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Album Reviews



 
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Sébastien Foucart
ConcertoNet.com, September 2014

Indépendamment de tout anniversaire, la maigre discographie de Félicien David (1810–1876) s’enrichit grâce, mais pas uniquement, au Palazzetto Bru Zane. Opéra Lafayette défend depuis quelques années la musique française, essentiellement du XVIIIe siècle. Sa discographie, chez Naxos, permet ainsi de découvrir des œuvres relativement méconnues comme Le Roi et le Fermier de Monsigny, Le Magnifique de Grétry et Sancho Pança de Philidor. L’enregistrement Lalla Roukh (1862) constitue une initiative bienvenue, puisque l’ouvrage sombra dans l’oubli le plus complet, malgré une création couronnée de succès à l’Opéra-Comique. Il n’y a aucune raison valable à cela. L’intrigue, assez simple, ne peut que plaire au plus grand nombre: une princesse musulmane se rend dans l’actuel Ouzbékistan pour rencontrer l’homme qu’elle doit épouser, le roi de Boukhara, mais, en cours de route, elle s’éprend d’un poète, Noureddine, qui n’est autre que le roi déguisé. La musique se caractérise par une inspiration mélodique constante, 1 heure et 40 minutes durant: les numéros se suivent avec bonheur, l’orchestration, simple et soignée, constitue un délice. Sans être géniale, l’œuvre, de belle facture et de coupe claire, s’écoute agréablement et aurait mérité de figurer dans la prestigieuse collection que le Palazzetto Bru Zane consacre depuis quelques années à l’opéra français—comme Dimitri de Joncières, qui, en comparaison, ne paraît pas aussi essentiel, ou Amadis de Gaule de J.-C. Bach. Marianne Fiset tient remarquablement le rôle-titre, le reste de la distribution forme un ensemble de valeur, l’orchestre, dirigé par Ryan Brown (né en 1958), affiche beaucoup de bonne volonté, même si les cordes scintillent peu et que la précision laisse parfois à désirer. Il s’agit donc d’un enregistrement de repli recommandable en attendant qu’un orchestre et qu’un chef de niveau supérieur, français de préférence, s’attellent à cet ouvrage que l’Opéra-Comique ferait bien de remonter. © 2014 ConcertoNet.com




Gérard Condé
Avant Scène Opéra, May 2014

Depuis quelques années la musique de Félicien David pique la curiosité des mélomanes. Après les qualités de sa musique de chambre, celles de ses ouvrages lyriques commence à être reconnues grâce aux initiatives du Palazzetto Bru Zane Centre de musique romantique française—mais pas seulement, comme en témoignent les représentations de Lalla Roukh en janvier 2013 dans l’Etat de Washington DC, par l’Opera Lafayette. Cette coïncidence est le signe d’un réveil attendu comme l’ont été ceux de Massenet, de Gounod ou d’Ambroise Thomas.

Si la postérité a associé le nom de Félicien David au Désert, l’ode-symphonie qui le signala à l’attention du public en 1844, les abonnés de l’Opéra-Comique ont plus longtemps cédé aux charmes de Lalla Roukh (1862), fidèlement adapté par Carré et Lucas du conte orientalisant de Thomas Moore. Comme David semblait fait pour l’exotisme, on conçoit que cet ouvrage soit en tête de sa production lyrique devant La Perle du Brésil, Herculanum et Le Saphir.

Pourtant la part de la couleur locale reste très secondaire et c’est par la simple éloquence d’une inspiration mélodique soutenue, par les raffinements d’une instrumentation aux couleurs pastel et des touches harmoniques aussi discrètes qu’efficaces que Lalla Roukh séduit toujours. La partition se situe—en date comme en style—entre Philémon et Baucis de Gounod et Djamileh de Bizet ou La Princesse jaune de Saint-Saëns. Quoique la personnalité artistique de David soit moins puissante, tous les numéros sont réussis, de la romance mélancolique aux couplets bouffes, en respectant les formes en usage sans en être victimes, comme il arrive chez Thomas ; et les chœurs, traités avec l’adresse d’un praticien, s’immiscent naturellement.

L’argument n’est qu’un prétexte : soucieux d’être aimé pour lui-même, Noureddin, roi de Bukhara, se déguise en ménestrel pour faire la cour à sa fiancée, Lalla Roukh, fille de l’empereur des Mongol. Il y réussit grâce à la complicité de la servante Mirza qui détourne l’attention de Baskir, gardien de la vertu de la princesse. En somme, deux rôles nobles et tendres, bien centrés (mi / la), qui sollicitent davantage la musicalité que les prouesses vocales, et deux rôles comiques où les qualités théâtrales ne suffisent pas : soprano léger dans son grand air à roulades « Si vous ne savez plus charmer », Mirza devient mezzo dans son duettino avec Lalla Roukh, tandis que Baskir doit avoir les moyens d’une basse chantante.

