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Sylviane Falcinelli
www.falcinelli.org, December 2013

Retour (bienvenu!) à l’école française de clarinette avec une des valeurs sûres de la génération montante, qu’un grand orchestre étranger (le Philharmonique de Rotterdam) n’a pas manqué de nous «enlever» comme il se doit (la liste des vents français recrutés par les orchestres de divers pays dit assez leur excellence): je veux parler de Julien Hervé. Formé par Florent Héau et Pascal Moraguès, il reçut également les conseils de Paul Meyer: autant dire que les bons génies «souffleurs» se penchèrent sur son berceau d’instrumentiste. On l’avait repéré, il y a quelques années déjà, parmi les révélations Spedidam, et on le retrouvait avec plaisir l’été dernier parmi les valeureux musiciens de l’ensemble Calliopée (lire notre chronique du 7 août 2013 sur l’Académie de Saint- Cézaire). Il a imaginé un beau programme parcourant le XXème siècle, même si le titre en hommage à un inoubliable prédécesseur pousse quelque peu l’extension au-delà de l’exactitude historique puisque seuls les Contrastes de Bartók et les duos de Morton Gould furent effectivement écrits à l’intention de Benny Goodman, lequel assura également la création posthume de la Sonate de Poulenc avec Leonard Bernstein au piano. Mais il est vrai que l’illustre clarinettiste de jazz collabora avec Stravinsky et Bernstein pour d’autres de leurs œuvres, concertantes celles-là. Le lecteur trouvera toutes les précisions documentaires dans la notice rédigée par l’incontournable érudit ès-clarinette, Jean-Marie Paul.

De l’esprit, contrairement à son collègue grec, Julien Hervé en a à revendre, et c’est ce versant de la Sonate de Poulenc qu’il privilégie, comme en témoigne le tempo enlevé par lequel il attaque le premier mouvement. Son timbre accroche l’auditeur par un beau fruité, une netteté affûtée; dès son premier disque-récital, efficacement secondé par Jean- Hisanori Sugitani au piano, il ajoute une version virtuose, piquante, à la discographie de ce chef-d’oeuvre.Néanmoins, le secret de la Sonate ultime de Poulenc réside dans la complexité des caractères qui s’y côtoient (à l’image de la psychologie tourmentée de son auteur), dans le souffle profond de mélancolie nostalgique qui émane de pages changeant subitement l’éclairage du discours: s’agissant de la compréhension et de l’unification des multiples facettes de l’oeuvre, c’est vers Florent Héau qu’il faut nous tourner, tant celui-ci ne cesse de surclasser tous ses rivaux par des abysses émotionnels, une vérité humaine tels que je n’en ai entendus chez nul autre. Un fort beau disque Lyrinx (avec Patrick Zygmanowski) nous livrait déjà cette réussite mûrement pensée de Florent Héau encore à l’aube de sa carrière, mais depuis, il a fouillé sans relâche les replis intimes de cette partition, et je me souviens d’une interprétation inoubliable en concert (avec Fernando Rossano), au Grand Salon des Invalides, le 25 février 2013: Florent Héau y prouvait combien il avait assimilé toutes les ombres du crépuscule de Poulenc et décrypté chaque battement de son cœur. Julien Hervé, lui, bouillonne de jeunesse, et c’est un bien charmant «défaut» qui lui passera avec l’âge mais ne nuit en rien au plaisir émoustillant que l’on prend à écouter sa version! Était-il cependant prudent d’insérer juste après la Sonate de Poulenc celle de Bernstein, œuvre de jeunesse au langage bien moins personnel (finale excepté)? Ce voisinage fait ressortir les faiblesses de l’oeuvre américaine, malgré la pétillante légèreté et le raffinement nuancé dont font preuve les interprètes. Quelle tentation, pour un clarinettiste, que de s’aventurer en terrain plus jazzy, avec tous les effets de timbre que l’on peut s’y autoriser, grâce une transcription des Préludes de Gershwin, même si la démarche de son pianiste n’est point assez chaloupée! Julien Hervé a hérité de ses maîtres une maîtrise du souffle autorisant une vaste palette de nuances sur sa clarinette Buffet Crampon. Il montre le brio de sa technique dans les Trois Pièces de Stravinsky mais ne prend peut-être pas assez le temps de laisser s’épanouir les climats.

