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Olivier Vrins
Crescendo (France), July 2016

Né à Odessa en 1953, Boris Pigovat fit ses armes de musicien à Moscou. Il s’installa ensuite au Tadjikistan, qu’il quitta pour se fixer, en 1995, en Israël, dont il acquit bientôt la nationalité. L’année même de son envol vers le berceau du peuple juif, Pigovat se vit décerner le Prix de l’Association des Compositeurs, Auteurs, et Editeurs de Musique en Israël (ACUM) pour son Holocaust Requiem. L’œuvre ne fut pourtant créée qu’en 2001, à Kiev, en commémoration du massacre perpétré soixante ans plus tôt par les nazis dans les ravins de Babi Yar, au cours duquel des milliers de juifs, en majorité ukrainiens, perdirent la vie. Les quatre mouvements portent un intitulé provenant, curieusement, de la messe des morts de l’Eglise catholique romaine. Sage décision, sans doute, que de celle n’avoir pas opté pour une manière de « kaddish des endeuillés » parsemé de références faciles au folklore yiddish; le Requiem de l’Holocauste évite ainsi soigneusement de tomber dans les clichés et peut ainsi prétendre à un statut universel. Difficile de ne pas penser ici à la Treizième symphonie de Chostakovitch, composée vingt ans après les tragiques événements de Babi Yar. Mais, si l’œuvre de Pigovat reprend volontiers certains traits de l’esthétique de l’illustre compositeur russe, toute note satirique en est foncièrement absente. Du reste, l’effectif du Requiem est purement instrumental, le soliste y faisant, en quelque sorte, office de voix humaine. Le premier mouvement, Requiem aeternam, aussi sobre que sombre, dépeint la menace qui s’abat, lentement mais sûrement, sur le peuple juif et qui se concrétisera dès le deuxième mouvement. De fait, la mécanique infernale de la Solution Finale se met en branle dans le Dies irae, où déferlent les marches terrifiantes et fanfares tonitruantes, sous-tendues par les batteries de percussion. Le Lacrimosa, point d’interrogation faisant la part belle à l’alto, suspend le temps pour permettre aux consciences enfin en éveil, abasourdies et sous le choc, de tenter de comprendre l’incompréhensible. L’œuvre se referme sur les timides éclaircies d’un Lux aeterna, sur lequel planent encore—c’est inéluctable—les fantômes du passé; unique évocation de la liturgie hébraïque, le thème « Shema Israel » (Ecoute, Israël) aura le dernier mot.

A première vue, tout oppose le Requiem au Poem of Dawn (Poème de l’Aube): la légèreté du sujet, le lyrisme, la sérénité et l’optimisme qui s’en dégagent de bout en bout, voire l’esthétique délibérément romantique et peu complexe sur le plan harmonique, qui confère à l’œuvre l’esprit d’une musique de film. Il est toutefois permis de voir dans cette élégie un complément utile au requiem, la promesse d’un monde meilleur, l’image idéalisée d’une Humanité bienveillante ayant tiré les leçons de l’Histoire. Limpide et éthéré, jamais grandiloquent et souvent touchant, ce Poème à l’ambiance printanière prolonge ainsi le climat du Lux aeterna. L’auditeur en ressort apaisé, presque soulagé du fardeau d’une responsabilité qui se veut collective.

Piogvat signe ici deux œuvres qui, sans être profondément originales, sont de belle facture. Elles sont servies par une Anna Serova tout en finesse et en intériorité. © 2016 Crescendo (France)





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