Classical Music Home

Welcome to Naxos Records

Email Password  
Not a subscriber yet?  
Keyword Search
 in   
 Classical Music Home > Naxos Album Reviews

Album Reviews



 
See latest reviews of other albums...

Simon Corley
ConcertoNet.com, July 2013

CASELLA, A.: Orchestral Music, Vol. 3 (BBC Philharmonic, Noseda) CHAN10768
CASTELNUOVO-TEDESCO, M.: Piano Rarities (Massa) C5156
GHEDINI, G.F.: Violin and Piano Music (Complete) (Bernecoli, Bianchi) 8.572828
GHEDINI, G.F.: Architetture / Contrappunti / Marinaresca e baccanale (Rome Symphony, La Vecchia) 8.573006
MANCINELLI, L.: Scene veneziane / 6 Intermezzi sinfonici per la tragedia Cleopatra (excerpts) (Rome Symphony, La Vecchia) 8.573074

L’Italie, terre d’opéra? La tentation est forte, surtout en cette «année Verdi», de réduire la musique de ce pays au seul répertoire lyrique, mais ce serait sans compter avec une musique symphonique et instrumentale souvent aussi passionnante que méconnue, grâce à l’effort entrepris par plusieurs éditeurs.

Gianandrea Noseda, après un captivant détour chez Petrassi, poursuit chez Chandos la série qu’il dédie à Alfredo Casella (1883–1947) avec le Philharmonique de la BBC (Manchester), dont il est le conductor laureate. Le troisième volume offre, après celles d’Alun Francis (cpo) et de Francesco La Vecchia (Naxos), une nouvelle excellente version—qui l’eût dit voici seulement cinq ans?—de la Troisième Symphonie (1939): ce n’est que justice pour cette œuvre, destinée au cinquantième anniversaire de l’Orchestre symphonique de Chicago, qui conjugue de façon originale les derniers feux du néoclassicisme et l’héritage de Mahler—dès 1910, Casella avait transcrit pour piano à quatre mains sa Septième Symphonie—et se range parmi les grandes réussites du genre dans la première moitié du siècle passé.

Comme chez cpo, l’ultime symphonie est associée au premier grand succès symphonique de Casella, Italia (1909), avec lequel il rejoignit la jeune et remarquable écurie non germanophone (Bartók, Delius, Enesco, Szymanowski) constituée par l’éditeur Universal avant la Première Guerre mondiale. Dans la tradition du poème symphonique post-lisztien, cette spectaculaire «rhapsodie pour grand orchestre» est fondée sur quatre chants siciliens puis trois chansons napolitaines, dont Funiculì funiculà, que Strauss avait utilisée un quart de siècle plus tôt dans Aus Italien: comme une sorte de réécriture straussienne du Capriccio italien de Tchaïkovski, le propos est brillant, voire extérieur, mais prend parfois une tournure intensément poétique qui n’est pas sans évoquer les Rhapsodies roumaines d’Enesco (autre Parisien d’adoption et futur dédicataire de la Deuxième Symphonie). Plus éclatant et moins massif qu’Alun Francis, Noseda offre en outre une première discographique, le bref triptyque Introduction, Choral et Marche (1933), d’esprit plus proche du constructivisme russe et du groupe des Six que son effectif instrumental stravinskien (bois, cuivres et piano, mais cordes réduites aux contrebasses) ne le laisse supposer.

Après Busoni, Dallapiccola, Martucci, Petrassi et Zandonai, Pietro Massa (né en 1973) poursuit l’exploration du patrimoine musical de son pays avec Mario Castelnuovo-Tedesco (1895–1968), qui demeure aujourd’hui essentiellement connu pour sa contribution au répertoire de la guitare. Le pianiste milanais, suivant la trace de son maître, Aldo Ciccolini, qui a consacré quatre disques à ce compositeur (Phoenix Classics), a écumé les bibliothèques pour retrouver les parties d’orchestre des deux Concertos et il a déjà réalisé le premier enregistrement mondial, publié chez le même éditeur, du Second (1937), complété par quelques pièces pour piano seul. Si celles-ci, dans ce double album, sont reprises et augmentées de quelques autres pièces et recueils, il s’agit en revanche, pour le concerto, d’une nouvelle captation, réalisée en concert peu de temps après, en même temps que le Premier (1927), avec la Philharmonie de Neubrandenbourg et Stefan Malzew (né en 1963), qui en est le Chefdirigent depuis 2001. Du néoclassicisme du Premier, résolument optimiste mais nettement plus sage et moins abrasif que celui d’un Milhaud ou d’un Villa-Lobos, le Florentin évolue, dans le Second (créé par l’auteur à New York sous la direction de Barbirolli), vers un néoromantisme assez suave, dans la descendance de Chopin ou Grieg, sans la trempe d’un Rachmaninov ou même d’un Medtner, mais sans doute de nature à séduire le public américain.

