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Jean Lacroix
Crescendo (France), February 2020

Ce n’est pas la première fois que les trois symphonies de Louise Farrenc ont les honneurs du disque. L’Orchestre de Bretagne en a proposé une intégrale en 2001 sous la direction de Stefan Sanderling chez Arion/Pierre Vérany. Mais le label CPO a aussi gravé, en 1998, puis en 2004, les Symphonies 2 et 3, puis la Symphonie 1, couplée avec les Ouvertures no. 1 et 2 ; c’était Johannes Goritzki, à la tête de la Philharmonie de la radio de la NDR qui officiait. Naxos en propose à son tour une intégrale, dans le même couplage que CPO, les Symphonies 2 et 3 étant déjà parues sous la référence 8.533706, jouées par des interprètes luxembourgeois qui proposent maintenant la Symphonie 1, les deux ouvertures et, en plus, les Variations, une première mondiale au disque. Contrairement à bien d’autres, cette compositrice a bénéficié d’une mise en évidence que son talent justifie pleinement. Ce n’est pas pour autant que l’on retrouve ses œuvres régulièrement dans des programmes de concerts. Avis aux organisateurs !

Jeanne-Louise Dumont, qui prendra le nom de son mari, le flûtiste et musicographe Jacques Hippolyte Aristide Farrenc (1794-1865), a fondé avec son époux des éditions musicales réputées, notamment des publications françaises d’oeuvres de Beethoven. Cette créatrice, née à Paris en 1804 dans une famille d’artistes (son père et son frère ont été des sculpteurs de renom), étudie le piano avec Cécile Soria, élève de Clementi, puis avec Moscheles et Hummel, et la composition avec Reicha. Très jeune, elle épouse Farrenc avec lequel elle effectue des tournées de concerts dans toute la France. Revenu à Paris, le couple se lance dans l’édition musicale, nous l’avons dit, et Louise se produit comme pianiste virtuose. Dès 1842, elle est nommée professeur au Conservatoire de Paris, fonction qu’elle occupera pendant trente ans. Un poste qu’elle sera la seule instrumentiste du XIXe siècle à obtenir, en tant que femme, dans la vénérable institution. Elle le doit à ses hautes qualités d’interprète, mais aussi de pédagogue. Elle obtiendra même d’être payée au même tarif que ses collègues masculins, signe évident de reconnaissance et belle avancée féministe pour l’époque ! Un drame obscurcira hélas son existence : sa fille Victorine, elle aussi pianiste de talent, disparaît en 1859, à l’âge de 32 ans. 

Louise Farrenc apparaît comme compositrice dès 1825 avec des variations pour piano et orchestre. Elle a un peu plus de vingt ans. Dix ans plus tard, en 1834, elle écrit les deux Ouvertures op. 23 et 24, de forme classique, sans titres ; elle y fait la démonstration que « sa capacité à développer son matériel thématique, son utilisation différenciée des couleurs orchestrales, notamment celles des instruments à vent, qualités qui feront l’attrait de ses symphonies, sont déjà présentes ». (Florence Launay, Les compositrices en France au XIXe siècle, Paris, Fayard, 2006, p. 305). Dans la notice du présent CD Naxos (en français, ce qui est une excellente idée), Ivan Moody va plus loin. Il souligne la clarté de la narration, le lyrisme et « le formidable sens de la puissance dramatique ». Dans ces partitions foisonnantes dont l’audition est passionnante, Louis Farrenc ajoute quatre cors, deux trompettes et trois trombones aux bois par deux. Effets garantis ! Tout aussi prenante est la Symphonie no. 1, achevée en juillet 1841 et créée à Bruxelles le 23 février 1845 sous la baguette de François-Joseph Fétis qui est directeur du Conservatoire. Succès et louanges, dont on retrouve des traces dans la presse de l’époque. Fétis lui-même en reconnaîtra les beautés intrinsèques. Ce sont celles que l’on découvre au fil d’une partition en quatre mouvements, des pages pleines d’énergie, de vitalité, d’élans presque beethoveniens, dans une inventivité mélodique riche et des combinaisons instrumentales stimulantes. Louise Farrenc s’inscrit dans la tradition viennoise, celle de Haydn, de Mozart et de Beethoven, mais elle se nourrit en plus de l’air du temps : les échos de Schubert, de Mendelssohn ou de Schumann, qui appréciait la musique pour piano de sa collègue, ne sont pas loin. Le programme propose en fin de parcours une première gravure mondiale, les Variations sur un thème du comte Gallenberg pour piano et orchestre, qui résonnent comme un écho douloureux du souvenir de la création de cette page virtuose, le 27 avril 1845 : c’est la fille de Louise Farrenc, Victorine, qui en assura l’exécution. Le comte Gallenberg était un compositeur autrichien de musique de ballet et le mari de Giulietta Guicciardi, à qui Beethoven a dédié sa Sonate Au Clair de Lune. Ces variations, subtilement distillées dans un contexte d’une grande élégance, révèlent l’inspiration pianistique de Louise Farrenc qui leur insuffle une allure vive et animée où l’instrument se déploie en arabesques franches et virevoltantes.

Les qualités de Louise Farrenc en tant que compositrice sont indiscutables, le présent CD les confirme avec évidence. Il ne s’agit pas de découvertes puisque des versions discographiques en étaient déjà disponibles. Il faut toutefois saluer comme il se doit le travail soigné et précis des Solistes Européens Luxembourg. Placés sous la direction de Christoph König, ils donnent aux partitions de la compositrice leur juste dimension que le pianiste Jean Muller, qui remporta en 2004 le Concours de piano Francis Poulenc, confirme dans sa version généreuse des Variations. Cet enregistrement a été effectué les 13 et 26 novembre 2018 dans le Grand Auditorium de la Philharmonie de Luxembourg. Il met l’auditeur en demeure de découvrir les deux autres symphonies de Louise Farrenc, par les mêmes interprètes, sous le même label. © 2020 Crescendo (France)





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