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Frédéric Cardin
Musique pour tous, May 2013

Krzysztof Penderecki (né en 1933) a longtemps été associé à l’avant-garde impitoyable des années 50 et 60. Celle des dissonances sans compromis et d’une expressivité sonore tous azimuts, radicalement détachée du moindre besoin de faire appel à la mélodie pour communiquer avec l’auditeur. Puis, dès la fin des années 70, et à un rythme plus soutenu depuis, Penderecki renoua avec la tradition romantique, et la tonalité en général, tout en conservant des traits et des techniques héritées de ses années de radicalisme. Il développa ainsi un style que l’on peut qualifier de post-moderne/néo-tonal, et qu’il pratique exclusivement à l’heure actuelle.

Dans toute la première mouture de la production du compositeur polonais, celle des années « jusqu’au-boutistes », on reconnaîtra son penchant pour l’utilisation d’une écriture empreinte de signification expressive, voire émotive. Ce qui, j’imagine, le prédestinait à sa « renaissance » néo-tonale.

Sur ce disque, 5 des 6 pièces illustrent la face acerbe de l’œuvre pendereckienne. Seul le Concerto pour cor se détache substantiellement de l’esthétique avant-gardiste des autres morceaux.

Première pièce au programme, Fonogrammi, pour flûte et orchestre de chambre, est daté de 1961 et correspond exactement à l’idée qu’un mélomane profane peut se faire de la musique « contemporaine ». Textures pointillistes, contrastes violents entre dynamiques extrêmes, discours éclaté entre l’instrument soliste et l’ensemble orchestral, etc. Ceci dit, le même mélomane, s’il sait faire preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité intellectuelle, sera frappé par l’honnêteté de la démarche du jeune compositeur, et surtout par sa capacité à retenir l’attention de l’auditeur. Penderecki savait fort bien utiliser les forces à sa disposition, et ce à leur meilleur effet.

Daté de 1960, Anaklasis, écrit pour cordes et percussions, procède sensiblement de la même façon. L’univers créé par le compositeur est rien de moins qu’étrange et déconcertant. Bien qu’à l’époque de telles sonorités n’étaient pas nouvelles, la façon de faire de Penderecki avait frappé l’imagination des premiers auditeurs. Voici un compositeur qui démontrait une très forte personnalité! Si la pièce n’est résolument pas facile d’accès pour celui qui cherche quelque repère musical traditionnel, elle est par contre absolument fascinante d’expressivité coloristique pour celui ou celle qui l’écoutera sans à priori.

De natura sonoris I, pour orchestre, est le grand frère des deux œuvres précédentes. Créée en 1966 par l’Orchestre philharmonique de Radio-France, l’œuvre frappa l’auditoire pour les mêmes raisons que les autres, mais certains éléments vaguement associés au jazz moderne retinrent aussi l’attention. Déjà, il était permis de croire que le jeune polonais n’était pas un créateur enfermé dans sa tour d’ivoire théorique, mais plutôt un innovateur bien ancré dans son époque.

La Partita pour clavecin, guitare électrique, guitare basse, harpe, contrebasse et orchestre, créée en 1971, est aussi intéressante, si ce n’est que pour son instrumentation audacieuse. Penderecki utilise les deux instruments électriques à la manière d’un peintre abstrait qui se servirait de peinture à bâtiment pour éclabousser sa toile, aux côtés de pigments issus de produits plus raffinés. La musique de la Partita est fébrile et agitée, canalisée dans un flux constant de mouvement harmonique et rythmique. Bien que résolument moderne et radicale, elle suscite l’excitation, et même un certain plaisir purement physique. Penderecki fait ainsi la preuve que certains instruments du 20e siècle sont injustement « snobbés » par un certain establishment dit « sérieux ». La version ici présentée de cette œuvre a été remaniée par le compositeur en 1991.

The Awakening of Jacob a été créé en 1974, et marque une certain rupture dans la production de Penderecki Elle annonce, bien que subtilement, la nouvelle voie à venir pour le compositeur. Le pointillisme fait place à des accords soutenus qui se succèdent dans un crescendo menant à un summum de dissonances complexes, puis relayé par un allègement graduel des textures et à un retour à une sorte de paix initiale. La courbe générale de l’œuvre rappelle l’Adagio pour cordes de Barber, ou le Cantus d’Arvo Pärt, mais dans une facture expressionniste atonale. Magnifique.

La pièce maîtresse du disque est le Concerto pour cor, écrit en 2008. Même l’auditeur le moins féru de nouvelle musique percevra immédiatement la différence stylistique monumentale entre cette pièce et les autres. Dès l’introduction, on se retrouve dans un univers musical tonalement ancré. Le discours est résolument thématique, et même mélodique. Bartok et Shostakovich sont appelés à la barre des témoins, mais aussi l’essence dramatique suggérée par la musique de cinéma. Ceci dit, l’ensemble ne se réduit pas à un assemblage de styles pastichés, au contraire. La personnalité de Penderecki demeure fortement présente. La partition du cor est redoutable, et surtout assez bien écrite pour que l’instrument rayonne de tous ses éclats et de toutes ses possibles nuances. Toutes les facettes de cet instrument si aimé, mais également si négligé des compositeurs de concertos, se retrouvent magnifiées par l’écriture intelligente de Penderecki : le romantisme, l’héroïsme, la subtilité, la douceur et même la virtuosité.

Le résultat est éminemment satisfaisant. Le Concerto est à la fois expressif et dramatique, accessible et savant, divertissant et sérieux.

Les interprètes sont de très haut niveau, en particulier la corniste Jennifer Montone, qui jugule les redoutables pages de sa partition avec beaucoup de brio. Le chef Antoni Wit s’est fait une spécialité du répertoire contemporain polonais (les Symphonies du même Penderecki, ainsi que les œuvres de Lutoslawski, également sur Naxos, sont des must absolus). Ses lectures sont empreintes de respect et de passion pour une musique parmi les meilleures écrites au 20e siècle (et même au 21e!). © 2013 Musique pour tous





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