Antérieur, à l’exception d’un Hommage à Paderewski (1941) en forme de mazurka, à l’exil américain de Castelnuovo-Tedesco, fuyant en 1939 les lois raciales édictées l’année précédente par Mussolini, le généreux florilège (une heure un quart) pour piano seul sacrifie un peu moins l’ambition à l’agrément. Une première série de pages isolées mais assez développées (de 6 à 10 minutes) semble encore hésiter entre «impressionnisme» et grand piano lisztien: Algues (1919), Les Navigateurs (1919), d’après un bas-relief de Pisano, la «fable marine» La Sirène et le Poisson turquoise (1920) et la «fable sylvestre» Vitalba et Biancospino (1921). Hormis les deux Ondes (1935), «Ondes courtes» et «Ondes longues», les recueils de pièces plus courtes s’éloignent des tentations debussystes pour se laisser porter par l’époque, sans trop s’aventurer pour autant dans le modernisme, aussi bien Les Danses du Roi David (1925), «rhapsodie hébraïque sur des thèmes traditionnels», que les Passetemps (1928), «cinq petites valses», et les Deux Etudes de cinéma (1931)—«Charlot» et «Mickey» (qui cite furtivement un célèbre toréador d’opéra) –, dix ans avant qu’il ne commence une longue carrière pour la MGM.

Giorgio Federico Ghedini (1892–1965) conserve peut-être davantage de notoriété grâce à son enseignement milanais—Berio, mais aussi Cantelli et Abbado comptèrent parmi ses élèves—qu’à ses œuvres, dont pas moins de neuf opéras, même si son Concerto de l’albatros d’après H. Melville (pour trio avec piano, récitant et orchestre) est encore assez souvent mentionné. Aux trois albums consacrés au compositeur qui figuraient déjà à son catalogue, Naxos vient d’en ajouter deux. Interprète des deux volumes de musique pour piano précédemment parus, Massimo Giuseppe Bianchi revient cette fois-ci en compagnie de la violoniste avec laquelle il forme un duo, Emy Bernecoli (née en 1983). Regroupant l’intégrale du corpus pour violon et piano, formé principalement de deux Sonates, qui n’ont pas encore été éditées, le programme offre trois premières discographiques: la Sonate en en la (1918), Bizarrerie (1929) et Deux Poèmes (1930). En revanche, la Sonate en mi bémol (1922) a déjà été enregistrée par Franco Gulli (Dynamic): de fait, au sein d’un ensemble témoignant d’une personnalité qui n’affirmera qu’assez tardivement son style et où prédominent tons pastel et ambiance élégiaque, c’est l’œuvre qui apparaît sans doute comme la plus significative (8.572828).

Précisément, le programme symphonique qu’a choisi l’incontournable Francesco La Vecchia (né en 1954), à la tête de son Orchestre symphonique de Rome, présente le premier grand succès de Ghedini, remporté à l’âge de 48 ans: Architectures (1940), sous-titré «concerto pour orchestre»—le compositeur conférera en 1956 le titre proprement dit à une autre œuvre, dédiée à Cantelli. Le genre était très en vogue dans l’Italie des années 1930—après Hindemith, mais avant Kodály et Bartók, il fut notamment illustré par Malipiero (1931), Pilati (1932), Petrassi (1933, premier d’une série de huit) et Casella (1937)—mais celui-ci, en sept parties enchaînées, se caractérise par une structure pour le moins originale, traduisant la volonté d’une «organisation spontanée d’éléments purement musicaux en une série d’édifices sonores, cimentés à leur tour par une logique claire dans les thèmes comme dans la construction». Indépendamment de ces considérations formelles, le langage, à la manière d’un Blacher ou d’un Martinů à la même époque, fait son miel de la mode stravinskienne—énergie rythmique, objectivité—de façon suffisamment personnelle pour laisser place à des événements inattendus, comme des déflagrations et un immobilisme sibéliens. En ce sens, il préfigure les Contrepoints (1961) pour trio à cordes et orchestre: avec son atmosphère dépouillée, son tranchant beethovénien, son économie de moyens renvoyant peut-être à la Renaissance italienne—une influence capitale pour Ghedini—et sa consonance décantée à la simplicité trompeuse, à la manière de Gottfried von Einem, cette demi-heure de musique, entre éléments répétitifs, unissons et néoromantisme, délivre un message énigmatique suscitant un sentiment de perplexité mêlé de fascination, comme un tableau de Chirico. De facture plus traditionnelle, le diptyque Marine et Bacchanale (1933), dédié à (et créé par) De Sabata, est inspiré respectivement par une galère de forçats et par un extrait de Pindare: le premier volet pourrait ressembler à L’Ile des morts de Rachmaninov revue par Respighi et s’enchaîne sans interruption au second, exaltation lumineuse, sauvage et truculente.

