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Christine Labroche
ConcertoNet.com, March 2014

Le Quatuor Tippett, qui fête ses quinze ans d’existence cette année, grave à la suite de l’intégrale des Quatuors du compositeur qui lui a donné son nom, les deux Quatuors d’un musicien de la même génération, qui mena une Double Vie, comme l’indique le titre de ses mémoires. Le Trio à cordes du jeune âge de Miklós Rózsa (1907–1995) complète le programme et les trois pièces, datant chronologiquement de 1929, 1950 et 1981, accusent l’évolution de sa carrière professionnelle. Marquées par les sonorités particulières de ses compositions personnelles, y compris celles pour orchestre, elles ont en commun une structure classique en quatre mouvements, des thèmes ou motifs mélodiques à la saveur hongroise, un contrepoint recherché, une grande expressivité rarement sereine, une rugosité dynamique croissant à travers les ans, et une urgence de tout instant, qui accentue le caractère trépidant des rythmes plus rapides.

Compositeur classique actif en Allemagne à la fin des années 1920, en France de 1930 à 1935 et en Angleterre jusqu’en 1940, Rózsa fit à Londres la rencontre de son compatriote Alexander Korda et, à l’instar de Honegger, son ami, il se mit à composer pour le cinéma pour gagner sa vie. Son succès était tel qu’en 1940, Korda l’emmena avec lui à Hollywood, où il mena la brillante carrière à laquelle il doit sa célébrité. Il ne cessa pourtant de composer pour le concert, son contrat hollywoodien stipulant des périodes de liberté à cette fin tous les ans, mais sa renommée cinématographique éclipse encore ce travail de création plus personnel qui était pour lui de première importance et qui, bien qu’encore trop peu connu, supporte bien la comparaison avec les œuvres de nombre de ses contemporains.

En 1974, Rózsa retravailla le premier jet du Trio (la Sérénade pour trio à cordes de 1927) dans le but d’en réduire la durée, d’en resserrer les contours et d’en affiner les passages plus inexpérimentés, mais le Quatuor Tippett interprète ici le Trio déjà retravaillé, la durée initiale réduite d’un tiers, que le jeune Rózsa fit publier à Leipzig en 1929. Il s’agit donc, non de l’opus 1a, habile reprise d’un Rózsa sexagénaire, mais du véritable opus 1, touché par la fraîcheur et l’enthousiasme de la jeunesse. D’un style déjà affirmé quoique plus convenu que ceux des deux Quatuors, il alterne les thèmes mélodiques simplement accompagnés ou harmonisés à trois et le contrepoint fugué ou absolu. Ludique ou grave lors du scherzo Gioioso, l’œuvre ne manque ni de profondeur ni de grâce, annonçant les résonances hongroises, la sombre nostalgie et les courses effrénées conclusives des Quatuors à venir.

D’une intensité bien plus soutenue, âpre, ardente et douloureuse, le Premier Quatuor, hautement contrapuntique, impose vingt ans plus tard un sentiment d’urgence inéluctable. Encore dans la lignée d’un Bartók, loin de l’esprit de la tabula rasa contemporaine, la partition frappe par son expressivité originale et son intériorité à vif. L’Andante d’ouverture mêle un premier sujet lyrique à un second fugué. L’inventivité technique du scherzo in modo ongarese, incisif, anguleux et féroce, contraste avec le chant désolé du troisième dévasté. Le finale tisse le percussif au mélodieux dans un contrepoint ciselé, se précipitant in fine vers sa conclusion abrupte. Les quatre instrumentistes abordent l’œuvre avec l’esprit de cohésion et la maîtrise nécessaires, la précision affûtée et les attaques vives.

Les Tippett ont choisi de débuter leur programme par le Second Quatuor, d’une intransigeance peut-être plus hautement personnelle. Au bord du volcan, l’œuvre glisse sans cesse d’une fermeté rageuse à une mélancolie presque douce. Les thèmes mélodiques, sous-tendus de fragrances magyares, se perdent et renaissent dans un flot contrapuntique acéré qui ne fuit pas la dissonance. Partout plus aventureux sur le plan technique, Rózsa joue sur les timbres nuancés des cordes à vide ou avec sourdine et va jusqu’à étioler les textures du plus doux Andante en opposant à part les deux violons ensemble et l’alto allié au violoncelle. Toutefois, si on pense aux œuvres contemporaines, (en 1981, de Carter, Feldman Ferneyhough, Harvey, Grisey ou de Stockhausen, par exemple), force est de constater que le Quatuor de Rózsa reste à l’écart des courants musicaux alors d’actualité, mais cela n’en diminue en rien la maîtrise formelle et la valeur intrinsèque.

Le Quatuor Tippett défend ces partitions avec dynamisme, adresse et conviction. Bénéficiant d’une prise de son agréablement chambriste, claire sans être sèche, on peut préférer leur prestation à celle des Pro Arte (Laurel, 1987), à la prise de son plus dure. La version des Flesch (ASV, 2001) à l’acoustique un rien moelleuse associe la Sonate pour deux violons de 1933 aux deux Quatuors. Le choix du Trio, sans doute plus judicieux, plaide aussi en faveur du quatuor anglais. © 2014 ConcertoNet.com





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