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Album Reviews



 
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Dominique Lawalrée
Crescendo (France), July 2017

Hosokawa est maintenant bien connu du public belge, grâce à son troisième opéra, Matsukaze, commandé en 2011 par La Monnaie, repris cette année, et surtout grâce à l’œuvre imposée au récent Reine Elisabeth, Sublimation. Son catalogue est conséquent et est enregistré sur plusieurs dizaines de disques et DVD, des labels tels que Wergo, Stradivarius, Kairos, Neos et plusieurs disques chez Naxos. Il est célèbre dans le monde entier et est considéré comme le plus important compositeur japonais depuis le regretté Takemitsu (décédé en 1996). The Raven (Le Corbeau) n’est pas à proprement parler un opéra, mais un monodrame, porté par Charlotte Hellekant et également créé à Bruxelles (2012). Ce n’est pas la première fois que le long poème d’Edgar Allan Poe est mis en musique : Joseph Holbrooke en a fait un poème symphonique en 1900 et Julien Pinol, un opéra en 2005. Même la musique pop s’y est intéressée : en témoigne le célèbre album du Alan Parsons Project Tales of Mystery and Imagination (1977). Un orchestre de chambre de 12 musiciens, United Instruments of Lucilin (Luxembourg), accompagne la Mezzo-soprano. Les instruments sont toujours au service de la voix. Comme d’habitude, Hosokawa tire un maximum de couleurs expressives de son instrumentarium. On s’en rend encore mieux compte en suivant le poème à l’écoute (il est présent dans le livret, mais uniquement en anglais ; on trouvera facilement une traduction). Proche du théâtre No japonais, ce monodrame est facile à écouter et peut constituer une bonne introduction à l’univers du compositeur. Il est précédé sur le CD par la simple lecture du poème. © 2017 Crescendo (France)



Christine Labroche
ConcertoNet.com, May 2017

Dans la lignée des opéras de Toshio Hosokawa sans être un opéra, Le Corbeau (2011), monodrame pour mezzo-soprano et douze instrumentistes, puise son esprit à la source du théâtre nô qui, en permettant un éclairage du poème éponyme d’Edgar Allan Poe sous d’autres angles, lui conserve toute sa force surréaliste et sa psychologie fantasmagorique et tortueuse. La présence dramatique d’un corbeau insolite, dominateur par l’oblique, touche de près les thèmes récurrents du nô tout comme la relation étrange entre l’homme et l’oiseau qui, dans une incommunicabilité réciproque, perturbe l’ordre du monde rationnel et dissout la frontière entre rêve et réalité. Au contraire de la tradition du nô qui fait l’inverse, Hosokawa confie le rôle de l’homme à une femme et, dans un tour de force vocal et orchestral aux silences intégrés, crée un monde sonore propice aux vers du poète et à leur potentiel dramatique.

Le compositeur japonais fait sonner l’ensemble instrumental comme un petit orchestre. Dans une verticalité qui lui est propre, il fait naître du silence son après son qui, complexes et dynamiques, se déploient et s’épaississent tout en s’enrichissant de rythmes, de couleurs et de résonances avant leur évanouissement programmé. La voix en contrepoint se pose sur le son ou sur le silence ou s’étire a cappella, accusant une dualité dramatique entre le désarroi de l’être et la puissance de son troublant environnement. Les musiciens de l’Ensemble Lucilin se prêtent avec musicalité aux techniques de jeu avancées qui, par le souffle, le flatterzunge, les harmoniques et les sons parasites, rejoignent l’esthétique instrumentale japonaise selon laquelle le bruit et le silence sont indissociables de l’expressivité musicale. L’orchestre susurre, gronde ou se déchaîne, s’étale, déferle, fuse ou crépite, devançant ou prolongeant les angoisses, les espoirs et les égarements de l’âme esseulée exprimés par la voix de la mezzo-soprano.

Nonobstant la grande souplesse exigée de la voix, Charlotte Hellekant défend admirablement l’univers de Hosokawa, peut-être forte de son expérience antérieure—elle était la Murasame de l’opéra Matsukaze créé en 2011 et repris cette année. Hosokawa ne tient pas compte de la scansion très marquée du poème mais joue sur l’assonance et sublime le son «ore» partout présent, jusque dans le prénom de la femme aimée (Lenore), et exalté par l’antienne obsédante du célèbre «Nevermore», jamais plus, qui, par la voix du corbeau, sonne le glas de toutes les espérances. La mezzo-soprano suédoise glisse avec beaucoup de naturel de la voix parlée ou chuchotée à une sprechstimme proche du sprechgesang pour atteindre un chant d’effroi au bord de la folie et la riche plénitude de sa voix lyrique aux timbres généreux. Elle mène les variations vocales avec une puissance expressive sensible et nuancée qui porte le sens profond du texte à son sommet.

L’œuvre, qui ne dure que 46 minutes à peine, est précédée d’une lecture du poème par Charlotte Hellekant, qui transmet l’étrangeté inquiétante de ce huis-clos fantasque sans trop marquer la mesure lancinante des dix-huit sizains trochaïques. Il n’est peut-être pas inopportun d’isoler ainsi les mots du poète mais le catalogue fourni de Hosokawa recèle sans aucun doute bien d’autres solutions...

Toshio Hosokawa (né en 1955) dédie le monodrame à Charlotte Hellekant et à l’Ensemble Lucilin, interprètes à la création, dirigée par le compositeur à Bruxelles en 2012, et lors de certaines reprises dont celle d’Hiroshima sous la baguette habile et engagée de Kentaro Kawase, chef japonais né en 1984, élève de Hirokami, de Shiozawa et de Chung. L’intelligence, la maîtrise et la conviction de cette interprétation intense portent haut une œuvre, qui, malgré de nettes différences, met en mémoire par sa puissance l’Erwartung de Schoenberg. Recommandé. © 2017 ConcertoNet.com





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