La Vecchia et son orchestre publient album sur album chez Naxos pour se faire les ardents zélateurs du répertoire de leur pays. Pour l’auditeur, il s’agit le plus souvent de mettre des notes sur des noms relativement familiers mais dont la musique n’est que rarement jouée: tel n’est même pas le cas de Luigi Mancinelli (1848–1921), puisqu’il demeure dans l’ombre—pourtant guère imposante—de Sgambati et de Martucci, desquels il se situe exactement à égale distance par l’année de naissance. Violoncelliste puis chef d’orchestre, il mena une belle carrière à Rome, au Teatro Real, à Covent Garden, au Met et au Teatro Colón, qui a relégué au second plan son activité de compositeur. Le premier enregistrement intégral des Scènes vénitiennes (1877) comble une véritable lacune, car il est intéressant de constater que l’orchestre habile et généreux de Puccini et de Respighi ne vient pas de nulle part. Le sujet est à la limite de la carte postale, mais les cinq parties («Carnaval», «Déclaration d’amour», «Fuite des amants à Chioggia, «Retour en gondole» et «Cérémonie et danse de noces», la plus développée) forment une narration complète, dans l’esprit d’un vaste poème symphonique, volontiers coloré, où l’on ne parvient pas toujours faire la part des choses entre naïveté et roublardise.

Pourquoi n’avoir complété l’album que par deux «intermèdes symphoniques» de Cléopâtre (1877), alors que le minutage semblait permettre d’offrir les six pages destinées aux représentations du «poème dramatique» en six actes de Pietro Cossa (1830–1881), auteur d’un Cola di Rienzo pour lequel Sgambati avait écrit une Ouverture? La notice donne d’ailleurs des verges pour se faire battre, soulignant qu’on peut «considérer à bon droit ces six interludes comme une sorte de poème symphonique, compte tenu du tout cohérent qu’ils forment». Il faut donc se contenter de l’Ouverture et de la «Bataille d’Actium», péplums musicaux de belle allure, dont le style n’est pas sans évoquer Tchaïkovski

Après un splendide programme associant ses Psaume IX et Magnificat paru chez Chandos, Goffredo Petrassi (1904–2003) est de nouveau à l’honneur, cette fois-ci chez Naxos, avec, une fois de plus, La Vecchia et son orchestre, qui s’attachent inlassablement à faire revivre le répertoire de leur pays, de Clementi à Malipiero en passant par Sgambati, Martucci, Busoni, Wolf-Ferrari, Respighi et Casella.

La période est encore néobaroque, mais son influence se ressent davantage sur la forme et sur les titres que sur langage: ainsi du Divertimento en ut (1930), qui n’avait jusqu’alors jamais été enregistré, assez prévisible dans la verdeur motorique de ses deux mouvements extrêmes (Allegro) encadrant un Andante (Caccia) plus inattendu par ses teintes respighiennes et une Pavane aux accents pucciniens. Il en va de même dans la Partita (1932), bien de son temps avec son saxophone alto (citant L’Oiseau de feu) et où une Gaillarde et une Gigue puissantes, à l’orchestration dense et au style évoquant Casella, entourent une Chaconne au sombre contrepoint. Plus convenues, les Quatre Hymnes sacrées (1942/1950) ont quelque chose du néoclassicisme stravinskien, celui d’Apollon musagète, d’Œdipus Rex ou de Perséphone, mais le timbre peu agréable du ténor Carlo Putelli, le souffle un peu court du baryton Davide Malvestio et une acoustique trop réverbérée gâchent quelque peu l’écoute. L’œuvre demeurée la plus célèbre de Petrassi, le poignant «madrigal dramatique» Chœur des morts (1941) conclut le programme: l’orchestre, ici encore très stravinskien mais plus proche de la Symphonie de psaumes (douze cuivres, contrebasses, trois pianos et percussions), contraste avec le chœur (les hommes du Nouveau chœur lyrique symphonique de Rome), dont l’écriture se réfère à la Renaissance © 2013 ConcertoNet.com





Naxos Records, a member of the Naxos Music Group