommodés depuis sa création en 1859. Musicalement, c’est heureusement une belle réussite, avec un orchestre chauffé à blanc par Mehta, qui accompagne les airs avec un maximum de confort pour les chanteurs, un couple de protagonistes presque parfait. Harteros, avec la superbe stature qu’on lui connaît, campe une Amelia, sa première, de très grande classe, vocalement parfaite, ligne royale, legato divin, probablement le rôle verdien qui lui convient le mieux. Piotr Beczala chante Riccardo avec un charme et un naturel réels; si l’aigu lui pose quelques problèmes, il est un partenaire à la hauteur de son Amelia. Belle distribution, avec George Petean crédible en Renato, le Page sans faille de Sofia Fomina mais—hélas!—l’Ulrica vocalement trop débraillée d’Okka von der Damerau, que les costumiers se sont ingéniés à ridiculiser. Il y a assez de trésors dans la vidéographie du Ballo, les deux versions de 1987 et 1991 avec Luciano Pavarotti au sommet, pour s’égarer dans celle-ci. Pour ceux qui voudront, et ils ont raison, ne rien manquer d’Anja Harteros, les autres peuvent passer leur chemin. © 2017 ConcertoNet.com




Jean-Baptiste Baronian
Crescendo (France), May 2017

Créé à Rome en 1859 sur une livret d’Antonio Somma d’après une pièce d’Eugène Scribe, Un bal masqué est le dernier des opéras de Giuseppe Verdi composés dans les années 1850, c’est-à-dire durant la décennie qui a vu naître quelques-uns de ses plus éclatants chefs-d’œuvre : Rigoletto (1851), Le Trouvère (1853), La Traviata (1853), Les Vêpres siciliennes (1855) et Simon Boccanegra (1857). Il est, sans conteste, un des plus réussis d’entre eux, « l’opposition des situations et des caractères », comme l’a relevé Jacques Bourgeois dans sa biographie de Giuseppe Verdi (Julliard, 1978), justifiant une « diversité musicale » incroyablement riche et inventive, tour à tour grave et primesautière, dramatique et bondissante à souhait, dans le sillage direct de La Traviata.

Pour les chanteurs, un tel ouvrage est un formidable cadeau, et la présente distribution montre qu’ils ont tous pris un plaisir fou à l’interpréter et s’échanger les reparties (l’enregistrement a été réalisé à Munich du 3 au 9 mai 2016). Il est vrai qu’ils sont comme électrisés par le metteur en scène Johannes Erath, qui a parfaitement compris qu’Un bal masqué est, d’abord et avant tout, une histoire de dupes et de faux-semblants, chaque personnage portant un masque, au propre et au figuré, et cherchant à faire tomber celui des autres, quitte à commettre l’irréparable.

Du début à la fin de l’opéra, des premières mesures presque impalpables aux dernières, âpres et violentes, le spectateur a sous les yeux le même décor : un gigantesque escalier ressemblant à une passerelle permettant d’aller et de venir. Ou plutôt de fuir. De fuir, de se dissimuler sans cesse. De disparaître. Le symbole est puissant. Et il est magnifié par un grand nombre d’arrêts sur image—une trouvaille, qui s’accorde fort bien au déroulement général de l’action. Et tout cela sous la conduite d’un Zubin Mehta âgé de quatre-vingts ans, plus vert que jamais ! © 2017 Crescendo (France)



Chantal Cazaux
Avant Scène Opéra, April 2017

Pour un beau Ballo en vidéo, il fallait jusqu’ici remonter quarante ans en arrière : soit à Londres en 1975 avec Domingo, Ricciarelli et Cappuccilli sous la direction d’Abbado et dans la mise en scène d’Otto Schenk (DVD Pioneer/Videoland) ; soit à New York cinq ans plus tard avec la même Ricciarelli entourée cette fois de Pavarotti et Quilico, avec le tandem Patanè / Moshinsky (DVD Decca)—deux classiques dans tous les sens du terme. Saluons donc bien bas, en cette captation de la production de Munich 2016, la version moderne du Ballo, qui les rejoint d’emblée dans les sommets de la vidéographie verdienne. Car tout, ici, est de haut vol : direction musicale (magistrale), plateau vocal (qui va de l’excellent à l’anthologique) et mise en scène (qui associe le regard de biais du Regietheater à une élégante beauté plastique), œuvrant tout ensemble à une nouvelle version de référence.

