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Album Reviews



 
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Gérard Condé
Diapason, June 2019

Après un premier volet réunissant Timbres, espace, mouvement, la Symphonie no 2 et Mystère de l’instant (sous la direction de Darrel Ang), ce nouveau CD réaffirme le lien qui attache l’Orchestre national de Lille à l’enfant du pays. Né à Angers, Dutilleux passa sa jeunesse à Douai, où son Prix de Rome (1938) fut fêté en grande pompe. Le retour de Jean-Claude Casadesus à la tête de l’orchestre dont il guida la destinée à partir de 1976 rappelle aussi son choix de graver chez Calliope, dès l’année suivante, l’exigeante Symphonie no 1 – seule préexistait l’enregistrement de Pierre Dervaux pour Véga, réalisé vingt ans plus tôt.

L’oeuvre porte la marque d’une époque (1951) où l’on ne rougissait pas de faire tonner les cuivres et les percussions pour exprimer la puissance et la jubilation. A cause de cela, peut-être, les exécutions auxquelles Dutilleux devait assister à la fin de sa vie le faisaient souffrir. Il avait ses raisons, nous avons les nôtres d’admirer une oeuvre forte et pleinement achevée, à condition toutefois d’en exprimer, comme le fait Casadesus, l’ardente vitalité, mordante et généreuse.

La familiarité de l’orchestre et du chef avec l’essence de la partition contribue à cette interprétation organique des Métaboles. Organique au sens fort : la pensée directrice du compositeur était de faire subir aux idées musicales, par étapes successives, un changement de nature. S’il y a réussi sur le papier, la traduction sonore exige autant d’intuition que de soin. Le charme sensuel et la clarté lapidaire de la partition la plus parfaite d’Henri Dutilleux rayonnent ici de tous leurs feux.

Les Citations (1985-1990) réunissant des individualités aussi fortes que celles du hautbois, de la contrebasse, du clavecin et de la percussion, ne s’imposent pas avec la même évidence. Mais l’engagement, le goût et l’entente des quatre solistes, servis par une prise de son et unmixage très efficaces, prouveraient presque le contraire. © 2019 Diapason



Patrick Jézéquel
ResMusica.com, December 2018

Cet enregistrement permet d’entendre des Français amoureux de leur répertoire—l’ONL et Casadesus ont déjà gravé des ouvrages de Dutilleux—restituer avec toute la vitalité et la clarté voulues une écriture des timbres si délicate.

Telle une fusée lancée en orbite, rien ne semble pouvoir arrêter la Symphonie n° 1 (1951), opus porté de la première à la dernière mesure par un irrésistible élan qui n’est pas sans rappeler Prokofiev, ce que ne contredit pas sa forme en arche, avec naissance, amplification et disparition progressive du son. Et il y a quelque chose de très réjouissant dans cette confiance en la musique, laquelle commence piano avec un ostinato de contrebasses vite secondées par les vents plantant leurs clous et les autres cordes s’étendant, elles, en longues nappes. Dès cette Passacaille, s’entendent les qualités de l’Orchestre national de Lille, très équilibré, ménageant tour à tour les différentes couches de timbres tout en restituant une couleur d’ensemble et respectant l’économie du matériau. On perçoit des réminiscences de Paul Dukas dans ce premier mouvement, qui par sa variété est comme une œuvre en soi. Pas de repos non plus dans le Scherzo entraînant gentiment mais fermement l’auditeur dans une sorte de spirale d’énergie. Atterrissage en douceur sur un Intermezzo instaurant un climat de mystère, et qui avance au gré d’une lente et constante variation de son unique thème. Le Finale, à la déclaration introductive fracassante, est lui aussi comme une œuvre dans l’œuvre, reprenant des éléments aux trois premiers mouvements et citant le thème initial dans un lento qui va morendo, le son retournant au silence d’où l’avait tiré les contrebasses du départ.

Plus intenses, plus resserrées et plus urgentes, telles apparaissent d’emblée les Métaboles de 1964, inaugurées il est vrai par l’Incantatoire, qui, comme son nom l’indique, est un appel. Dans cette musique abstraite, loin de toute figuration, seul compte le matériau, dont on suit les métamorphoses, le motif du premier mouvement étant restitué dans la coda du dernier, Flamboyant. Les percussions ne sont pas en reste dans cette partition ardente, mais ce sont les vents qui, dans ce véritable concerto pour orchestre, sont mis en avant : morceau de bravoure pour les instrumentistes.

Après la pyrotechnie des Métaboles, on apprécie le long récitatif du hautbois des Citations (1985–1990). Cyril Ciabaud s’y découvre le maître absolu d’un instrument réputé capricieux. Dans ce diptyque « littéraire » (les citations en questions renvoient à Peter Pears, Janequin et Jehan Alain), le soliste principal est épaulé par le clavecin (Kasia Tomczak-Feltrin), la contrebasse (Mathieu Petit) et les percussions de Romain Robine (marimba, timbales, caisse claire, cymbale). Dutilleux a un grand sens de l’épure et sa musique semble à la fois nécessaire et s’écouler naturellement. © 2018 ResMusica.com



