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Album Reviews



 
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Alfred Caron
Avant Scène Opéra, December 2016

Chanteur et compositeur célèbre dans les pays de l’ancien Empire britannique, Michael Balfe (1808–1870) est peu connu en France, sinon à travers son opéra The Bohemian Girl (et surtout son adaptation cinématographique de 1936 avec Laurel et Hardy). Quelques amateurs de voix historiques auront pu entendre un air de Maritana, cheval de bataille des ténors anglo-saxons depuis le fameux John McCormack, mais c’est sans doute à peu près tout. Satanella ou le Pouvoir de l’amour, opéra romantique en quatre actes de 1858, sera donc une totale découverte.

Inspiré du Diable amoureux de Pierre Gazotte, le livret raconte la rédemption d’une créature satanique tombée amoureuse de sa victime, un aristocrate vaguement libertin; son sacrifice au profit de la fiancée de ce dernier signera son salut. Il s’agit en fait d’un opéra avec dialogues parlés (supprimés ici) et dont les aspects spectaculaires ont dû beaucoup compter dans son succès non démenti jusque dans les années 1880. L’intrigue pleine de rebondissements invraisemblables multiplie les décors—quasiment un par scène—dans une recherche continuelle de l’effet et nous entraîne d’un palais merveilleux au marché aux esclaves de Tunis, en passant par une bibliothèque gothique dans la tour du diable ou une caverne infernale. On y reconnait l’influence du mélodrame italien et singulièrement de Donizetti à qui le prélude orchestral ne manque pas de faire penser, mais aussi celle de l’opéra-comique français des années 1830—Robert le Diable n’est pas très loin, tant dans les personnages que dans l’intrigue. Le caractère souvent populaire de l’inspiration (ballades, romances, chœurs «folkloriques») en fait un hybride extrêmement savoureux. Plutôt éclectiques avec une forte tendance au pastiche, l’inspiration et le style de Balfe évoquent aussi Offenbach—sans en avoir le caractère franchement parodique: l’humour est surtout perceptible dans les dialogues (livret téléchargeable en ligne). Son métier est évident dans de jolis préludes, des ensembles bien construits et une utilisation très fine de thèmes récurrents comme celui de la rédemption par l’amour qui caractérise le rôle-titre.

Assez exigeante vocalement, la partition ne réclame pas moins de huit rôles dont au moins quatre principaux: un ténor lyrique, une basse bouffe, un trial, une basse noble, un baryton et trois sopranos dont une colorature et un lyrique-léger. On en doit l’édition à Richard Bonynge, qui la dirige avec enthousiasme et compétence, résurrection remarquable dont la distribution, bien que composée de parfaits inconnus, se révèle excellente et parfaitement idiomatique. On accordera une mention particulière à Sally Silver, au patronyme prédestiné, particulièrement brillante dans le rôle-titre, et au ténor Kang Wang au timbre très séduisant—mais chacun mériterait d’être cité. Pleine de surprises et d’une invention toujours renouvelée, cette œuvre est une véritable perle du répertoire léger de la période victorienne, qui devrait combler les amateurs de découvertes inattendues. Au-delà de la simple curiosité, elle ouvre aussi une fenêtre décidément très intéressante sur une époque injustement méconnue de la musique anglaise. © 2016 Avant-Scène Opéra



Bruno Peeters
Crescendo (France), November 2016

Avec son contemporain William Vincent Wallace (1812–1865), Balfe illustre la scène lyrique britannique du XIXème siècle. Non, l’Angleterre victorienne n’était pas « Das Land ohne Musik » comme l’a écrit un méchant critique munichois en 1904. Petit à petit, on découvre le patrimoine d’une période, certes moins riche que la précédente et moins personnelle que celle qui suivit, mais qui a sa place, et témoigne de nombreux talents intéressants comme William Sterndale Bennett, Alexander Macfarren, Cipriani Potter ou Julius Benedict, sans oublier l’ineffable tandem formé par Gilbert & Sullivan. Si Wallace semble plus impressionné par le Grand Opéra à la Meyerbeer (Lurline, Maritana, tous deux enregistrés chez Naxos), Balfe se rapproche des maîtres de l’opéra-comique comme Herold ou Auber, mais aussi du bel canto italien, qui inspiraient déjà ses succès précédents, The Bohemian Girl et The Rose of Castille. Satanella, créé à Covent Garden en 1858, s’inspire du roman de Jacques Cazotte, Le Diable amoureux, paru en 1772, qui narre les amours d’un jeune homme avec une charmante demoiselle qui se révèlera être le diable, en quête d’âmes. L’opéra abonde en scènes pittoresques : pacte infernal, choeurs de pirates, intervention du roi des esprits, grand tableau du marché (comme dans La Muette de Portici), happy end avec intervention de l’orgue. Tout cela est très amusant, et se laisse écouter avec le même plaisir que semble avoir Richard Bonynge, grand défricheur devant l’Eternel, à diriger la partition. Il y a de beaux airs à la Donizetti, avec cabalette et tout et tout, des duos dramatiques, comme celui entre Satanella et son Roi Arimanes à l’acte III, des ensembles concertants rossiniens avec choeurs (finale II) : pour tous les goûts ! Interprétation plutôt excellente, à défaut de pouvoir comparer cette première mondiale. Christine Tocci est très à l’aise dans le rôle de la princesse Stella, le ténor chinois Kang Wang évoque le Michel Sénéchal des meilleures années (romance « An angel form in dreams »), et Trevor Bowes compose un Arimanes impressionnant. Quant à la Satanella de Sally Silver, soprano familière de Bonynge, elle surmonte avec éclat les difficultés de son rôle, dont elle phrase les vocalises avec beaucoup de charme (« Ah, me, too human thou »). Une très heureuse révélation, qui nous fait revoir nos opinions sur la musique anglaise de cette époque. © 2016 Crescendo (France)





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