Avec ses complices de l’orchestre de Rotterdam (la contrebassiste Ying Lai Green) ou de l’ensemble Calliopée (la violoniste Maud Lovett), Julien Hervé explore enfin divers alliages chambristes, le plus insolite étant la rencontre très réussie avec la contrebasse qui, dans la plupart des duos de Morton Gould, assure la pulsation par ses pizz. sous l’expression très mélodique de la clarinette; les deux instruments semblent faits pour ce mariage, nullement contre nature et adressant quelques clins d’oeil au jazz.

Pour ciseler la si originale polyphonie de Bartók, les trois artistes déploient des trésors de finesse dans les détails et d’intelligence dans la mise en lumière des spécificités dévolues à chaque voix, Maud Lovett assumant la part de réminiscences hongroises, Jean-Hisanori Sugitani infiltrant les effluves de mystère dans les soubassements, et Julien Hervé jouant des couleurs les plus pénétrantes de sa palette expressive. Voilà une version qui comptera dans la discographie de l’oeuvre.

La prise de son de Jin Choi restitue idéalement la présence des artistes. On regrettera seulement des espaces trop courts entre les œuvres de caractères si différents: la place ne manquait pourtant pas pour rajouter quelques secondes supplémentaires de «respiration» favorisant la sortie d’une atmosphère avant de pénétrer dans une autre. Un disque fort réjouissant, d’une sève vitaminée, et qui nous rend très impatients de retrouver un musicien si fin et intelligent dans d’autres projets. © 2013 www.falcinelli.org




Franck Mallet
Classica

Clarinette solo de l’Orchestre; philharmonique de Rotterdam depuis 2008, le Français Julien Hervé, formé au CNSM de Paris, dit: « s’ouvrir à toutes les formes de musique, du jazz au style Klezmer, de Mozart à Stockhausen. » Mais encore faut-ils’en donner les moyens… D’entrée de jeu, avec la redoutable Sonate de Francis Poulenc, ultime pied de nez (1962) du plus fantasque des compositeurs du xx’ siècle, le clarinettiste nous prouve l’étendue de ses capacités, tutoyant la version de réfé (Portal et Février en 1971, EMI) par sa sonorité sûre, raffinée et vibrionnante, ses notes ébouriffées et cette pénétration, entre tendresse et gravité—2° mouvement, à tomber!—,qui font tout le prix de cette partition majeure pour l’instrument, toutes époques confondues. Cet « Hommage à Benny Goodman » se poursuit avec la Sonate (1942) de Leonard Bernstein. Partition aimable et enjouée, elle n’est cependant pas encore électrisée par le haut voltage qui traverse Prelude, Fugue and Riffs for clarinet and Jazz Band de 1949. Les célébres Trois Préludes de Gershwin, qui l’intronisèrent sur la scène internationale en 1926, sont un régal dans cet arrangement pour clarinette et piano réalisé soixante ans plus tard par James Cohn, qui en préserve à la fois la tonalité bleusy et la candeur rythmique du jazz. Autre chef-d’œuvre, pour l’instrument sans accompagnement, les Trois Pièces d Igor Stravinsky (1918) concentrent le génie et la liberté melodique d’un musicien exceptionnel… en moins de quatre minutes. Sympathique découverte que ces huit duos pour clarinette et contrebasse, Benny’s Gig de Morton Gould (1913-1996), précédant une interprétation renouvelée des Contrastes por violon, clarinette et piano (1940) de Béla Bartók, qui deviennent une féte avec de tels musiciens qui en maitrisent l’écriture rusée (I) tout autant que le lyrisene nor (II) et les cadences infernales (III). Un bien bel hommage offert par Julien Hervé et ses camarades. © Diapason





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