Jean Lacroix
LIVRaisons, November 2018

En 2013, Henri Dutilleux nous quittait à l’âge de 97 ans. Ce compositeur, dont la dimension apparaîtra de plus en plus grande dans l’histoire de la musique à mesure que le temps passera, était réputé pour son exigence créatrice, son perfectionnisme et sa volonté d’indépendance qui se refusait à suivre les courants. Il a laissé un nombre de partitions rigoureusement sélectionnées, au point de renier des œuvres de jeunesse ou de les revoir ultérieurement avec minutie. Ce natif d’Angers qui travailla pendant une vingtaine d’années à la Radio française se fit remarquer par un coup d’éclat en 1951 lorsque sa Symphonie n° 1, qui est sa première production orchestrale, fut créée par Roger Désormière, avant d’être reprise par des chefs aussi renommés qu’Ansermet, Martinon ou Munch. Ce dernier allait devenir un ardent défenseur des œuvres de Dutilleux. Ses partitions regorgent de couleurs et d’atmosphère poétique ; en digne héritier de Debussy, Ravel ou Roussel, Dutilleux déploie un geste musical dans lequel la primauté du spirituel est une préoccupation majeure. Lorsqu’il utilise des moyens modernes ou des timbres nouveaux, c’est pour les transfigurer en nuances délicates, en harmonies raffinées, en effets sensibles. La Symphonie n° 1 requiert un orchestre imposant au sein duquel des passages solistes mettent en valeur les instruments, dont la palette sonore est enrichie par le xylophone, le glockenspiel, le célesta, la grosse caisse ou le tam-tam. En 1977, Jean-Claude Casadesus en avait signé un enregistrement pour la firme Calliope, qui avait obtenu le Grand Prix de l’Académie du disque. Il était alors à la tête de l’Orchestre National de Lille. Il en donne une nouvelle version, flamboyante, mûrie, intégrée, près de quarante ans après, à la tête du même orchestre, « son » orchestre depuis quatre décennies, pour la firme Naxos (8.573746), dans une prise de son lumineuse qui date de juillet 2016. L’œuvre est en quatre mouvements, introduite par une Passacaille, forme ancienne de danse peu utilisée dans les structures symphoniques ; elle ouvre un univers rythmé qui va peu à peu engendrer une progression sonore d’une densité qui culmine par un coup de gong avant de se dissiper dans une aura poétique ouvrant la porte à un Scherzo rapide. Suit un Intermezzo sinueux au cours duquel la mélancolie se confond avec l’élégie. Le Final se déploie en variations, ponctuées par les percussions et les timbales, dans un climat qui va permettre à la tension concentrée de diminuer pour se fondre peu à peu dans le silence.

Le programme de ce CD est complété par les Métaboles de 1964 que Charles Munch avait enflammées dans une gravure Erato légendaire, un incendie que Casadesus porte à la même intensité. Cette commande de l’Orchestre de Cleveland à l’occasion de son 40e anniversaire fut créée par Georges Szell en janvier 1965. L’œuvre comporte cinq mouvements qui, comme le titre de Métaboles l’indique, implique des changements de l’ordre du rythme ou de la mélodie tout au long de l’exécution, qui se fait sans interruption. Dans chaque volet successif, une couleur spécifique est distillée par un groupe de timbres différents, les bois, puis les cordes, suivis par les cuivres et enfin par les percussions. La dernière partie consiste en un tutti dynamique et chatoyant qui fait penser à une mosaïque de couleurs.

Pour compléter ce disque magique, les Citations, en deux parties, écrites l’une en 1985, l’autre en 1990, sont un hommage rendu à Britten et à son interprète Peter Pears, à l’occasion des 75 ans de ce dernier, fondateur, avec le compositeur de Peter Grimes, du Festival d’Aldeburgh, puis à Jehan Alain, ce jeune organiste et compositeur mort au champ d’honneur en 1940, à l’âge de 29 ans. Dutilleux y ajoute une référence à Janequin. Ici, la sobriété des moyens est de circonstance. Le hautbois, le clavecin, la contrebasse et les percussions s’accordent et se répondent dans un univers symbolique au climat résolument fluide et élégiaque. © 2018 LIVRaisons




Christophe Huss
Le Devoir, September 2018

Il m’est impossible de commenter objectivement ce CD : la charge émotionnelle est beaucoup trop forte. Pour une génération, le microsillon Calliope de Jean-Claude Casadesus dirigeant l’Orchestre de Lille dans la 1re Symphonie fut la porte d’accès à la musique d’Henri Dutilleux. Et voici que celui qui nous a ouvert le chemin revient à cette oeuvre 40 ans plus tard en la couplant avec Métaboles, la partition qui avait joué exactement le même rôle dix ans plus tôt avec l’enregistrement Erato de Charles Munch. Alors oui, depuis lors, le désert discographique s’est peuplé de maintes contributions (Tortelier, Morlot, Graf), mais ce disque Naxos reprend à mes yeux ce rôle de pilier, de viatique permettant d’entrer dans l’univers du successeur de Ravel, Debussy et Roussel et de l’apprivoiser avant d’aller plus loin. Quarante ans après, Jean-Claude Casadesus recueille et partage les fruits de son travail : les couleurs sont saturées, les accents francs et le son riche. Puisse une nouvelle génération savourer et méditer ce disque. © 2018 Le Devoir




La Voix du Nord, September 2018

À l’instar de la grande arche sonore que représente la Première symphonie d’Henri Dutilleux, Jean-Claude Casadesus referme la boucle. Il y a 40 ans, le premier disque qu’il gravait avec l’ONL naissant était déjà cette oeuvre. Pour clore le parcours avec « son » orchestre, il revient à cette oeuvre fétiche. En 40 ans, le son de l’ONL a mûri, s’est enrichi, la pâte sonore est dense et transparente à la fois, l’assise rythmique impeccable. Casadeus maîtrise de bout en bout la lumière de « soleil noir » de ces oeuvres fascinantes. © 2018 La Voix du Nord



Le Monde, September 2018

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