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Album Reviews



 
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Jean-Marc Warszawski
Musicologie.org, September 2015

ISASI, A.: String Quartets, Vol. 1 (Isasi Quartet) - Nos. 0 and 2 8.572463
ISASI, A.: String Quartets, Vol. 2 (Isasi Quartet) - Nos. 3 and 4 8.572464
ISASI, A.: String Quartets, Vol. 3 (Isasi Quartet) - Nos. 1 and 5 8.572462

Voici trois cédés qui raviront sans aucun doute les amoureux de musique de chambre en chambre : de la belle musique, de la bonne interprétation, du bon enregistrement, et cerise sur la galette, la Tribune des critiques n’étant pas passée par là, ils auront la liberté de fouler d’une oreille libre un territoire inconnu, carmen incognita.

Parce que ni la musicographie ni le mélomane ne connaissent Andrés Isasi, né en 1890 dans une famille aristocratique disposant d’une des plus grosses fortunes de Bilbao. On ne sait si compter un histrion parmi ses membres honorait cette famille, on peut penser qu’il était un objet assez bizarre dans le monde artistique. L’argent aidant, il a pu faire jouer ses œuvres de jeunesse à Bilbao, se faire éditer, et par la suite se former auprès de bons maîtres en Allemagne. Peut-être aussi, souffrant d’une maladie cardiaque, la musique fut-elle une digne occupation.

En tout cas, il fut un bon compositeur. Ce qu’on peut écouter aujourd’hui de sa musique symphonique ou de sa musique de chambre est un grand plaisir.

Le catalogue d’Andrés Isasi compte près d’une centaine de numéros : grand orchestre, formations de chambre, musique chorale, romances. On dit, quand on dit quelque chose de lui, qu’il n’a pas atteint la notoriété, à cause d’une musique trop germanique pour le goût espagnol. Excusez : basque. En fait, Isasi n’était pas dans le coup, et malgré une grande sagesse tonale, d’aucun mouvement grégaire, à une époque où la musique savante se géopoliticalise.

Isasi aime la musique descriptive, pastorale, avec une légèreté à la française (une belle citation fortuite ou volontaire de l’Apprenti sorcier dans sa seconde symphonie), des accents dramatiques qu’on pourrait parfois aller chercher en effet quelque part en Germanie, mais ni chez Wagner ni chez Brahms qui ont si largement inoculé le venin teuton au-delà de ses frontières. Il y a un côté rhapsodique qui dans l’ensemble fait penser à l’art de la Bohème des Pragois.

Bien avant Messiaen, Isasi se voulait ornithologue, transcrivait les chants d’oiseaux, dont on retrouve ici et là les motifs joyeux et facétieux, peut-être moqueurs comme le merle.

Il était aussi formé à l’art des maîtres, et peut placer des mouvements en fugue claire, nette, parfaitement torchée.

Il a une très belle écriture de quatuor, sait faire chanter toutes les voix, les réunir en orchestre ou les faire concerter, avec de beaux élans lyriques, dans un mélange de formules d’allure populaire (pastorale oblige), tirant vers la modalité, et d’un façonnage savant.

Pour compléter le 3e cédé, l’ensemble propose une sonate pour violon et piano de 1917 (Marta Zabaleta au piano), qui confirme ces qualités musicales, et une fougue peut-être plus condensée que dans les quatuors.

Pour la découverte et pour le plaisir, pour la musique, votez le temps de ces trois cédés pour le Isasi Quartet. © 2015 Musicologie.org



Laurent Bergnach
Anaclase.com, June 2015

Affichant un goût éclectique et cosmopolite qui embrasse la période romantique jusqu’à la musique d’aujourd’hui—mais avec une préférence marquée pour le XIXe siècle—le Quatuor Isasi met à l’honneur, depuis quelque temps, le musicien oublié auquel il emprunte son nom. Depuis 2009, en effet, l’altiste Karsten Dobers s’est chargé de revoir le manuscrit de divers opus chambristes signés Andrés Isasi y Linares (1890-1940), puis de les enregistrer avec différents confrères au Château d’Arcangues, près de Biarritz—un lieu qu’on n’imagine pas sans âme puisque Stravinsky, Ravel, Rubinstein ou encore Thibaud y donnèrent des récitals !

D’origine basque, Andrés Isasi perd prématurément ses parents et découvre la musique, enfant, chez le grand-père qui le recueille. Il commence à étudier le piano et la composition avec Unceta, puis, âgé de dix-huit-ans, présente au public ses premières pièces influencées par Grieg et Dvoƙák. Éprouvant le besoin de voyager, le natif de Bilbao gagne Berlin et les classes de Karl Kämpf et Engelbert Humperdinck où s’apprend l’art des grandes formes orchestrales, dans un style romantisme tardif. Ce que l’on nomme sa période allemande (1909–1914) fourmille d’ailleurs de poèmes symphoniques aux titres évocateurs—Erotische Dichtung Op.14 (Poème érotique, 2012), Die Sünde Op.19 (Le péché, 1913), etc. Le retour au pays ne fait pas taire l’amour d’Isasi pour l’art d’outre-Rhin, si bien que sa carrière de pianiste-concertiste, dans les années vingt, préfigure les difficultés croissantes à faire jouer dans les cercles basques et espagnols une musique « germanique », dégagée d’un folklore nationaliste. C’est donc quasiment oublié qu’il meurt, au début de la Seconde Guerre mondiale.

Au catalogue de celui qui aime aussi écrire de la poésie et enrichir de chants d’oiseaux certaines compositions, on trouve six quatuors, dont deux seulement joués de son vivant et trois supposés inachevés. Les Isasi livrèrent d’abord les Quatuors en mi mineur Op.83 n°0 (1908) et en la mineur Op.27 n°2 (1920) [8.572463], puis les Quatuors en mi mineur Op.30 n°3 (1921) et en ré majeur Op.31 n°4 (1921) [8.572464], jusqu’au présent volume qui réunit, gravés en première mondiale, les Quatuors en sol majeur Op.11 n°1 (1911/1914) et en ut mineur Op.32 n°5 (1921).

Créé par la Sociedad Filarmónica le 3 mai 1911, l’opus 11 est dédié à Edith Humperdinck, fille aînée de l’auteur du Königskinder, laissant supposer une idylle tant « il émane dans les deux premiers mouvements une tendresse, un sentiment amoureux et une sensualité raffinée évidente ». Trois ans plus tard, à Stockholm, le Quatuor Ruthström présente la version remaniée—dont un troisième mouvement tout neuf. Charmante, gracieuse et un rien passionnée paraît, il est vrai, la première moitié, qui conduit à une espièglerie certes tourmentée (III), puis à une joviale sérénité (IV).

L’opus 32 est donné à titre posthume, le 2 décembre 1942, également à Bilbao. Dédié à Brahms, ce quatuor revendique d’emblée la filiation, avec une inquiétude irisée de lumière. Les deuxième et troisième mouvements offrent un apaisement digne d’une berceuse, assez lyrique, avant de pétillantes ritournelles. La pièce s’achève dans une allégresse contenue, et le programme avec la Sonate pour violon en fa mineur Op.25 (1917), défendue par Anna Bohigas et Marta Zabaleta au piano. © 2015 Anaclase.com





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