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Album Reviews



 
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Bruno Peeters
Crescendo (France), December 2016

GRANADOS, E.: Orchestral Works, Vol. 1 - Suite sobre cantos gallegos / Torrijos (Barcelona Symphony and Catalonia National Orchestra, Gonzalez) 8.573263
GRANADOS, E.: Orchestral Works, Vol. 2 - Dante / La nit del mort / Goyescas: Intermezzo (Barcelona Symphony, González) 8.573264
GRANADOS, E.: Orchestral Works, Vol. 3 - Liliana / Suite Oriental / Elisenda (Barcelona Symphony, González) 8.573265

Granados est d’actualité : on commémore en effet son décès tragique, lorsqu’il se précipita au secours de son épouse qui se noyait lors du torpillage du « Sussex » dans la Manche, ce 24 mars 1916… Il a toujours été associé à son oeuvre pour piano, pan essentiel de la musique espagnole, illustré par son cycle Goyescas. On sait aussi qu’il en tira un opéra, créé au Met. Récemment, on a commencé à découvrir sa musique de chambre, dont un trio et un très beau quintette avec piano. Et voici qu’en trois CD, Naxos nous révèle ses pages pour orchestre : il s’agit là de nouveautés totales, comportant par ailleurs plusieurs premières mondiales.

Après une Marche des vaincus de bonne facture, le premier CD présente deux pages conséquentes. La musique de scène consacrée au général rebelle Torrijos date de 1894 et témoigne d’un joli sens théâtral mais aussi mélodique, culminant par une marche (plage 4) sombre et grandiose, que n’aurait pas reniée Massenet. Plus tardive, la Suite sur des chants de Galice cite de nombreux thèmes folkloriques, et, dès le thème initial du hautbois, nous emmène dans un monde champêtre : on se croirait dans Mireille ou dans L’Arlésienne !

Le deuxième CD s’ouvre par une pièce plus connue, l’intermezzo de l’opéra Goyescas, dans le droit fil de la tradition vériste. Après deux espagnolades plus convenues, le programme se poursuit par un magnifique poème symphonique de 1897, La nit del mort, avec mezzo et choeur. On pense à Delius, au Roussel du début des Evocations : tout cela a beaucoup d’allure, et mène vers un final plus franckiste et un rien grandiloquent. Autre poème symphonique, mais bien plus long (33′), Dante (1908) prouve une fois encore la fascination de La Divine comédie sur les compositeurs, de Liszt à Titschenko, en passant par Tchaikovski, Zandonai ou Rachmaninov. Les deux parties, « Dante et Virgile » puis « Francesca da Rimini » se souviennent de Wagner, certes, mais surtout de Franck et, plus curieux, de Fauré. Voilà de la musique tour à tour évanescente et vigoureuse, d’une écoute très agréable.

Le troisième et dernier CD est plus inégal. Le manuscrit de Liliana a été perdu, et l’arrangement présenté ici fut réalisé par Pablo Casals en 1921. Le sujet, féerique, mêle sylphes, gnomes et sorcières, et la musique, comme le souligne Justo Romero, intéressant auteur des trois notices, rappelle un peu Le lac enchanté de Liadov, entre autres par sa poésie athématique ; le deuxième mouvement, en forme de long crescendo, est particulièrement envoûtant. La Suite orientale, ou Suite arabe, antérieure (1889), d’un abord bien plus facile, rejoint les aspects « pittoresques » des scènes orchestrales de Massenet. S’y ajoute bien sûr le coloris oriental, factice sans doute, mais de bon aloi, et charmeur quand il faut (la description initiale du désert, puis la Serenata, vraie pièce de genre). La marche et les danses finales sont plus superficielles. Cette anthologie se termine par Elisenda, suite pour piano et petit orchestre (1913), dont le final, perdu, faisait intervenir un soprano. Le piano n’est qu’accompagnateur lointain d’une oeuvre sans grand caractère.

Ces trois CD sont bien défendus par Pablo Gonzalez à la tête d’un orchestre symphonique de Barcelone tout à fait à son affaire. Voilà qui éclaire la production d’Enrique Granados d’un jour nouveau, qui ravira les amateurs d’une musique orchestrale ibérique trop peu abondante, et qui, espérons-le, nourrira le répertoire des concerts. © 2016 Crescendo (France)



Florent Coudeyrat
ConcertoNet.com, November 2016

Trop tôt disparu à seulement 48 ans, Enrique Granados (1867–1916) reste principalement connu pour ses admirables pièces pour piano, dont sa compatriote Alicia de Larrocha fit tant, à partir des années 1960, pour la renommée. Chef de l’ Orchestre symphonique de Barcelone depuis six ans, Pablo González a choisir de célébrer le centenaire de la mort du compositeur à l’occasion d’une inédite intégrale de ses œuvres symphoniques—dont il s’agit ici du deuxième volume, le tout premier étant sorti en début d’année chez Naxos. On retrouve l’influence des héritiers de Franck (que Granados a côtoyé lors de ses études parisiennes entre 1887 et 1889) à l’écoute de la superbe Nuit du mort composée en 1897 pour ténor, chœur et orchestre et dont les séductions mélancoliques rappellent parfois les œuvres contemporaines de Sibelius. Les amateurs de coloris ibériques préfèreront sans doute les Danse gitane et Danse des yeux verts composées en 1915 et 1916, où le compositeur s’inspire du folklore andalou et gitan, sans jamais tomber dans la facilité. Il est à noter que ces trois œuvres sont toutes enregistrées en première mondiale. Outre le célèbre Intermezzo de l’opéra Goyescas (1915), on s’intéressera à l’ambitieux et wagnérien poème symphonique Dante (1908), où González distille les couleurs de son orchestre en un tempo mesuré, toujours respectueux de l’œuvre. On pourrait imaginer une battue plus nerveuse ici et là, mais l’ensemble se tient et González reste fidèle au texte. De la belle ouvrage qui donne envie d’écouter la suite. Quelques éditeurs auront-ils également l’audace de s’intéresser à l’un de ses opéras? © 2016 ConcertoNet.com





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