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Album Reviews



 
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Damien Colas
Classica, March 2018

MOZART, W.A.: Zauberflöte (Die) [Opera] (La Scala, 2016) (NTSC) 740408
MOZART, W.A.: Zauberflöte (Die) [Opera] (La Scala, 2016) (Blu-ray, HD) 740504

Il y a toujours quelque chose de fascinant dans une production reposant exclusivement sur de jeunes professionnels. À défaut d’un nom à vendre, ces artistes encore inconnus offrent une quantité de travail dépassant souvent de loin celle de leurs aînés. L’énergie, la cohésion de la troupe, tout cela se ressent, et l’on assiste à du véritable théâtre en musique. Certes, le produit n’est pas fini : Özkan a bien les notes de la Reine de la Nuit, mais pas encore la légèreté ou la précision du rôle, et il faudra encore des efforts ; de même pour Piskorski et Said, à qui ilmanquele legato attendu pour lecouple d’amoureux.

On trouvera facilement sur lemarché une Flûte enchantée avec des voix plus connues et plus séduisantes. Maisonse laisseraséduire par la qualité d’ensemble de ce projetde l’Académiede la Scalaqui, en réalité, est entièrement germanophone, accompagnéqui plus est par les deux figures hautement respectées d’Ádám Fischer et de Peter Stein. Quel autre théâtre pourrait aujourd’hui se vanter de produire sa jeune troupe dans une production aussi soignée? © 2018 Classica



Chantal Cazaux
Avant Scène Opéra, July 2017

En 2016, La Scala présentait cette Flûte enchantée, résultat du travail d’une année réalisé par son Académie (fondée en 2001) avec le metteur en scène Peter Stein et le chef Ádám Fischer. Jeunesse de la distribution (et de l’orchestre), préparation approfondie (le cast international donne vie sans paraître hésiter aux dialogues allemands, certes un peu assouplis mais conservés dans leur quasi-intégralité) et scénographie aux naïvetés volontaires confèrent à la production un indéniable « capital sympathie », même si ce n’est pas là qu’on trouvera la lecture dramaturgique la plus prenante ni la leçon musicale la plus définitive des dernières années.

Inspirés par les aquarelles de Max Slevogt (1920), les décors de Ferdinand Woegerbauer et les costumes d’Anna Maria Heinrich font le choix de la fidélité aux didascalies et d’une vision de conte enfantin, agrémentée ici ou là d’un zeste d’abstraction graphique : Papageno, ses plumes et son carillon, Papagena en vieille femme au masque ridé, Tamino et son serpent de papier, le temple de Sarastro et ses pyramides, jusqu’aux bêtes sauvages (quatre lions prêts à dévorer Papageno et charmés par la flûte de Tamino)—tout y est, poétique et fantaisiste, ici humoristique, là grave et pénétré, mais aussi un rien trop premier degré, manquant d’échappatoire pour un imaginaire condamné à l’illustration seule. Monostatos en Zoulou à pagne de raphia peut-il nous suffire aujourd’hui ? La direction d’acteurs de Peter Stein est inégale, académique dans les parties chantées, beaucoup plus vive et vraie dans les dialogues parlés, faisant fluctuer le plaisir théâtral. Il n’empêche que pour un premier contact avec La Flûte enchantée, la lisibilité est optimale.

Musicalement, rien ne laisse deviner l’internationalisme de la distribution, très homogène en style et en qualités, et couvée par un Ádám Fischer qui adapte imperceptiblement ses tempi et ses dynamiques. L’ensemble a un charme réel, malgré les imperfections (Tamino un peu haut lorsqu’il s’anime, Sarastro un peu court dans le grave, la Reine de la nuit manquant de légèreté et d’aisance) ; on aime surtout le Prince élégant et rond de Martin Piskorski (autrichien), la Pamina fruitée de Fatma Said (égyptienne), le Papageno plein de verve et de présence de Till von Orlowsky (autrichien lui aussi) et l’impeccable ensemble des Dames ou des Garçons (solistes, eux, du Wiltener Sängerknaben d’Innsbrück).

On aurait mauvaise grâce à ne pas saluer le délicieux esprit d’ensemble qui plane au-dessus d’une équipe à la musicalité irréprochable et aux talents en pleine floraison, et d’une production qui a l’humilité de céder la première place à Mozart et Schikaneder. Face à certaines versions dont le luxe vocal ou conceptuel paraît presque perdre de vue le Theater auf der Wieden et ce qui s’y présenta, un soir de septembre 1791, celle-ci a l’immense mérite de rechercher la fraîcheur de l’épiphanie originelle. Un point d’horizon, certes, mais qui rend le parcours léger. © 2017 Avant-Scène Opéra





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