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Bénédicte Palaux-Simonnet
Crescendo (France), March 2017

« Dramma giocoso » en un acte « Le Voyage à Reims » fut composé à l’occasion du sacre de Charles X et créé sous forme de cantate scénique au Théâtre italien, le 19 juin 1825. Il se présente d’abord comme un divertissement qui se moque affectueusement des excès romantiques et en particulier, de madame de Staël, sous les traits de Corinna la célèbre poétesse… L’ouvrage a déconcerté plus d’un exégète comme le remarque Gérard Denizeau dans sa biographie du musicien. Pièce de circonstance ou quintessence de l’art et de l’esprit belcantiste ? Remarquons d’abord que la partition est typiquement rossinienne, avec ses rebondissements scéniques, ses citations parodiques des confrères ou de lui-même et ses fulgurantes envolées musicales : le compositeur a voulu se divertir et nous divertir avec un fait divers contemporain mais qui recèle beaucoup de choses. Et d’abord la forme : un opera buffa alors en pleine décrépitude – image de ce qui va suivre ! Car dans ce voyage (interrompu) à Reims, Rossini décrit un monde fini, une « Götterdamnerung » sans pathos. Devenu son propre Figaro, il « se presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’ en pleurer » ; et c’est bien « cela » que chante ce fameux « Voyage à Reims ». Même si on ne le sait pas encore, le « sacre » dans la ville champenoise sera le dernier : il n’y aura plus de « Roi de France » mais seulement « des Français ». De plus les personnages semblent tous appartenir à un temps révolu. Le Russe est général ( il a donc une carrière derrière lui), Madame de Folleville est veuve et de même les autres protagonistes appartiennent aux « ci-devants » et autres émigrés ; or « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre » Monsieur de Talleyrand dixit… Dix ans à peine après Waterloo et l’épopée napoléonienne, tous ces gens de l’ancienne aristocratie cosmopolite veulent « La Paix, la Paix, la Paix » et « l’entente entre les peuples » (Acte III). Ils chantent l’hymne russe, l’hymne anglais. Même la belle Hôtesse, copie de la Locandiera goldonienne d’origine tyrolienne, en fredonnant un yodel fait tout simplement un pied de nez à « M. de Metternich »… Et en guise de « fête », Madame de Folleville entend bien tirer (bon) parti de la situation (trouver un remplaçant à son défunt mari) en offrant à tous de se retrouver à Paris en son hôtel particulier. Or, curieusement, les chevaux qui ont manqué pour aller de Plombières à Reims peuvent se rendre dans la capitale : il y a bien un renversement des données… Tout cela mené bon train, alla Rossini ; voire à la baguette, par un chef (enthousiaste, d’ailleurs!) dans une version, prise sur le vif et de très haute qualité. Tous les interprètes sont à citer : chacun des personnages s’y retrouve fort bien caractérisé et en prend pour son grade : Français vantard ; Espagnol grandiose ; Russe bavard ; Anglais placide. Madame de Folleville aguicheuse ; l’Hôtesse pleine de malice…Les voix sont tout aussi bien caractérisées, toutes belles et parfaitement aguerries aux finesses, legato et autres ornements virtuoses du maître de Pesaro. L’esprit est au rendez-vous et le plaisir de vivre tout autant. Une invitation à se rendre au prochain festival « Rossini in Wildbad » où cet enregistrement a été fort bien réalisé dans le respect de la version établie par la Fondation Rossini. © 2017 Crescendo (France)




Jean Cabourg
Avant Scène Opéra, June 2016

Ce concert du festival de Bad Wildbad avait éclipsé l’extravagante version scénique qui s’ensuivit in loco, les jeunes chanteurs de l’Académie échouant à égaler la brochette de talents ici réunie et dont la pétulance se marie à un chant plus assuré. On ne saurait résister à l’ébriété vocale dispensée par cette œuvre de circonstance dont Rossini, nouveau Directeur de la Musique et de la Scène au Théâtre royal Italien de Paris, s’acquittait avec génie en 1825, illuminant le sacre du roi Charles X d’une pyrotechnie belcantiste digne de celle de Semiramide. Le compositeur avait, pour ce faire, toutes les cartes vocales en main, de la fine fleur du chant transalpin (Mlles Pasta et Mombelli, MM. Donzelli, Zuccheli et Pellegrini) aux gloires parisiennes (Cinti Damoreau, Levasseur), réunies sous sa férule musicale.

La barre est placée si haut qu’on se gardera bien de toute critique vétilleuse devant un plateau d’une jeunesse et d’une alacrité telles qu’il suffit d’en noter quelques faiblesses pour ne point tomber dans la flagornerie. Oui, la Folleville pince ses aigus encore verts, Madame Cortese syllabise mieux qu’elle n’arrondit ses sonorités aigrelettes, Corinne, accompagnée de sa harpe (désaccordée), gagnerait à ombrer ses mélismes. Mais sous la baguette, ici en situation, du fringant et stylé Antonio Fogliani, à la tête d’un orchestre fruité, les performances individuelles nous valent de délectables moments, comme le monumental ensemble à 14 voix qui les subsume. Souveraine et drôle, la marquise campée par Marianna Pizzolato, idéalement appariée au timbre (trop?) clair du suave et exemplaire Mironov, ce dernier éclipsant avec brio les vélléités aiguës d’un Alvaro pourtant sonore ou les joliesses de Belfiore, un rien étroit. Inénarrable, le vétéran De Simone en Don Profondo, aux côtés de l’irremplaçable Pratico en Trombonock. Et pour honorer cette intégrale absolue, fidèle à l’édition pésaraise de Janet Johnson et expurgée de la malicieuse Marseillaise hier introduite par Abbado, une équipe de seconds rôles relevant le défi avec panache. Parmi les treize captations, officielles ou privées, de ce joyau de la couronne, une version somme toute des plus attachantes. © 2016 Avant-Scène Opéra





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