Sauf Emiliano Gonzalez Toro qui possède toutes les qualités d’un ténor d’opéra-comique, la distribution rend justice à l’œuvre sans retenir l’attention par elle-même. La sonorité « boisée » des instruments d’époque, l’inégalité naturelle des cors sans piston pimentent cette nouvelle découverte (après Le Déserteur et Le Roi fermier de Monsigny) sous la direction alerte de Ryan Brown. © 2014 Avant Scène Opéra



La Libre Belgique, April 2014

Opera Lafayette est un ensemble américain sur instruments anciens spécialisé dans le répertoire français oublié. Pour Naxos, ils avaient déjà enregistré avec leur chef Ryan Brown une “Armide” de Lully et des opéras de Monsigny. Ils frappent ici un joli coup avec le premier enregistrement de “Lalla Roukh”de Félicien David Saint-Simonien et grand voyageur, David (1810–1876) fut, avec cet opéra créé en 1862 à l’Opéra-Comique, un précurseur de Bizet (“Djemileh”) ou de Delibes (“Lakmé”) dans la mode orientaliste, et l’œuvre vaut la redécouverte pour son sens mélodique puissant et l’inspiration de ses ensembles. Une première discographique bienvenue, d’autant qu’elle est servie ici par une intel’prétation et une distribution (francophone!) de premier plan. © 2014 La Libre Belgique



Laurent Bury
Forum Opera (France), April 2014

Grâce aux efforts méritoires de divers ensembles ou institutions, les pans du répertoire français longtemps voué aux poubelles de l’histoire connaissent aujourd’hui une résurrection bienvenue, et même si l’on ne redécouvre pas que des merveilles, il est toujours précieux d’avoir à l’oreille ce que les très grands pouvaient entendre alors qu’ils composaient leurs chefs-d’œuvre. Cette année, Félicien David est décidément à l’honneur, et pas seulement par la volonté du Palazzetto Bru Zane, à qui l’on doit le retour d’Herculanum et bien d’autres événements encore à venir. S’éloignant pour une fois de son cher XVIIIe siècle, l’ensemble américain Opera Lafayette, régulièrement invité à Versailles, a eu la bonne idée de redonner sa chance à Lalla-Roukh, l’une des réussites de David dans le domaine de l’opéra-comique, même si La Perle du Brésil eut l’avantage d’intéresser bien des sopranos avec son air du Mysoli.

Poème orientaliste de Thomas Moore, Lalla Rookh connut un immense succès dès sa parution en 1817. En 1821, Chateaubriand assistait à Berlin à une fastueux pantomime inspirée de ce texte, où le grand-duc Nicolas de Russie et son épouse interprétaient les rôles principaux ; l’année suivante, toujours à Berlin, Spontini réemploya la musique de scène composée pour l’occasion et y ajouta un ballet jadis écrit pour Les Danaïdes de Salieri, afin de produire un drame lyrique intitulé Nurmahal, oder das Rosenfest von Caschmir. En 1843, Schumann conçut Le Paradis et la Peri d’après la traduction allemande d’un des quatre contes inclus dans Lalla Rookh. Et en 1862, l’Opéra-Comique accueillait le Lalla-Roukh de Félicien David, reconnu comme maître ès-orientalisme depuis le sucès que lui avait valu sa symphonie Le Désert en 1844. Pourtant, ce n’est pas l’exotisme de la partition qui frappe le plus l’auditeur du XXIe siècle, mais bien plutôt le respect d’un genre dont les conventions nous sont aujourd’hui moins familières, dans la mesure où l’on ne connaît plus qu’à travers quelques rares titres pas forcément représentatifs. Si Carmen fit scandale en 1875, c’est bien parce que son livret et sa musique tranchaient sur une certaine mièvrerie, et si Offenbach ne réussit jamais à s’imposer à l’Opéra-comique (la salle et le genre), c’est parce que son talent le portait naturellement vers plus de vigueur. Le rôle-titre de Lalla-Roukh fut d’ailleurs créé par Marie Cico, Minerve à 15 ans dans Orphée aux enfers, maîtresse d’Offenbach de 1860 à 1865, qui chanta dans Robinson Crusoé et Vert-Vert—deux échecs d’Offenbach dans ce domaine—et qui aurait dû être Eurydice dans la reprise d’Orphée en 1874 mais mourut à 32 ans en 1875.

L’œuvre de Félicien David se cantonne donc par nécessité dans un registre « aimable », les passions violentes étant alors de mise uniquement sur la scène de l’opéra. Rien de violent, rien qui puisse effrayer les jeunes filles, mais du charme à revendre, et une inspiration mélodique subtile mais réelle, où l’on n’est pas si loin du Bizet des Pêcheurs de perles, créé l’année suivante, pour rester dans l’opéra-comique orientaliste. Et il faut saluer la distribution réunie par Opera Lafayette, sensiblement supérieure à celles qu’il a parfois pu proposer pour des œuvres du XVIIIe siècle. Applaudie à l’opéra Bastille en Manon, Marianne Fiset est une belle Lalla-Roukh, au timbre délicat, même si la clarté de la diction se perd dans l’aigu. Avec une voix plus sombre et plus charnue, Nathalie Paulin est très bien dans le rôle de la suivante Mirza, à qui échoit l’un des rares airs « connus » de la partition, « Si vous ne savez plus aimer ». Emiliano Gonzalez Toro paraît à peine moins à l’aise que dans la tragédie lyrique où il s’est beaucoup illustré, mais il campe un séduisant Noureddine. Quant à Bernard Deletré, qui fut aussi chargé de la mise en scène des représentations données outre-Atlantique en janvier 2013, il est ici beaucoup plus en voix que dans le Così fan tutte récemment vu à Versailles, et le rôle comique de Baskir lui convient à merveille. Ryan Brown met au service de l’œuvre les qualités déjà remarquées dans un autre répertoire : espérons qu’il entraînera le chœur et l’orchestre d’Opera Lafayette dans bien d’autres explorations de l’opéra-comique français du XIXe sicle. © 2014 Forum Opera





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