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Album Reviews



 
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Jean-Charles Hoffelé
ARTAMAG’, October 2015

Mikhail Pletnev joue Scriabine, avec parcimonie et discrétion : un album de son temps de Virgin Classics réunissait les Préludes Op. 11 aux 4e et 10e Sonates, lectures tenues, corsetées presque, mais d’une imagination de peintre.

Ce sont à nouveau les couleurs qui s’imposent comme élément premier de ce langage lorsque s’ouvre le paradis sonore de la Première Symphonie, partition demeurée incomprise alors que Scriabine y délivre un hymne panthéiste grisant. Pletnev prend son temps, savoure les entrelacs de violon et de clarinette, creuse le fabuleux quatuor de son Orchestre National de Russie. Tout cela respire comme un organisme vivant et retrouve les espaces infinis qu’y dévoilaient jadis Evgueni Svetlanov ou Nikolai Golovanov. Les solistes de son Finale sont un peu rudes—surtout le ténor pour ceux qui auront dans l’oreille le chant miellé d’Anatoly Orfenov—mais le chœur, orant, splendide. Dieux, que cette musique est belle ! faite comme cela, respirée de manière si ample, même dans les emportements des sections dramatiques.

Le même geste lyrique emporte un Poème de l’Extase ivre de ses propres sonorités, un rien narcissique, mais saisi avec tant d’art par les preneurs de son de Pentatone ! Je suivrais avec attention cette nouvelle intégrale de l’œuvre d’orchestre.

Scriabine disparut en 1915, emporté par un anthrax à l’âge de quarante-deux ans, mais les ferments de son œuvre continuèrent à lever chez les futuristes russes ou finlandais, Roslavetz, Lourié, Merikanto, Pingoud. Le plus tardif de ses émules fut Vytautas Bacevičius (1905–1970), lithuanien d’origine, polonais de naissance, exilé sa vie durant dans l’Ancien puis dans le Nouveau Monde. Il finira par se fixer à New York, où un cercle restreint mais enthousiaste appréciait autant le pianiste virtuose que le compositeur.

On rappelle souvent qu’il fut le frère de Grażyna Bacewicz, comme si on voulait souligner par là qu’il n’atteignit pas au même génie.

Injustice, la musique de Bacevičius, que le disque commence seulement à découvrir, toute héritière de celle de Scriabine qu’elle soit dans sa pensée—il visait lui aussi à la musique cosmique—est celle d’un moderniste radical, développant un langage atonal qui eut déconcerté Schönberg : son système y consone quasiment.

Naxos révèle trois partitions, deux concertos pour piano de grand apparat, avec un orchestre roide, impressionnant de profondeur percussive où le clavier glisse un discours interrogateur et souvent déconcertant : Bacevičius est le roi des phrases elliptiques, le soliste de ces enregistrements en première mondiale, Gabrielius Alekna, en trouve le style si particulier sans jamais en laisser retomber la tension.

En tous cas, l’univers sonore de Vytautas Bacevičius est aussi signé que celui de sa sœur, et lorsque le piano n’est plus son objet central, l’orchestre incroyable de couleurs et d’effets prend le dessus pour un voyage sonore étonnant : écoutez simplement l’Andantino qui ouvre la Spring Suite Op. 64.

J’espère désormais que le second volume de cette série défendue par Christopher Lyndon-Gee et l’Orchestre Symphonique National de Lituanie révélera son œuvre majeure des années quarante, la Deuxième Symphonie « Della Guerra », que le compositeur dédia à sa sœur Grazyna. © 2015 ARTAMAG’




Florent Coudeyrat
ConcertoNet.com, June 2015

Inépuisable mine de découvertes, Naxos nous emmène cette fois à la rencontre du compositeur lituanien Vytautas Bacevičius (1905–1970). On doit cet intérêt au chef d’orchestre Christopher Lyndon-Gee, déjà auteur d’une remarquable intégrale des œuvres orchestrales du grand Igor Markevitch, parue en sept volumes chez Marco Polo dès 1997. Un chef qui ne perd jamais de vue son geste léger et gracieux, particulièrement ensorcelant dans le Troisième Concerto pour piano, une œuvre gravée en première mondiale (à l’instar de la Suite du printemps). Composé entre 1946 et 1949, ce concerto séduit d’emblée par son orchestration raffinée qui évoque à maints endroits Ravel, en écho aux séjours nombreux que Bacevicius fit à Paris, tandis que le lyrisme de Prokofiev n’est pas loin. Si l’orchestre soumis rappelle le passé de pianiste virtuose du compositeur, cette œuvre reste toujours très plaisante avec sa belle inspiration mélodique.

Changement d’atmosphère avec la Suite du printemps (1958), où la mélodie semble se dissoudre irrémédiablement en une orchestration plus dense et complexe. Diffuse et mystérieuse, cette œuvre dotée d’un superbe Lento annonce la «période cosmique» du compositeur, en une volonté de dépasser le système tonal pour embrasser les grandes cathédrales de ses prédécesseurs, tels Varèse et Scriabine qu’il admirait. Cet idéal artistique cherchant à éviter toute l’austérité du dodécaphonisme est notamment marqué par l’achèvement d’un Poème cosmique (1959) et d’une Sixième Symphonie (1960), comportant également ce même sous-titre de «cosmique». C’est dans ce contexte que la composition du Quatrième Concerto pour piano intervient, avec son atonalité qui évite toute sécheresse.

Un disque indispensable pour comprendre l’évolution du style de ce compositeur exigeant, peu connu du fait de sa personnalité peu expansive, dont l’univers musical a été parfaitement capté par Christopher Lyndon-Gee et Gabrielius Alekna au piano. © 2015 ConcertoNet.com





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