Pour son premier Ballo en scène—à 80 ans ! -, Zubin Mehta est à son meilleur : de la poésie mystérieuse du Prélude à la cruelle mixture de tendresse et de brutalité de la fin, en passant par la sécheresse cinglante des accords d’Ulrica, il conduit une soirée marquée du sceau de la fatalité, dans une urgence dégraissée de toute complaisance. C’est net et terrible.

Très ouvert comme toujours mais ici souple et nuancé—et, à la fin, endurant lorsque Riccardo se charge d’un poids nouveau -, Piotr Beczala maîtrise son rôle vocal de bout en bout. S’il reste comme souvent assez extérieur au personnage, il rend néanmoins justice à son dessin musical jusque dans des sauts de registre de grande classe dans « Di’ tu se fedele ». Pour sa prise du rôle d’Amelia, Anja Harteros confirme son adéquation parfaite avec l’écriture verdienne et sa façon suprêmement élégante d’enrober son investissement dramatique dans une dignité permanente ; la longueur de la tessiture, la projection sans forçage, le panache altier, l’intention toujours coulée dans le geste, tout est leçon. En Renato, George Petean n’a peut-être pas le métal le plus électrisant qui soit, mais il n’en est pas moins extrêmement châtié lui aussi, juste et intense. On l’aura compris : avec de tels interprètes, le trio du II est une merveille d’équilibre réussie comme rarement. Ajoutez, aux deux extrêmes, une Ulrica qui sait doser ses moyens et ne sombre pas dans l’histrionisme, et un Oscar tout sauf pointu, charnu et dramatiquement captivant, et le tableau est complet.

Johannes Erath est un nom assez nouveau, au parcours singulier (et digne d’intérêt) : violoniste de formation (il jouait dans les rangs de l’orchestre de la Wiener Volksoper) puis assistant de Willy Decker, Peter Konwitschny ou Guy Joosten, il a été régisseur plateau de l’Opéra de Hambourg avant de se lancer dans la mise en scène, notamment avec plusieurs créations contemporaines. Voilà donc un metteur en scène qui connaît de l’intérieur musique et technique—ce n’est pas rien. Aux manettes des décors et costumes, il s’adjoint ici Heike Scheele et Gesine Völlm, équipe scénographique habituelle de Stefan Herheim—et gage de ce cachet visuel qui réjouit l’œil sans l’agresser. Dans un univers tout de noir, blanc et gris, un vaste espace Arts Déco déploie son escalier en spirale autour d’un lit—posé au centre d’un pavement en rosace et reflété par son jumeau comme suspendu au plafond. D’emblée, les signaux sont posés, lisibles et qui font sens architectural avant même de faire sens mental : ambiance funèbre de la palette de couleurs, froideur des matériaux (métal, verre, carreau), rigueur des lignes (à la symétrie verticale s’ajoute la géométrie des motifs de décoration). Le jeu des reflets (Ulrica apparaît en rêve à Riccardo derrière un tulle ; dès le début du bal, le cadavre de Riccardo gît, renversé, au plafond) démultipliera celui des faux-semblants, en passant par une marionnette de ventriloque ou un travail sur l’ambiguïté sexuelle d’Oscar—smoking à la Dietrich... ou à la Geschwitz—parvenant à donner à ce personnage une épaisseur dramatique surprenante. Tout comme Ulrica, vamp de film noir qui aimante Riccardo à son destin fatal : ses lents déplacements glissés, sa blondeur platine et son mystère intériorisé en feraient presque une Erda nordique. Ainsi transposé dans les années vingt et dans un univers au luxe mortifère, ce Ballo crépusculaire a des airs de République de Weimar courant à l’abîme. Direction d’acteurs subtile et sensible, lumières somptueuses et parfois expressionnistes de Joachim Klein, chœurs parfaits aussi bien musicalement que dans leur existence scénique : un must, on vous dit ! © 2017 Avant-Scène Opéra





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