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Album Reviews



 
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Jean-Charles Hoffelé
Avant Scène Opéra, September 2017

12 novembre 1898 : le public du Théâtre Parish de Madrid fait fête au premier ouvrage lyrique de Granados, Maria del Carmen. Opéra en trois actes et non zarzuela, comme y insista son auteur. Rétrospectivement, ce drame de l’aridité, sujet de la lutte qui opposera Pencho et Javier avant de se transformer en rivalité amoureuse autour de Maria, paraît bel et bien comme le premier opéra espagnol moderne, splendidement écrit, tissé de motifs populaires, absolument intégré au mouvement vériste qui s’étendait alors hors d’Italie, gagnant l’Allemagne (Tiefland) et l’Espagne : Falla lui-même se souviendra de ses canons pour sa Vida breve (1905). Le pouvoir monarchique castillan ne s’y trompa pas, la reine Marie-Christine décorant ce Catalan de Granados de la Grand-Croix de Charles III à la dernière des représentations de la création.

Le réalisme rural de l’intrigue, son action contemporaine lui valurent le surnom de « Cavalleria de Murcie », mais la trame dramatique plus serrée, l’absence de ces musiques descriptives si chères à Mascagni et qui occupent une bonne partie de son opéra suffisent à mettre celui de Granados au dessus de toute influence. Le livret, très habilement ficelé par Feliu y Codina d’après sa nouvelle, participe au premier chef de la singularité de l’ouvrage. Son action ante-opéra installe une tension dramatique qui emportera les trois actes d’un seul geste : la discorde entre Javier le propriétaire terrien (ténor) et Pencho son journalier (baryton) au sujet de la répartition de l’eau, leur lutte, la fuite de Pencho en Algérie pour échapper à la justice sont narrées alors même que le fugitif revient au village après que Maria se soit employée à soigner Javier en infléchissant son courroux contre celui qui est aussi son rival en amour.

Hélas, la modeste renaissance qu’offre en 2003 le Festival de Wexford à Maria del Carmen n’est que documentaire. La grande voix de Diana Veronese traduit le tempérament de feu de Maria mais jamais sa douceur, ses séductions, sa dévotion aussi, Turandot égarée dans un rôle où j’attends la tendre vocalité d’une Victoria de los Angeles. Ses amoureux sont un rien pâlots et le timbre de Javier reste bien plus séducteur que celui de Pencho, inclinant le fléau de la balance dans le sens inverse de celui voulu par Granados qui fait Maria amoureuse du baryton et non du ténor. Les comprimari sont frustres, l’orchestre, maussade, la prise de son, sèche et plate comme souvent dans la salle de l’Opéra de Wexford. Les beautés de l’ouvrage espèrent toujours, quatorze ans après ce premier enregistrement, que les soins du studio, réunissant une équipe choisie, se penchent sur cette page décisive de l’histoire du théâtre lyrique espagnol. © 2017 Avant-Scène Opéra




Didier Van Moere
Diapason, January 2017

Dans la province de Murcie, deux jeunes gens se disputent les faveurs de Maria dei Carmen: le pauvre Pencho, qui est l’heureux élu, et le riche Javier. Le premier blesse le second et s’exile, puis revient. Mais, pour le sauver, Maria est prête à épouser son rival. Un deuxième combat n’aura pourtant pas lieu: condamné par la maladie, Javier aide les tourtereaux à s’enfuir. Sur la pièce de José Feliu y Codina, Granados a composé un opéra en trois actes, créé avec succès à Madrid en 1898. On a parfois fait un Cavalleria rusticana ibérique de cette partition qui « oscille entre l’opéra et la zarzuela » (Pierre-René Serna) et où l’inspiration populaire flirte avec le leitmotiv wagnérien. C’est le premier ouvrage lyrique de Granados, dont le chef-d’oeuvre restera sans doute Goyescas, révélé au Met en 1916.

Naxos reprend aujourd’hui la production présentée en 2003 au Festival de Wexford et déjà connue sous étiquette Marco Polo. Une très honnête version d’attente, dans l’édition critique de Max Bragado-Darman, qui dirige assez moyennement, parfois laborieusement, un orchestre biélorusse.

Si tous, jusqu’aux rôles secondaires, se donnent généreusement, il faudrait aussi une distribution plus excitante pour restituer cette Maria del Carmen dans tout son relief: la Géorgienne Diana Veronese a un vibrato et une lourdeur d’émission caractéristiques de certains sopranos venus de l’Est, le Javier de Dante Alcala verse souvent dans le vérisme, Jesus Suaste brosse un Pencho au premier degré—on notera que l’élu est ici baryton, son rival ténor. Cela dit, la partition vaut le détour. © 2017 Diapason





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