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Classica, October 2017

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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, July 2017

Le spectacle pratique et sans complication de Vincent Boussard ne se veut pas immortel : tous les protagonistes en costume de l’époque de Shakespeare, l’omniprésence d’un voile, des lumières troubles, de tempête à peine, tout cela se voit, s’oublie, mais ne nuit ni au propos de Verdi ni-même à ce qu’il reste chez Boito de la dramaturgie de l’original.

Bémol, les images de scène sont peu aisément restituables par la caméra, autre bémol le Maure lui-même, offert à José Cura qui fut l’un des plus styléq parmi les ténors de sa génération (et avec une voix d’or et de miel en sa jeunesse). Trop tard, le timbre est en baryton, la justesse incertaine, les mots se délitent dans le vibrato, un constant effort voudrait tenir la ligne. Dans cette débâcle de sons, pourtant le personnage tour à tour impérieux ou hanté d’Otello paraît, incarnation de théâtre dont il faudrait oublier la voix.

C’est que lui répond la plus belle Desdemona entendue depuis des lustres, Dorothea Röschmann, blessée et pourtant ardente, risquant tout, déployant des aigus gorgés d’harmoniques, c’est elle le héros de cette soirée difficile.

On se doute que sa Vénitienne n’est pas précisément italienne, elle est même à l’inverse de l’ultime grande tenante du titre, Barbara Frittoli, loin des conventions du bel canto, aussi exotique, mais aussi émouvante, aussi irrésistible que le furent jadis une Grümmer, une Jurinac, merveille comme émergée d’un autre temps, de ce chant allemand qui avait conquis Verdi dès les années trente.

Ne serait-ce que pour elle, la représentation doit être vue, d’autant que le Iago de Carlos Alvarez—modèle de ligne noir, de chant où se lit la corruption du caractère—le Cassio toutes voiles dehors de Benjamin Bernheim, et plus généralement, l’excellence de l’équipe font un ensemble assez saisissant auquel la sombre clarté de la Staatskapelle apporte une sourde angoisse, Christian Thielemann se souvenant qu’à Salzbourg-même, Wilhem Furtwängler fit son Otello si ample et si enténébré. Ce n’est pas la moindre leçon qu’on puisse en tirer. © 2017 ARTAMAG’



Chantal Cazaux
Avant Scène Opéra, July 2017

Production de prestige pour festival de prestige (celui de Pâques à Salzbourg), et pourtant l’alchimie ne prend pas, ou trop fugacement. La faute en premier lieu à un Otello aux limites audibles : José Cura (Johan Botha, initialement prévu, dut renoncer en janvier 2016 pour raisons de santé) a certes le timbre de bronze qu’on peut rêver à Otello—son rôle fétiche depuis près de vingt ans—la projection mâle tout comme le tempérament bouillonnant et torturé, mais hélas expose dès l’« Esultate » initial le temps qui a passé sur ses moyens vocaux—les aigus hululent un vibrato impossible, et trop souvent par la suite la voix perdra ainsi sa prestance, déséquilibrée entre vaillance et fêlures. Terriblement dommage, car on sent combien sa longue fréquentation du personnage lui en a rendu les méandres familiers, d’une intériorisation puissamment expressive. Sa Desdemona est une Dorothea Röschmann inattendue, grande mozartienne parfois pas totalement idiomatique dans la ligne verdienne mais pourtant d’une très belle tenue, expressive et charnelle. C’est avant tout Iago qui emporte la mise : Carlos Álvarez y est à son meilleur, jeu complexe qui ne cède jamais à la facilité, voix mordante mais qui sait les opacités, timbre plein mais pas lâché, qui est en soi menace rentrée et indéchiffrable. Notons aussi un Cassio de toute beauté vocale, rayonnant et souple, lumineuse victime inconsciente—un Benjamin Bernheim qui magnifie chacune de ses interventions. En fosse, Thielemann délivre un Otello analytique où tout est miraculeusement détaillé et exécuté (somptueuse Staatskapelle de Dresde, et chœurs idoines), des transparences aux étagements, des équilibres aux mixtures de timbres… mais le drame ne prend pas—pire : reste souvent froid, sans urgence, à l’image des premiers accords de la Tempête qui semblent dosés chimiquement pour être merveilles sonores plutôt qu’ouragan terrifiant. La mise en scène, elle, déploie dans le Grosses Festspielhaus une élégance raffinée où le bon goût semble là aussi supplanter le drame : les décors de Vincent Lemaire, discrets et justes, jouent de voiles et d’ombres (belles lumières de Guido Levi) pour unifier en quelques évocations abstraites bateau, mouchoir et linceul ; les costumes de Christian Lacroix dosent subtilement histoire et atemporalité ; la direction d’acteurs de Vincent Boussard semble plus inspirée par Iago que par le couple tragique. Musicalement et théâtralement, c’est souvent fort beau—mais sage. Manque cet incendie intérieur qui fait les grands Otello—et un Otello qui puisse le sublimer plutôt que s’y consumer. © 2017 Avant-Scène Opéra





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